mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2000779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | COSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 janvier 2020 et 28 avril 2022, la société Emma Trans, représentée par Me Coste, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2020 par lequel le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a prononcé l'immobilisation de quatre de ses véhicules moteurs de type tracteur pour une durée de trois mois, le retrait de quatre copies conformes de la licence de transport communautaire pour cette même durée et la publication dans la rubrique d'annonces légales de deux journaux régionaux des sanctions infligées à son encontre ainsi que leur affichage dans ses locaux pendant toute la durée de l'immobilisation.
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis de la commission territoriale des sanctions administratives ne lui a pas été communiqué avant son édiction ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis, dès lors que son gérant a été relaxé par cinq jugements correctionnels ;
- la sanction d'immobilisation des véhicules est illégale, dès lors qu'une telle sanction ne peut être infligée qu'après la commission d'une première infraction délictuelle et que son gérant ayant été relaxé, aucune infraction de ce type n'est intervenue ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2021 ainsi que trois mémoires, enregistrés les 13 et 22 septembre 2021 et 2 juin 2022, ce dernier après la clôture de l'instruction, non communiqués en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le préfet de la région PACA conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Emma Trans ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Coste, représentant la société Emma Trans.
Considérant ce qui suit :
1. La société Emma Trans, qui exerce une activité de transports et de frets routiers, a fait l'objet de deux contrôles en entreprise les 6 décembre 2016 et 22 juin 2018 ainsi que de cinq contrôles sur route entre les 2 avril 2015 et 27 septembre 2018. Lors de ces contrôles, l'administration a relevé 6 infractions délictuelles, 47 contraventions de 5ème classe et 52 contraventions de 4ème classe. Par un arrêté du 14 janvier 2020, le préfet de la région PACA a prononcé l'immobilisation de quatre véhicules moteurs de l'entreprise de type tracteur pour une durée de trois mois, le retrait de quatre copies conformes de la licence de transport communautaire pour la même durée, la publication dans la rubrique d'annonces légales de deux journaux régionaux des sanctions infligées ainsi que leur affichage dans les locaux de l'entreprise pendant toute la durée de l'immobilisation. La société Emma Trans demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3452-2 du code des transports : " Saisie d'un procès-verbal constatant une infraction de nature délictuelle aux réglementations des transports, du travail, de l'hygiène ou de sécurité, commise après au moins une première infraction de même nature, l'autorité administrative peut, indépendamment des sanctions pénales, prononcer l'immobilisation d'un ou plusieurs véhicules ou ensembles routiers à la disposition d'une entreprise de transport routier, ou d'une entreprise de déménagement, pour une durée de trois mois au plus, aux frais et risques de celle-ci. Ces dispositions s'appliquent également aux entreprises dont le transport est accessoire à leur activité. / L'immobilisation est exécutée sous le contrôle de l'autorité administrative compétente de l'Etat dans un lieu désigné par elle ". Aux termes de l'article R. 3242-6 du même code : " Au vu des éléments constatés dans les conditions fixées au 1° de l'article R. 3242-1, lorsque l'infraction figurant parmi celles mentionnées à l'article R. 3211-27 présente un caractère délictuel et qu'elle est commise après au moins une autre infraction de même nature, le préfet de région peut en application de l'article L. 3452-2 prononcer l'immobilisation d'un ou de plusieurs véhicules de l'entreprise pour une durée de trois mois au plus, aux frais de l'entreprise () ". Aux termes de l'article L. 3452-3 de ce code : " Les sanctions, notamment les mesures de retrait et d'immobilisation prévues par les articles L. 3452-1 et L. 3452-2, ne peuvent être prononcées qu'après avis d'une commission des sanctions administratives placée auprès de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article R. 3242-8 de ce code : " Avant le prononcé d'une sanction de retrait ou d'immobilisation, le représentant légal de l'entreprise est convoqué par le préfet de région devant la commission territoriale des sanctions administratives mentionnée à l'article R. 3452-1. Il est avisé des faits qui lui sont reprochés et de la sanction qu'il encourt. Il peut consulter son dossier, se faire assister ou représenter par toute personne à laquelle il a régulièrement donné mandat, présenter ses observations écrites et, sur sa demande, des observations orales ". Aux termes de l'article R. 3242-9 de ce code : " Le préfet prend sa décision après avis de la commission des sanctions administratives () ".
3. Si la société Emma Trans soutient que l'avis émis le 12 novembre 2019 par la commission territoriale des sanctions administratives devait lui être communiqué avant l'intervention de l'arrêté attaqué, aucun texte, ni principe général du droit ne font obligation au préfet de région de procéder à cette communication. En tout état de cause, la société requérante ne conteste pas avoir été invitée à participer à la séance du 12 novembre 2019 par une lettre du 15 octobre 2019 accompagnée du rapport de présentation élaboré par l'administration et qu'elle a reçue le 17. Par ailleurs, elle reconnaît s'être présentée devant la commission en la personne de son gérant, assisté de son conseil et qui a été mis à même de présenter ses observations écrites et orales. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les droits de la défense auraient étaient méconnus et que, par suite, l'arrêté attaqué serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction ; () ".
5. L'arrêté attaqué vise le règlement (CE) n° 1072-2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 établissant des règles communes pour l'accès au marché du transport international de marchandises par route, les articles L. 3452-1 à L. 3452-5-2, R. 3242-1 à R. 3242-13, R. 3452-1 à R. 3452-43 du code des transports, l'arrêté du 28 décembre 2011 relatif aux sanctions administratives applicables aux entreprises de transport routier et à l'honorabilité professionnelle dans le secteur du transport routier ainsi que l'avis émis le 12 novembre 2019 par la commission territoriale des sanction administratives de la région PACA. De plus, il mentionne l'ensemble des faits reprochés à la société, commis entre le 4 octobre 2016 et le 5 juillet 2018 et relevés dans sept procès-verbaux établis entre les 13 décembre 2016 et 27 septembre 2018, en indiquant pour chacun de ces faits les manquements relevés au regard des dispositions de l'article L. 3315-4, du premier alinéa de l'article L. 3315-5, des articles L. 3452-11, R. 3315-11, R. 3315-10, R. 3452-44 du code des transports. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, de ce fait, suffisamment motivé.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 3315-1 du code des transports : " Outre les officiers de police judiciaire, sont chargés de rechercher et constater les infractions aux dispositions du présent titre et du livre Ier de la troisième partie du code du travail applicables au transport routier : / () / 2° Les fonctionnaires ou agents de l'Etat chargés du contrôle des transports terrestres placés sous l'autorité du ministre chargé des transports ; () / Les procès-verbaux établis en application du présent article font foi jusqu'à preuve contraire ".
7. D'autre part, l'autorité de la chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif. En revanche, la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés sont insuffisamment caractérisés.
8. Il ressort des dispositions de l'article L. 3315-1 du code des transports que les procès-verbaux établis lors des contrôles de l'activité de la société Emma Trans font foi jusqu'à preuve contraire. Pour s'exonérer de sa responsabilité, la société Emma Trans produit cinq jugements correctionnels du 17 janvier 2022 du tribunal judiciaire d'Avignon desquels il ressort que le gérant de la société a été relaxé des chefs d'avoir fait effectuer à certains de ses employés des transports routiers sans carte de conducteur insérée dans le chronotachygraphe ainsi qu'avec un usage irrégulier du dispositif destiné au contrôle des conditions de travail. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ces jugements, qui ne concernent que la responsabilité du gérant de la société en tant qu'autorité organisant l'activité de l'entreprise, ne remettent pas en cause la matérialité des faits relevés à l'encontre de la société. De plus, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement apprécier si les faits constatés par ses services qui pouvaient, d'ailleurs, être différents de ceux évoqués par le juge pénal, étaient suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifiaient l'application d'une sanction. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à prétendre que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis du fait de l'intervention des jugements correctionnels mentionnés ci-dessus.
9. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que lors du contrôle, l'administration a constaté 6 infractions délictuelles, la société Emma Trans ne peut sérieusement soutenir que c'est à tort que le préfet de la région PACA a immobilisé quatre de ses véhicules alors que les dispositions de l'article L. 3452-2 du code des transports prévoient qu'il ne peut prononcer une telle sanction que s'il est saisi d'un procès-verbal constatant une infraction de nature délictuelle, commise après au moins une première infraction de même nature.
10. En dernier lieu, si la société Emma Trans soutient que seuls 9 chauffeurs sur 34 ont commis les infractions relevées lors du contrôle du 6 décembre 2016 et 12 lors du contrôle du 22 juin 2018, que les chauffeurs concernés étaient différents lors de ces deux contrôles et que chacun d'entre eux n'a commis qu'entre 3 fois infractions en 2016 et 1 en 2018, que ces contrôles n'ont pas révélé une défaillance généralisée et récurrente de sa part, ces circonstances, à les supposer avérées, ne sont pas de nature à établir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2020 du préfet de la région PACA portant sanction à l'encontre de la société Emma Trans doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Emma Trans demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Emma Trans est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Emma Trans et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
E.-M. A
La présidente,
Signé
K. Jorda-LecroqLa greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026