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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2001026

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2001026

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2001026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBOURGHOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant-dire droit du 8 avril 2022, rendu sur la requête n° 2001026 présentée par M. D A, le tribunal a ordonné une expertise.

Le rapport d'expertise du docteur B, désigné par le tribunal, a été déposé au greffe le 20 décembre 2023.

Par mémoire enregistré le 17 janvier 2024, M. A, représenté par Me Bourghoud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM), à lui verser la somme globale de 14 827 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'AP-HM en ce compris les frais d'expertise taxés et liquidés à hauteur de 2 400 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'AP-HM est responsable sans faute de l'infection nosocomiale qu'il a contractée au décours de l'intervention de cure d'éventration qu'il a subie à l'hôpital de la Timone, dont il relève, le 24 septembre 2015 ;

- en conséquence, il a droit à la réparation de ses préjudices, à savoir un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 2 760 euros, des souffrances endurées à hauteur de 6 000 euros, un préjudice esthétique temporaire à hauteur de 1 500 euros, des besoins en assistance par une tierce personne non spécialisée à hauteur de 315 euros, des pertes de gains professionnels actuels à hauteur de 2 272 euros et des frais d'assistance à expertise à hauteur de 1 980 euros.

Par un mémoire, enregistré le 16 février 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, représentée par la SCP BBLM associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HM à lui rembourser ses débours d'un montant de 11 835,84 euros, assortis des intérêts moratoires à compter de la date de la décision à intervenir ;

2°) de condamner l'AP-HM à lui verser une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, l'AP-HM, représentée par la SELARL Carlini et associés, conclut à la réduction des prétentions indemnitaires du requérant et au rejet de ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que :

- elle s'en remet à la sagesse du tribunal quant au principe de sa responsabilité mais entend discuter le quantum des prétentions indemnitaires du requérant qui ne saurait excéder la somme globale de 4 159,92 euros ;

- les pertes de gains professionnels actuels ne sauraient être indemnisées en l'absence de justificatifs des pertes de revenus effectives subies par M. A, en lien direct et certain avec l'infection en cause ;

- le remboursement de la créance de la CPAM devra être limité à la somme de 11 251,20 euros, dès lors que des frais médicaux indiqués à hauteur de 584,64 euros ne sont pas justifiés et expliqués.

Par un courrier du 19 avril 2024, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à ce que les sommes allouées à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-du-Dôme soient assorties des intérêts à compter de la date de notification du jugement à intervenir sont sans objet dès lors que, en vertu des dispositions de l'article 1231-7 du code civil, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal jusqu'à son exécution.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 4 janvier 2024 par laquelle le président du tribunal de céans a taxé et liquidé les frais d'expertise à hauteur de 2 400 euros et les a mis à la charge de M. A.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale :

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Baverel du cabinet Carlini et associés pour l'AP-HM.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a subi une intervention chirurgicale à l'hôpital de la Timone, relevant de l'AP-HM, le 24 septembre 2015, afin de procéder à une cure d'éventration inguinale gauche. Le 8 octobre 2015, il s'est rendu aux urgences de l'hôpital de la Timone en raison d'une cicatrisation inflammatoire avec écoulement local, et il a été hospitalisé jusqu'au 16 octobre 2015 après identification d'une infection à staphylocoque aureus. Il demande réparation des préjudices résultant de l'infection nosocomiale qu'il estime avoir contractée durant son opération du 24 septembre 2015.

Sur la responsabilité de l'AP-HM :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport déposé le 20 décembre 2023 au greffe de l'expertise diligentée par le tribunal, que M. A a été victime d'une infection nosocomiale précoce du site opératoire profond dans les suites directes de l'intervention pour une cure de récidive de hernie inguinale avec éventration qu'il a subi à l'hôpital de la Timone le 24 septembre 2015. Il résulte également de l'instruction que cette infection, survenue au décours de la prise en charge de l'intéressé par l'établissement et due à une bactérie du microbisme cutané transitoire à Staphylococcus aureus méticillino-sensible, n'était ni présente, ni en incubation avant ou au début de celle-ci et que l'AP-HM, qui ne conteste pas sa responsabilité et n'établit aucune autre origine ou aucune cause étrangère permettant d'exonérer ou d'amoindrir sa responsabilité.

5. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la responsabilité de l'AP-HM est engagée sans faute du fait de l'infection nosocomiale qu'il a contractée au décours de l'intervention du 24 septembre 2015 à l'hôpital de la Timone.

Sur l'évaluation des préjudices :

6. Il résulte de l'instruction, et principalement du rapport d'expertise, que la date de consolidation, non contestée par l'AP-HM en défense, de M. A doit être fixée au 31 décembre 2015.

7. En premier lieu, M. A a présenté un déficit fonctionnel temporaire total pour la période du 8 au 16 octobre 2015, soit 9 jours, puis un déficit fonctionnel temporaire de 25% pour les périodes du 2 au 7 octobre 2015, puis du 17 octobre au 25 novembre 2015 soit 40 jours et enfin un déficit fonctionnel temporaire de 10% pour la période du 26 novembre au 31 décembre 2015, date de consolidation de son état de santé, soit 35 jours. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total de M. A en l'évaluant à 409 euros

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. A ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 600 euros.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les manquements commis au cours de l'intervention, ont eu pour conséquence un préjudice esthétique temporaire pour l'intéressé, évalué à 1 par l'expert sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice e l'indemnisant à hauteur de 1 000 euros

10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le besoin de M. A en assistance par une tierce personne imputable directement aux conséquences dommageables résultant de l'infection nosocomiale contractée par l'intéressé au décours de l'intervention du 24 septembre 2015 a été fixé par l'expert à 3 heures par semaine durant la période de déficit fonctionnel temporaire à 25%, soit 46 jours. Compte tenu du taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette période, augmenté des charges sociales, le taux horaire de l'assistance par une tierce personne non spécialisée doit être fixé à 14 euros. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours. L'indemnisation de ce poste de préjudice doit donc être fixée à la somme de 316 euros.

11. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que, si l'expert retient des pertes de gains professionnels actuels en lien avec un arrêt de l'activité professionnelle durant deux mois imputable à l'infection nosocomiale en cause, M. A qui se borne à indiquer qu'il exerçait le métiers de pilote de robot sur plate-forme pétrolière en free-lance et à établir ses pertes de revenu sur la base de la somme mensuelle de 1 136,00 euros correspondant au montant net du SMIC pour 35 heures en 2015, après déduction de la CSG et CRDS. Toutefois, l'intéressé ne produit aucun justificatif concernant ses pertes de revenus effectives en lien direct et certain avec l'infection en cause, ou concernant ses éventuelles recherches d'emplois restées infructueuses. Par suite, la demande d'indemnisation de M. A pour ce poste de préjudice doit être rejetée.

12. En dernier lieu, M. A se prévaut de frais d'assistance à expertise et de médecin conseil versés au Dr C à hauteur de 1 980 euros. Toutefois, le requérant, malgré une demande formulée par le tribunal en ce sens, ne produit aucun justificatif permettant d'établir la réalité de ces frais ni que ceux-ci seraient restés à sa charge après la prise en compte par la société d'assurance Pacifica. Par suite, la demande d'indemnisation formulée par M. A de ce poste de préjudice doit être rejetée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à obtenir le versement d'une somme globale de 5 325 euros en réparation des préjudices qu'il a subi à la suite de l'intervention du 24 septembre 2015 à l'hôpital de la Timone.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme :

En ce qui concerne les débours :

14. La CPAM du Puy-de-Dôme sollicite la prise en charge de débours pour un montant total de 11 835,84 euros. Le décompte produit par la caisse comprend des frais d'hospitalisation de M. A du 8 au 16 octobre 2015 dans le cadre de l'intervention de reprise qu'il a dû subir suite à l'infection nosocomiale qu'il a contractée, pour un montant de 11 251,20 euros. Par ailleurs, les débours de la caisse comportent également des frais médicaux nécessaires au rétablissement de M. A, à savoir des frais de transport en taxi pour se rendre aux consultations de suivi post-opératoire les 22 octobre, 29 octobre et 23 novembre 2015. La CPAM du Puy-de-Dôme produit à l'appui de sa demande une attestation d'imputabilité du médecin-conseil qui n'est pas valablement contredite par l'AP-HM qui ne produit aucun élément en défense de nature à la remettre en cause alors que les dates d'engagement des frais sont bien situées entre la date de l'intervention en litige du 24 septembre 2015 à l'origine de l'infection nosocomiale subie par M. A et la date de consolidation retenue au 31 décembre suivant. La CPAM du Puy-de-Dôme est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 11 835,84 euros au titre de ses débours correspondant à des prestations strictement imputables à l'infection en cause.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

15. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM du Puy-de-Dôme est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros.

Sur les intérêts moratoires :

16. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. () " et aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

17. La CPAM du Puy-de-Dôme a demandé le versement des intérêts au taux légal à compter de la date de notification du jugement à intervenir. Toutefois, les conclusions tendant à ce que les sommes qui doivent lui être allouées, soient assorties des intérêts à compter de la date de notification du jugement à intervenir sont sans objet et doivent être rejetées dès lors que, en vertu des dispositions de l'article 1231-7 du code civil précité, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal jusqu'à son exécution.

Sur les frais d'expertise :

18. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 2 400 euros par deux ordonnances de la présidente du tribunal administratif de Marseille du 4 janvier 2024, à la charge définitive de l'AP-HM.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Il y a lieu de mettre également à la charge de l'AP-HM une somme de 800 euros à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 5 325 euros à M. A en réparation de ses préjudices.

Article 2 : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 11 835,84 euros à la CPAM du Puy-de-Dôme en réparation de ses débours.

Article 3 : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 1 191 euros à la CPAM du Puy-de-Dôme au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 2 400 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.

Article 5 : L'AP-HM versera la somme de 2 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative d'une part et une somme de 800 euros à la CPAM du Puy-de-Dôme sur le même fondement d'autre part.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'assistance publique - hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Copie de la présente décision sera adressée au Dr B, expert médical.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

L. Journoud La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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