mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2000798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | DUMONT-SCOGNAMIGLIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 janvier 2020 et le 8 avril 2020, Mme A C, représentée par Me Dumont-Scognamiglio, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision tacite du 26 janvier 2020 par laquelle le maire de Roquefort-la-Bédoule a refusé de retirer l'arrêté du 12 juin 2017 par lequel il ne s'est pas opposé à la déclaration préalable accordée à Mme B, sa voisine ;
2°) d'enjoindre au maire de Roquefort-la-Bédoule de retirer l'arrêté du 12 juin 2017 par lequel il ne s'est pas opposée à la déclaration préalable déposée par Mme B ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Roquefort-la-Bédoule la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir en tant que voisine immédiate de Mme B ;
- Mme B a sciemment décidé de ne pas faire figurer la construction de sa piscine sur le plan de masse annexé au dépôt de sa déclaration préalable pour tromper les services de la mairie sur la réalité de son projet ;
- la déclaration litigieuse est entachée de fraude dès lors que le plan de masse ne répond pas aux exigences au b) de l'article R. 431-6 du code de l'urbanisme, qu'il est erroné dès lors que ses proportions ne correspondent pas à la réalité, et que ces erreurs présentent un caractère volontaire ;
- le projet méconnaît les dispositions UD 6 et UD 7 du plan d'urbanisme dès lors que l'escalier, la véranda et la piscine sont situés dans la bande inconstructible.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2020 et un mémoire enregistré le 28 avril 2020, la commune de Roquefort-la-Bédoule représentée par Me Camous conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que sa décision de non opposition n'est pas entachée de fraude et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2020, Mme B conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la décision de non opposition en litige n'est pas entachée de fraude et que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caselles,
- les conclusions de M. Jean-Marie Argoud, rapporteur public,
- et les observations de Me Guasch substituant Me Dumont-Scognamiglio pour la requérante :
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a déposé le 6 juin 2017 une déclaration préalable en mairie de Roquefort-la-Bédoule portant sur la création d'un escalier, d'une véranda et d'une piscine sur un terrain cadastré AE 0043. Par un arrêté du 12 juin 2017, le maire de Roquefort-la-Bédoule ne s'est pas opposée à cette déclaration préalable. Mme C a formé un recours gracieux le 26 novembre 2019. En l'absence de retrait de l'acte en litige, Mme C demande l'annulation de la décision tacite du 26 janvier 2020 par laquelle le maire de Roquefort-la-Bédoule a refusé de retirer l'arrêté du 12 juin 2017 par lequel il ne s'est pas opposé à la déclaration préalable accordée à Mme B.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisi d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit, du maintien de l'acte litigieux soit, de son abrogation ou de son retrait.
3. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : () b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; ". Aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme : " En dehors du périmètre des sites patrimoniaux remarquables, des abords des monuments historiques et des sites classés ou en instance de classement, les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable, à l'exception des cas mentionnés à la sous-section 2 ci-dessus : () a) Les constructions dont soit l'emprise au sol, soit la surface de plancher est supérieure à cinq mètres carrés et répondant aux critères cumulatifs suivants : -une hauteur au-dessus du sol inférieure ou égale à douze mètres ; -une emprise au sol inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; -une surface de plancher inférieure ou égale à vingt mètres carrés () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 6 de la zone UD2 en vigueur : " Les constructions doivent être implantées à une distance minimale des voies et emprises publiques ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de déclaration préalable à l'origine de l'arrêté de non opposition du 12 juin 2017 comprend un plan de masse, réalisé à main levé, qui n'est pas coté dans ses trois dimensions. Outre ces lacunes qui ne permettaient pas au service instructeurs d'apprécier la profondeur des deux limites séparatives, la portion constructible du terrain, après déduction de la bande de 4 mètres en application des dispositions de l'article 6 de la zone UD2 du plan local d'urbanisme, apparaissait comme un parallélépipède, et non comme un triangle rectangle, de sorte que l'escalier et la partie de la véranda en litige se situent de manière erronée, au sein de la zone constructible. Cette présentation du terrain d'assiette révèle une mention volontairement trompeuse de la portion de terrain constructible, qui doit être regardée comme une altération de la réalité du projet.
7. Par ailleurs l'escalier, doit être regardé, contrairement à ce que soutient la commune de Roquefort-la-Bédoule, comme une construction dès lors qu'il permet à la propriétaire d'accéder à son jardin et qu'il fait donc corps avec la construction. Il en va de même pour la véranda qui au terme du document cerfa rempli par la pétitionnaire, a pour objet la création d'une construction nouvelle de 12 m². Au regard de l'étroitesse de la bande constructible, les lacunes et approximations du plan de masse en cause n'ont pas mis en mesure l'autorité compétente de vérifier le respect par le projet en cause des dispositions de l'article 6 de la zone UD2 du règlement du plan local d'urbanisme.
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté de non opposition du 12 juin 2017 est entaché d'une fraude tenant à la surestimation grossière de la partie constructible du terrain d'assiette, en vue de soustraire son projet de construction d'un escalier et d'une véranda à l'application des dispositions de l'article 6 de la zone UD2 du règlement du plan local d'urbanisme, l'installation d'une piscine de moins de 10 m² ne nécessitant pas d'autorisation d'urbanisme ainsi que le soutiennent la commune et la requérante. Par suite, compte tenu de la gravité de cette fraude, de l'atteinte aux intérêts publics qui s'attachent au respect du règlement du plan local d'urbanisme, et notamment de l'article 6 de la zone UD2 alors en vigueur, résultant du maintien de l'arrêté en litige, de l'absence d'atteinte alléguée à des intérêts privés qui s'attacherait au contraire à leur retrait, le maire de Roquefort-la-Bédoule a, en refusant de procéder au retrait de ces arrêtés, entaché ses décisions implicites d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Roquefort-la-Béboule a implicitement refusé de retirer l'arrêté du 12 juin 2017 par lequel il ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme B. En conséquence et par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au maire de Roquefort-la-Bédoule de retirer cet arrêté dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Roquefort-la-Bédoule au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Roquefort-la-Bédoule le versement d'une somme de 1 000 euros et à la charge de Mme B et le versement d'une somme de 500 euros à Mme C.
DECIDE :
Article 1er : La décision tacite du 26 janvier 2020, par laquelle le maire de Roquefort-la-Bédoule a refusé de retirer l'arrêté du 12 juin 2017 par lequel il ne s'est pas opposé à la déclaration préalable accordée à Mme B, est annulée.
Article 2 : L'arrêté du 12 juin 2017 par lequel le maire de Roquefort-la-Bédoule ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n°013 025 12 A0048 de Mme B est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au maire de Roquefort-la-Bédoule de retirer l'arrêté du 12 juin 2017 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La commune de Roquefort-la-Bedoule versera la somme de 1 000 euros à Mme C et Mme B versera la somme de 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la commune de Roquefort-la-Bedoule et à Mme D B.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fédi, président,
Mme Caselles, première conseillère,
Mme Charbit, première conseillère,
Assistés de Mme Ibram, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
S. CasellesLe président,
Signé
G. Fédi
La greffière,
Signé
S. Ibram
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Le greffier,
N°2000798
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026