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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000714

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000714

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CABINET ROSENFELD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2020 et le 12 avril 2023, la société F2S2, représentée par Me Rosenfeld, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2019 par lequel le maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne a sursis à statuer sur la demande de permis de construire qu'elle a déposée le 15 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au dit maire, sous astreinte de 800 euros par jour de retard dans un délai de trois mois à compter de l'ordonnance à intervenir, à titre principal, de délivrer le permis de construire sollicité, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Ensuès-la-Redonne la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 76-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le projet ne remplit pas les conditions justifiant le sursis à statuer ;

- la requête garde son objet ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure et d'une incompétence tenant à l'absence d'un avis conforme du préfet nécessaire au regard de la combinaison des articles L. 422-5, L. 424-1 et L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, la commune d'Ensuès-la-Redonne, représentée par Me Touitou, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête, et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête a perdu son objet dès lors que la requérante a omis de demander confirmation de sa demande ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Cagnol représentant la requérante et de Me Touitou, représentant la commune d'Ensuès-la-Redonne.

Considérant ce qui suit :

1. Par demande enregistrée le 15 novembre 2019 dans les services de la commune d'Ensuès-la-Redonne, la société F2S2 a sollicité la délivrance d'un permis visant à la construction d'une annexe à l'habitation se trouvant sur un terrain lui appartenant, cadastré AW section 01 n°54 et situé 12 chemin de la Madrague de Gignac sur le territoire de ladite commune. Le maire d'Ensuès-la-Redonne a sursis à statuer sur cette demande par un arrêté daté du 18 décembre 2019, dont la société F2S2 demande l'annulation au tribunal.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune :

2. D'une part, le troisième alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dispose : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ().// Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code ()//()//Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. L'autorité compétente ne peut, à l'expiration du délai de validité du sursis ordonné, opposer à une même demande d'autorisation un nouveau sursis fondé sur le même motif que le sursis initial. Si des motifs différents rendent possible l'intervention d'une décision de sursis à statuer par application d'une disposition législative autre que celle qui a servi de fondement au sursis initial, la durée totale des sursis ordonnés ne peut en aucun cas excéder trois ans. A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée ".

3. D'autre part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait plus lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

4. Il résulte des dispositions précitées que la fin des effets d'un sursis à statuer, que celle-ci survienne à l'échéance prévue par le sursis lui-même ou à la date de l'adoption du plan local d'urbanisme qui l'a justifié, a pour seule incidence de déclencher le délai dont dispose le pétitionnaire pour confirmer sa demande. Mais par elle-même, cette fin ne saurait priver d'objet le recours pour excès de pouvoir dirigé contre le sursis, dès lors que celui-ci a non seulement produit des effets depuis son édiction, mais encore n'a pas été retiré. Par conséquent, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune d'Ensuès-la-Redonne à l'encontre du sursis à statuer en litige doit être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

5. En premier lieu, la décision en litige fait, notamment, référence aux articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme, ainsi qu'à la délibération du 14 décembre 2016 du conseil de Territoire Marseille Provence prenant acte du débat des orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal et à la délibération du 28 juin 2018 du conseil de la métropole arrêtant le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, ces textes constituant son fondement en droit. Elle mentionne également, d'une part, la consistance du projet selon sa notice descriptive et le fait qu'il portera à 209,23 m² l'emprise totale des constructions sur la parcelle d'assiette, d'autre part le fait que cette emprise ne respecte pas le maximum fixé par l'article 2 du zonage UM1 dans lequel s'inscrit la parcelle dans le futur PLUi. Dès lors, cette motivation satisfait aux exigences posées par les dispositions précitées de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : () / b) Dans un périmètre où des mesures de sauvegarde prévues par le deuxième alinéa de l'article L. 424-1 peuvent être appliquées, lorsque ce périmètre a été institué à l'initiative d'une personne autre que la commune ". Il ne résulte pas de ces dispositions que le champ d'application d'un document d'urbanisme intercommunal en cours d'élaboration ou de révision constitue, dans son ensemble et en lui-même, un périmètre au sein duquel le maire compétent pour délivrer les autorisations d'urbanisme sur le territoire de sa commune serait tenu de recueillir l'avis conforme du préfet sur toutes ces autorisations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la métropole, auteur du PLUi en cours d'élaboration, aurait institué un périmètre destiné à la mise en œuvre des sursis à statuer. Dès lors, doit être écarté le moyen tiré de ce que, faute pour le maire d'avoir sollicité l'avis du préfet prévu aux dispositions précitées, le sursis à statuer attaqué serait entaché d'un vice de procédure.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

7. En application des dispositions précitées de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, des travaux qui ne peuvent être autorisés sous l'emprise de la réglementation à venir ne peuvent faire l'objet d'un sursis à statuer s'ils ne sont pas, en raison de leur peu d'importance, de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution dudit plan d'occupation des sols.

8. Il ressort des pièces du dossier de la demande de permis de construire, notamment de la notice descriptive, que le projet consiste à compléter une habitation existante, actuellement d'une emprise au sol de 170,85 m², par la réalisation d'un atelier d'artiste indépendant d'une emprise au sol de 38,38 m² s'ajoutant à l'emprise sus-indiquée.

9. Dans le plan local d'urbanisme intercommunal en cours d'adoption à la date de la demande de permis de construire déposée par la société F2S2, la parcelle d'assiette du projet est classée en zone UM1, laquelle concerne des zones urbaines dans lesquelles l'urbanisation doit être maîtrisée, souvent pour des raisons environnementales tenant notamment à une sensibilité paysagère, ce qui est le cas en l'espèce puisque la parcelle se situe dans la calanque de la Madrague de Gignac. Ce futur zonage interdit toute extension ou construction nouvelle si la totalité de l'emprise au sol, extension et constructions annexes incluses, est supérieure à 150 m². Dès lors, compte tenu notamment de sa localisation dans un secteur paysager sensible, le projet, qui contredit nettement le parti d'urbanisme retenu par les auteurs du futur PLUi pour le zonage UM1, ne peut être regardé comme étant de peu d'importance et compromet l'exécution du futur PLUi. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir, quand bien même le projet s'intègrerait dans le paysage, que la décision qu'elle conteste serait entachée d'erreurs de fait ou de droit au regard des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par la requérante doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, sur le fondement de ces mêmes dispositions et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros à verser à la commune d'Ensuès-le-Redonne.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société F2S2 est rejetée.

Article 2 : La société F2S2 versera à la commune d'Ensuès-la-Redonne la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société F2S2 et à la commune d'Ensuès-la-Redonne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Ridings, conseillère,

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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