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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000645

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000645

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDUBARRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 janvier 2020, le 10 janvier et le 25 février 2022, M. D A, représenté par Me Dubarry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2019 par laquelle le ministre de la justice a nommé M. B C au poste de technicien suivi gestion déléguée au sein du centre pénitentiaire de Marseille et a implicitement rejeté la candidature de M. A à ce même poste ;

2°) à titre principal, d'une part, de le nommer rétroactivement à compter du 1er mars 2020 au poste de technicien n° 42 avec le positionnement dans l'organigramme et l'intitulé de poste " responsable des services techniques " et d'autre part de procéder à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de sa situation administrative à compter du 1er mars 2020, en lui versant notamment l'indemnité de fonctions et d'objectifs ainsi qu'en lui accordant rétroactivement le bénéfice de la convention d'occupation précaire à compter de cette même date, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa candidature pour le poste de responsable des services techniques, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la commission administrative paritaire du 28 novembre 2019 a été sollicité postérieurement au choix de l'administration d'affecter M. C sur le poste n° 42 offert à la mobilité ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission administrative paritaire ne disposait pas de l'ensemble des éléments d'informations lui permettant de rendre un avis et d'apprécier en toute objectivité sa candidature et celle de M. C, en méconnaissance des dispositions de l'article 39 du décret 28 mai 1982 ;

- l'administration a méconnu l'article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 en s'abstenant de prendre en compte sa situation de handicap ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est parfaitement compétent pour occuper le poste de technicien responsable de la gestion déléguée, contrairement à M. C ;

- l'administration a commis un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que M. A a été muté au poste de technicien de suivi gestion déléguée au centre pénitentiaire de Marseille à compter du 1er mars 2022 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mars 2022.

Le garde des sceaux, ministre de la justice, qui a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction, n'a produit aucun élément en réponse à cette demande.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été titularisé dans le corps des techniciens de l'administration pénitentiaire à compter du 1er décembre 2015 et affecté au centre pénitentiaire de Marseille par arrêté du 13 juin 2018, en charge de l'hygiène, de la sécurité et des conditions de travail. Il a présenté sa candidature pour le poste de technicien " suivi gestion déléguée ". Par une note de service du 8 août 2019, l'administration a affecté M. B C au poste convoité par M. A. La commission administrative paritaire qui s'est réunie le 28 novembre 2019 a émis un avis favorable sur la candidature de ce dernier. M. C a été nommé à ce poste à compter du 1er mars 2020 par une décision du 2 décembre 2019. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision en tant qu'elle nomme M. C au poste de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée et qu'il soit procédé à la reconstitution de sa carrière à compter du 1er mars 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa version applicable au litige : " Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les affectations prononcées doivent tenir compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée () aux fonctionnaires handicapés relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail () ". Aux termes de l'article L. 5212-13 du code du travail : " Bénéficient de l'obligation d'emploi instituée par l'article L. 5212-2 : / 1° Les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le 3 septembre 2015, la commission des droits et de l'autonomie de la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône a reconnu M. A comme travailleur handicapé pour la période du 3 octobre 2015 au 3 octobre 2020. Le requérant a fait part de sa situation de handicap dans sa fiche de vœux remplie en vue d'obtenir le poste de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée. Contrairement à ce qu'elle affirme en défense, l'administration avait bien connaissance de cette situation, ainsi que cela ressort du tableau des candidatures établi le 27 novembre 2019, antérieurement à la décision attaquée. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en ne tenant pas compte de la priorité dont il bénéficiait du fait de sa situation de handicap pour l'obtention du poste convoité, l'administration a entaché la décision attaquée d'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984.

4. En second lieu et au surplus, le 25 février 2019, M. A a formulé le vœu d'obtenir le poste de technicien en charge de la gestion déléguée au sein du centre pénitentiaire de Marseille. Le poste n'a pas été pourvu à l'issue de la commission administrative paritaire du 4 avril 2019. Une note de service du 8 août 2019 a acté l'affectation de M. C à ce poste. Le 19 août, M. A a rempli une seconde fiche de vœux en vue d'occuper le poste de technicien en charge de la gestion déléguée. La commission administrative paritaire, réunie le 28 novembre 2019, a émis un avis défavorable à cette mutation, au profit de la candidature de M. C. Celui-ci a été nommé par une décision du 2 décembre 2019 au poste de technicien en charge de la gestion déléguée à compter du 1er mars 2020.

5. Il ressort du tableau des candidatures établi le 27 novembre 2019 que, du fait notamment de sa situation de handicap et de son ancienneté dans son corps et son grade, M. A a obtenu 38 points. En comparaison, M. C, dont l'ancienneté est moindre et qui n'est pas en situation de handicap, a obtenu la note de 36 points. De plus, le requérant avait déjà exercé le poste de technicien en charge de la gestion déléguée au sein de la maison d'arrêt de Rodez. En comparaison, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui occupait avant sa mutation le poste de responsable du service cantines / buanderie, bénéficiait d'une telle expérience. M. A démontre également que sa manière de servir a été appréciée et reconnue antérieurement à sa candidature. En effet, il a obtenu la note maximale de 20/20 à l'issue de son évaluation professionnelle annuelle pour l'année 2018 et a reçu une lettre de félicitation du directeur interrégional du 9 mai 2018. En réponse à ces circonstances de fait dont fait état le requérant, le ministre de la justice n'apporte aucune explication quant au choix d'écarter la candidature de M. A au profit de celle de M. C. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sans qu'il soit besoin de demander communication du procès-verbal de la commission administrative paritaire, que la décision du 2 décembre 2019 doit être annulée en tant qu'elle nomme M. C au poste de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction de nommer M. A responsable des services techniques :

7. Par une décision du 1er décembre 2021, M. A a été nommé au poste de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée, avec comme spécialité " bâtiments, bois, métaux et maintenance immobilière ", ce qui correspond à sa demande, d'après la fiche de vœux qu'il a signée le 19 août 2019. Par suite, il n'y a plus lieu d'enjoindre à l'administration de nommer M. A à ce poste.

8. M. A demande, dans le dernier état de ses écritures, d'enjoindre à l'administration de modifier l'intitulé de son poste pour qu'il porte la mention " responsable des services techniques " et de le repositionner dans l'organigramme comme tel. Toutefois, M. A n'établit, ni avoir candidaté à un poste de responsable des services techniques, ni que M. C exerçait de telles fonctions à compter du 1er mars 2020, date de sa prise de fonction en tant que technicien en charge du suivi de la gestion déléguée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à de telles conclusions aux fins d'injonction, qui doivent donc être rejetées.

En ce qui concerne la reconstitution de carrière de M. A et la demande d'astreinte :

9. Eu égard aux motifs qui le fonde, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconstitue la carrière de M. A, en qualité de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée à compter du 1er mars 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. Pour procéder à la reconstitution de la carrière de M. A, l'administration devra prendre en compte l'indemnité de fonctions et d'objectifs auquel il a droit en tant que technicien en charge du suivi de la gestion déléguée. Dans le cas où de telles fonctions ouvriraient au requérant le bénéfice de la convention d'occupation précaire, l'administration devra lui octroyer cet avantage à compter du 1er mars 2020. Eu égard à ce qui a été dit au point 8, il n'y a toutefois pas lieu de reconstituer la carrière de M. A en lui accordant le bénéfice des avantages propres aux fonctions de responsable des services techniques.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'injonction de nommer M. A au poste de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée.

Article 2 : La décision du 2 décembre 2019 est annulée en tant qu'elle nomme M. C au poste de technicien en charge du suivi de gestion déléguée à compter du 1er mars 2020.

Article 3 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de procéder à la reconstitution de carrière de M. A en qualité de technicien en charge du suivi de la gestion déléguée à compter du 1er mars 2020, de lui verser les arriérés de traitement résultant de la régularisation de sa carrière et, le cas échéant, de lui accorder le bénéfice de la convention d'occupation précaire.

Article 4 : L'Etat versera à M. A, une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à M. B C.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

G. Pouliquen

Le président,

Signé

J.B. Brossier La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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