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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2001635

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2001635

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2001635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGALHUID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 février 2020, 24 mars 2020 et 14 mai 2022, Mme E B, représentée par Me d'Oria, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2020 par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a rejeté sa demande d'attribution d'un congé de longue maladie imputable au service ;

2°) de déclarer inexistants les arrêtés du 7 janvier 2019, 18 avril 2019 et 22 octobre 2019 par lesquels le préfet de la zone de défense et de sécurité sud l'a placée et maintenue en disponibilité d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité sud d'instruire à nouveau sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que son état de santé justifiait l'octroi d'un congé de longue maladie ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir en ce que la décision attaquée s'inscrit dans un contexte d'harcèlement moral ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que l'imputabilité au service ne fait aucun doute ;

- les arrêtés des 7 janvier 2019, 18 avril 2019 et 22 octobre 2019 sont inexistants en raison de l'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2019 par le jugement du 10 mai 2021.

Par un mémoire, enregistré le 17 avril 2020, le ministre de l'intérieur fait valoir qu'il est incompétent pour défendre les intérêts de l'Etat.

Par un mémoire, enregistré le 15 mars 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud fait valoir qu'il est incompétent pour défendre les intérêts de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête[0] dirigées contre l'arrêté du 7 janvier 2019 sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Salvage, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public.

- les observations orales de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe administrative, a été placée en congé de maladie ordinaire pour la période courant du 4 juillet 2017 au 3 juillet 2018. Par un arrêté du 7 janvier 2019, elle a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 4 juillet 2018 au 3 avril 2019. Par un jugement en date du 10 mai 2021, le tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 7 janvier 2019. Par un arrêté du 18 avril 2019, le préfet de zone de défense et de sécurité sud a maintenu l'intéressée en disponibilité d'office à compter du 4 avril 2019 pour une durée de 6 mois. Par un arrêté du 22 octobre 2019, il a renouvelé le placement en disponibilité d'office de Mme B à compter du 4 octobre 2019 pour une durée de 6 mois. Celle-ci a, à maintes reprises, sollicité soit un congé de longue maladie, soit un congé de longue maladie imputable au service. Par un arrêté du 24 janvier 2020, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a rejeté sa dernière demande. Toutefois, se faisant, et eu égard à la teneur de l'ensemble des sollicitations de l'intéressé, il doit être regardé comme ayant, également, implicitement refusé son placement en congé de longue maladie. Mme B demande l'annulation de cet arrêté, en toutes ses décisions, et à ce que soient déclarés inexistants les arrêtés des 7 janvier 2019, 18 avril 2019 et 22 octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 24 janvier 2020 :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 septembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a donné délégation à Mme C A, directrice des ressources humaines, à l'effet de signer, en l'absence de M. D F, contrôleur général des services actifs de la police nationale, tous arrêtés, décisions, lettres et notes établis par la direction des ressources humaines, dont relève la décision attaquée. Le requérant n'établit ni même n'allègue que M. F n'était pas absent ou empêché. Dans ces conditions, en vertu de ces dispositions, Mme A, était compétente pour signer l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et les pièces relative à la situation médicale de Mme B tout en précisant que son affection ne présentait pas de lien de causalité direct et certain de sorte que l'intéressée était en mesure de comprendre les motifs qui la fonde. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 : " Le fonctionnaire en activité a droit : 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. (). ". Aux termes de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 : " Sous réserve des dispositions de l'article 27 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie. ". Aux termes de l'article 28 du même décret : " Pour l'application des dispositions de l'article 34 (3°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, le ministre chargé de la santé détermine par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux caractères définis à l'article 34 (3°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie. Sur cette liste doivent figurer les affections qui peuvent ouvrir droit au congé de longue durée prévu ci-après. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : - maladies mentales ; (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux produits par l'intéressée, sans qu'elle soit sérieusement contestée en défense, qu'elle souffre, notamment et principalement d'une décompensation sur un mode anxiodépressif d'un état sensitif de Kretschmer. Une telle affection, qui peut être qualifiée de maladie mentale au sens et pour l'application des dispositions ci-dessus rappelées, est de nature à la placer dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions en ce qu'elles présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée et nécessitent un traitement et des soins prolongés. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé de la placer en congé de longue maladie.

7. En revanche, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Il appartient au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de former sa conviction sur les points en litige au vu des circonstances de l'espèce.

8. Les pièces médicales produites par Mme B ne sauraient à elles seules suffire à regarder la maladie contractée par Mme B comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec ses conditions de travail. Ainsi, en se bornant à se prévaloir de certificats médicaux rapportant ses propres allégations sur ce point, l'intéressée ne remet pas sérieusement en cause l'appréciation portée par l'administration fondée sur le rapport d'expertise en date du 6 février 2019 par un médecin spécialiste agréé désigné par l'administration et sur le rapport du médecin de prévention en date du 19 décembre 2018. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation quant au refus de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

10. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de caractériser l'existence de tels agissements. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au regard de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. En outre, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte de l'ensemble des faits qui lui sont soumis, y compris des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

11. D'une part, Mme B soutient subir un harcèlement moral en raison du comportement vexatoire de sa supérieure hiérarchique. Si elle se prévaut de propos qu'elle estime discriminants proférés par sa supérieure hiérarchique, notamment en lui reprochant de " mettre son handicap en avant ", elle n'apporte aucun élément circonstancié permettant de regarder comme au moins plausible le harcèlement dont elle se dit victime. Dans ces conditions, Mme B n'apporte pas les éléments suffisants de nature à faire naître une présomption de harcèlement moral par sa supérieure hiérarchique. D'autre part, en se bornant à soutenir que la gestion administrative de sa demande de congé de longue maladie serait l'aboutissement d'un acharnement à son encontre en raison du délai d'instruction de ses demandes, Mme B ne produit pas plus d'éléments de nature à établir une présomption de harcèlement moral institutionnel. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait victime de harcèlement moral.

12. En cinquième lieu, en l'absence de tout élément probant, le moyen tiré d'un détournement de pouvoir doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2020 en tant qu'il lui refuse un congé de longue maladie.

Sur les conclusions en déclaration d'inexistence de l'arrêté du 7 janvier 2019 :

14. Par un jugement en date du 10 mai 2021, postérieur à l'introduction de la requête, le tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 7 janvier 2019, au motif qu'il n'avait pas été précédé d'une invitation à solliciter une demande de reclassement. Dès lors, les conclusions de Mme B dirigées à l'encontre de l'arrêté du 7 janvier 2019 sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en déclaration d'inexistence des arrêtés du 18 avril 2019 et 22 octobre 2019 :

15. Eu égard à leur nature, et à supposer même qu'ils soient illégaux, les arrêtés du 18 avril 2019 et du 22 octobre 2019 ne sauraient être regardés comme des actes nuls et de nul effet susceptibles d'être déférés au juge de l'excès de pouvoir sans condition de délai. Les conclusions en déclaration d'inexistence de ces derniers ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. L'annulation de la décision du préfet de la zone de défense et de sécurité sud refusant d'octroyer un congé de longue maladie implique nécessairement que la demande de Mme B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité sud, de procéder à ce réexamen et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat qui est la partie perdante à l'instance, la somme de 1 500 euros à verser à Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la zone de défense et de sécurité sud du 24 janvier 2020 est annulé en tant qu'il rejette sa demande d'attribution d'un congé de longue maladie.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la zone de défense et de sécurité sud de procéder au réexamen de la situation de Mme E B et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme E B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité sud.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président-rapporteur

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le président rapporteur,

Signé

F. SALVAGE

La première assesseure

Signé

F. LE MESTRICLa greffière,

Signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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