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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2001783

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2001783

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2001783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSTARK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 janvier, 28 février 2020, et 9 avril 2021, M. A B, représenté par Me Stark, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours préalable introduit auprès de la commission des recours militaires à l'encontre de la décision du 10 mai 2019 le plaçant en congé longue maladie sans solde du 11 septembre 2018 au 10 mars 2019 ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de prendre une nouvelle décision lui attribuant un congé de longue maladie avec effet rétroactif pour la même période, mentionnant que l'affection ouvrant droit à ce congé est survenue du fait ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions et de procéder au versement de sa solde en totalité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les pièces de son dossier militaire, médical et administratif, ont été dénaturées ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ont été méconnues ;

- il est victime de discrimination au regard des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2020 et le 27 avril 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables ;

- les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la défense ;

- l'arrêté du 1er mars 1976 relatif à la composition et au fonctionnement du comité supérieur médical, aux conditions d'attribution aux militaires de carrière des congés pour maladie de la position de non-activité et aux contrôles à assurer à l'occasion de ces congés ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Salvage, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a servi au grade de soldat 1ère classe au 1er régiment étranger à Aubagne depuis le 12 octobre 2015. Le 7 novembre 2017, alors qu'il était au quartier général de la Légion à Castelnaudary, il s'est blessé à la cheville droite, accident pour lequel il a été placé le 10 mai 2019 en congé de longue maladie sans solde par le commandant de la Légion étrangère, à compter du 11 septembre 2018 jusqu'au 10 mars 2019. Le 28 juin 2019, il a formé auprès de la commission des recours des militaires un recours administratif obligatoire à l'encontre de cette décision. Par une décision du 6 novembre 2019, dont M. B demande l'annulation, la ministre des armées a rejeté son recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 4138-12 du code de la défense : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, après épuisement des droits de congé de maladie ou des droits du congé du blessé prévus aux articles L. 4138-3 et L. 4138-3-1, pour les affections dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / Lorsque l'affection survient du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ce congé est d'une durée maximale de huit ans. (). L'article L. 4138-48 du même code dispose que : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, sur demande ou d'office, dans les conditions fixées à l'article L. 4138-12, par décision du ministre de la défense () sur le fondement d'un certificat médical établi par un médecin des armées, par périodes de six mois renouvelables ". Aux termes de l'article R. 4138-49 du même code : " La décision mentionnée à l'article R. 4138-48 précise si l'affection ouvrant droit à congé de longue durée pour maladie est survenue ou non du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues par les dispositions de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Et aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 1er mars 1976 susvisé : " Les congés mentionnés à l'article premier [congés de longue durée pour maladie] sont attribués : - après avis médical délivré par un médecin des armées (). L'avis médical ci-dessus doit être, en ce qui concerne les congés de longue durée pour maladie et les congés de longue maladie, confirmé par l'inspecteur du service de santé compétent () ".

3. Un accident dont a été victime un militaire ne peut être regardé comme imputable au service que s'il est survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions ou au cours d'une activité qui constitue le prolongement du service.

4. En l'espèce, pour écarter l'imputabilité au servi de l'accident survenu le 7 novembre 2017, la ministre des armées s'est fondée sur un certificat médical en date du 15 octobre 2018 d'un praticien du service de santé des armées, qui a estimé que le soldat de 1ère classe B " devait bénéficier d'une première période de congé de longue maladie d'une durée de six mois ", et sur un avis technique en date du 24 octobre 2018 de l'inspecteur du service de santé des armées compétent, qui a confirmé l'avis médical de ce praticien et a également présumé qu'il n'existait pas de lien potentiel entre l'affection nécessitant ce congé de la position de non activité et l'exercice par l'intéressé de ses fonctions. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du rapport circonstancié de l'accident, en date du 22 juillet 2019, que " le 1ère classe B descend l'escalier avec une caisse de matériels militaires, il glisse et tombe violemment. Ressentant une vive douleur à la cheville droite il a consulté immédiatement ". Le congé de longue maladie de M. C a été prononcé le 10 mai 2019 en raison de douleurs à la cheville dont l'origine est cette chute sur son lieu de travail survenu le 7 novembre 2017. De même, par un autre certificat du 24 mai 2018, le service de santé des armées préconisait la poursuite de la prise en charge de sa cheville, en précisant que la fragilisation de sa cheville était concomitante à un accident de service et, d'après le certificat du 12 avril 2019, d'un second docteur, son état a nécessité une " intervention en rapport avec l'accident de service de 2017 ". Par suite, le lien direct de l'affection dont souffre M. B avec l'accident est établi et celle-ci doit être regardée comme survenue à l'occasion du service. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la ministre des armées a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 novembre 2019 de la ministre des armées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement que la ministre des armées reconnaisse l'imputabilité au service de l'affection dont souffre M. B, et le place, dès lors en congé de longue maladie comme imputable au service pour la période du 11 septembre 2018 au 10 mars 2019. Il implique en outre, qu'il soit enjoint au ministre de procéder à la reconstitution des droits de M. B pour cette période.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 novembre 2019 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par M. B à l'encontre de la décision du 10 mai 2019 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre des armées de reconnaître l'affection de M. B imputable au service et de le placer en congé de longue maladie à pleine solde du 11 septembre 2018 au 10 mars 2019 dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Salvage, président-rapporteur,

- Mme Le Mestric, première conseillère,

- Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

F. SALVAGELa première assesseure,

signé

F. LE MESTRIC

La greffière,

signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

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