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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2001197

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2001197

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2001197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantXOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires complémentaires enregistrés les 12 février 2020, 30 mars 2022, 26 juillet 2022 et 1er décembre 2022, la société par actions simplifiée Domaine des Cyprès, représentée par Me Hachem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 9 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Saint-Laurent-du-Verdon a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent-du-Verdon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée est irrégulière en ce que le rapport de présentation s'appuie sur un diagnostic de la situation existante qui est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette erreur de fait conduit à classer en zone N hors secteur Nt l'essentiel de l'emprise du camping ;

- un tel classement est incohérent avec l'objectif 1.2 du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) visant à conforter le camping du domaine d'Enriou ;

- le règlement de la zone N en zone Nt est entaché d'une incohérence interne dès lors que ce secteur à vocation touristique correspondant au domaine d'Enriou interdit en son article Nt1.2 les terrains de camping.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 septembre 2020 et 14 novembre 2022, la commune de Saint-Laurent-du-Verdon, représentée par Me Xoual, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Domaine des Cyprès la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en application de l'article R. 412-1 du code de justice administrative faute de production de l'acte attaqué ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 janvier 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.

Des pièces ont été produites par la société Domaine de Cyprès le 3 mai 2023 à la suite de la demande de pièces adressées par le tribunal par lettre du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Peyrot,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- les observations de Me Hachem pour la société Domaine des Cyprès et de Me Xoual pour la commune de Saint-Laurent-du-Verdon.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 9 décembre 2019, le conseil municipal de Saint-Laurent-du-Verdon a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. La société Domaine des Cyprès en demande l'annulation.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La société Domaine des Cyprès a produit, à l'appui de sa requête, la délibération du 9 décembre 2019 attaquée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune, tirée du défaut de production de la décision attaquée, en méconnaissance de l'article R.421-1 du code de justice administrative, ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L.151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. () ".

4. D'autre part, le règlement du plan local d'urbanisme attaqué précise que " les zones naturelles et forestières " N " concernent les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de leur caractère d'espaces naturels. Se distinguent les secteurs : (). -Le secteur naturel Nt à vocation touristique (camping La Farigoulette et domaine d'Enriou) ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le Domaine d'Enriou est un camping naturiste situé sur le territoire de la commune de Saint-Laurent-du-Verdon dont la société Domaine des Cyprès est gestionnaire. Si le classement de ce camping en zone Nt est expressément prévu par les dispositions sus-rappelées, la société requérante conteste toutefois sa délimitation aux seules parcelles 297, 295, 36, 298, 300, 299, 302 et 303, pour une superficie totale de 4,9 hectares, dans les documents graphiques du plan local d'urbanisme.

6. La commune précise, dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme dans sa version approuvée, avoir délimité le secteur Nt du Domaine d'Enriou en s'appuyant sur les vues aériennes disponibles, pour une superficie totale d'environ 4,9 hectares. Toutefois, de simples photographies aériennes, non datées, ne sauraient suffire, à elles seules, à établir l'emprise d'un camping, composé par définition de peu d'équipements visibles et particulièrement si celui-ci est, pour partie, exploité dans un sous-bois. Il ressort en outre des pièces du dossier que le camping est autorisé pour un nombre de 108 emplacements, correspondant à une capacité de 300 personnes, par arrêté préfectoral du 27 août 1987. Le plan annexé à l'autorisation d'assainissement délivrée par arrêté préfectoral du 2 septembre 1987 fait état de l'implantation de ces emplacements, implantation par ailleurs confirmée par le plan réalisé par les services de l'Etat dans le cadre de la procédure de fermeture administrative du camping en 2018, constatant une emprise du camping comprenant notamment des parcelles, ou portion de parcelles, situées dans le sous-bois au sud de la parcelle 295, et à proximité de la rive nord du Verdon. Par ailleurs, le commissaire enquêteur, dans son rapport remis à l'issue de l'enquête publique, a assorti son avis favorable au projet de plan local d'urbanisme d'une réserve, s'agissant de la réduction drastique de la superficie du camping d'Enriou. Enfin, le procès-verbal de constat réalisé par un huissier mandaté par la société requérante le 5 février 2020, s'il ne permet pas de délimiter précisément le périmètre du camping, fait néanmoins état des aménagements, en particulier des citernes et des blocs sanitaires, situés dans le sous-bois.

7. Il ressort des indications qui précèdent que l'emprise du camping d'Enriou est nécessairement plus vaste que les seules parcelles classées en zone Nt dans le document graphique du plan local d'urbanisme attaqué. A supposer que la commune ai entendu restreindre le périmètre du camping en raison de sa fermeture administrative, prononcé par arrêté municipal du 27 avril 2018 qui soumet sa réouverture au respect de neuf prescriptions portant, pour l'essentiel, sur l'installation de points d'eau réservés à la lutte contre l'incendie, le débroussaillage du sous-bois, le bon fonctionnement de l'éclairage solaire ou encore la mise à disposition du cahier de prescriptions et de sécurité à l'accueil du camping, une telle fermeture administrative ne présente cependant, par définition, qu'un caractère temporaire et il n'est pas contesté que le camping bénéficiait toujours, à la date de la délibération attaquée, d'une autorisation d'exploitation, pour 108 emplacements.

8. Dans ces conditions, la société Domaine des Cyprès est fondée à soutenir qu'en limitant la superficie du secteur Nt aux seules parcelles 297, 295, 36, 298, 300, 299, 302 et 303, la commune de Saint-Laurent-de-Verdon s'est appuyée sur un rapport de présentation comprenant un diagnostic erroné du périmètre du camping d'Enriou et a entaché, dans cette mesure, son classement dans le document graphique d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.153-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. "

10. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

11. Le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) adopté par les auteurs du plan local d'urbanisme fixe trois orientations dont l'orientation n°1 " Conforter l'activité économique locale ", qui comprend 2 objectifs dont l'objectif 1.2 " Développer un tourisme de qualité sur le territoire ". Cet objectif fixe comme actions " d'adapter l'offre en hébergement touristique " en " confortant les deux campings existants de la Farigoulette et du domaine d'Enriou avec un règlement adapté " et de " permettre aux deux campings de La Farigoulette et Le Domaine d'Enriou d'augmenter leur capacité d'accueil dans les années à venir après analyse d'un projet concret respectant le site d'implantation, les capacités d'assainissement, les enjeux écologiques, la défense incendie, etc ". La commune a ainsi entendu favoriser le développement des deux campings existants sur son territoire, y compris donc le Domaine d'Enriou, qui représentent un axe majeur de son activité économique. Si les auteurs du document d'urbanisme ont pris soin, dans le PADD approuvé, de rappeler que ce développement devra s'accompagner d'un projet respectueux des règles d'exploitation, et semble ainsi faire référence à l'arrêté de fermeture administrative dont fait l'objet le Domaine d'Enriou, ce dernier ne pourra, en tout état de cause, recommencer à être exploité qu'après avoir justifié respecter les prescriptions fixées par cet arrêté municipal, de telle sorte qu'une telle mention est surabondante. En réduisant la superficie du camping, tel que rappelé aux points 5 à 7 du présent jugement, le document d'urbanisme est pour ce motif manifestement entaché d'incohérence avec les orientations principales fixées par le PADD.

12. En troisième et dernier lieu, les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité créer un secteur Nt à vocation touristique à destination exclusive des deux campings de la commune, La Farigoulette et le Domaine d'Enriou. Aux termes de l'article N.T1.1 du règlement relatif aux destinations et sous-destinations autorisées : " Dans le secteur Nt, sont autorisés : () l'hébergement touristique sans création de surface de plancher à l'exception des mobil-homes. Peuvent ainsi être autorisées les emplacements de tentes, de mobil-home et campings cars ()". Aux termes de l'article N.T1.2, relatif aux destinations et sous-destinations interdites : " sauf exceptions visées à l'article N.T1.1, toute nouvelle construction est interdite en zone et secteurs N, Nr et Nt. Sont également interdits : - les habitations légères de loisirs, les caravanes, les résidences mobiles () les terrains de campings () ".

13. La société Domaine des Cyprès est fondée à soutenir que l'article N.T1.2, en ce qu'il interdit les habitations légères de loisirs, les caravanes, les résidences mobiles et les terrains de camping dans un secteur pourtant dédié à l'exploitation des campings, est entaché d'une erreur de droit.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 9 décembre 2019 doit être annulée, en tant que le document graphique, en procédant à une délimitation trop restrictive du secteur Nt correspondant au domaine d'Enriou, est entaché d'une erreur de fait et que l'article N.T1.2 est entaché d'une erreur de droit.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Domaine des Cyprès, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés par la commune de Saint-Laurent-du-Verdon et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent-du-Verdon une somme de 1 500 euros à verser à la société Domaine des Cyprès au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du 9 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Saint-Laurent-du-Verdon a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune est annulée en tant que le document graphique, en procédant à une délimitation trop restrictive du secteur Nt correspondant au domaine d'Enriou, est entaché d'une erreur de fait et que l'article N.T1.2 du règlement est entaché d'une erreur de droit.

Article 2 : La commune de Saint-Laurent-du-Verdon versera à la société Domaine des Cyprès une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Laurent-du-Verdon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Domaine des Cyprès et à la commune de Saint-Laurent-du-Verdon.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes de Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

M. Peyrot, premier conseiller.

Assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

P. Peyrot

La présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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