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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2001922

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2001922

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2001922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2020, M. A B, représenté par Me Beridot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2020 par lequel le maire d'Aix-en-Provence s'est opposé à sa déclaration préalable n° DP 1300119J1064 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable déposée le 11 décembre 2019 ;

- la décision attaquée est une décision de retrait pris en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet s'intègre dans l'environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2021, la commune d'Aix-en-Provence conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- l'article UI6 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) est méconnu, elle est ainsi fondée à solliciter une substitution de motif.

Par ordonnance du 5 juillet 222, la clôture de l'instruction a été prononcée au 26 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tramier, représentant M. B, et de Me Tosi, représentant la commune d'Aix-en-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° DP 1300119J1064 du 13 février 2020, le maire d'Aix-en-Provence s'est opposé à la déclaration préalable déposé par M. B en vue d'une modification de la façade sur un bâtiment situé 4 boulevard du Roi René. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret. / () ". Selon l'article L. 424-2 du même code, " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ".

3. Le délai d'instruction des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et des déclarations préalables est, selon l'article R* 423-18 du code de l'urbanisme, déterminé dans les conditions suivantes : " a) Un délai de droit commun est défini [à l'article R. 423-23]. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus [aux articles R. 423-24 à R. 423-33]. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; / c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus [aux articles R. 423-34 à R. 423-37-3], pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande ". D'une part, l'article R*423-4 du même code prévoit que le récépissé de la demande de permis ou de la déclaration préalable précise la date à laquelle un permis tacite doit intervenir, en application du premier alinéa de l'article L. 424-2, ou, dans le cas d'une déclaration préalable, la date à partir de laquelle les travaux peuvent être entrepris. Ce récépissé précise également, en application de l'article R.*423-5 du même code, que l'autorité compétente peut, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier : " a) Notifier au demandeur que le dossier est incomplet ; / b) Notifier au demandeur un délai différent de celui qui lui avait été initialement indiqué, lorsque le projet entre dans les cas prévus aux articles R. 423-24 à R. 423-33 ; / () ". D'autre part, aux termes de l'article R*423-42 du même code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : / a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; / b) Les motifs de la modification de délai ; / c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis. / Copie de cette notification est adressée au préfet ". Et aux termes de l'article R*423-43 du même code : " Les modifications de délai prévues par les articles R. 423-24 à R. 423-33 ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites. / () ". Aux termes de l'article R*424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III [du titre II du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme], le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ". Enfin, aux termes de l'article R. 424-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; / () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. Une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R*423-18 de ce code ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R*423-24 à R*423-33 du même code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite ou une décision de non-opposition à déclaration préalable. S'il appartient à l'autorité compétente, le cas échéant, d'établir qu'elle a procédé à la consultation ou mis en œuvre la procédure ayant motivé la prolongation du délai d'instruction, le bien-fondé de cette prolongation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. En l'espèce, un courrier modifiant le délai d'instruction a été adressé à M. B le 8 janvier 2020 et a indiqué qu'il était majoré d'un mois dès lors que le projet était soumis " à autorisations ou prescriptions prises par d'autres législations ou réglementations " comme le prévoit l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme. Si le requérant soutient que la commune aurait prolongé ce délai afin de saisir pour avis l'architecte des bâtiments de France à tort, son bâtiment n'étant pas situé dans le champ de visibilité d'un monument historique, le bien-fondé de cette majoration est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que la commune d'Aix-en-Provence a notifié son courrier avant l'expiration du délai de droit commun d'un mois et qu'elle a procédé à la consultation ayant motivé cette prolongation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il serait devenu titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable.

6. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'arrêté du 13 février 2020 en litige s'analyse comme une décision d'opposition à la déclaration préalable, et non comme une décision de retrait, M. B ne peut ainsi utilement soutenir qu'il aurait dû être précédé de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen, qui est inopérant, doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version alors en vigueur : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. /Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. (). ". A supposer que le requérant soulève le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, celui-ci comporte de manière suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui le fondent et met à même le pétitionnaire de comprendre les motifs pour lesquels le projet est refusé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article UI11 du règlement du PLU : " Toute construction doit présenter un projet architectural dans une composition urbaine et paysagère participant à la mise en valeur des qualités du tissu urbain dans lequel elle s'insère. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le maire d'Aix-en-Provence s'est fondé, pour refuser la déclaration préalable sollicitée, sur le caractère " impactant pour la présentation de l'immeuble et peut être source de nuisances visuelles et sonores dans ce contexte de cœur d'ilot ". Toutefois, les nuisances sonores ne sont pas protégées par l'article précité. En outre, il ressort des plans produits au dossier que l'escalier porte sur une dimension limitée et qu'il s'implante en limite séparative n'étant ainsi pas visible depuis la voie publique. Enfin, son aspect ne dénature nullement l'immeuble qui ne bénéficie au demeurant d'aucune protection particulière. Dans ces conditions, le maire d'Aix-en-Provence a commis une erreur d'appréciation en refusant l'autorisation sollicitée sur ce fondement, et le moyen doit ainsi être accueilli.

10. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

11. Aux termes de l'article UI 6 du règlement du PLU : " 1 - Le long des linéaires de gabarit* figurant sur la planche A des documents graphiques du règlement, les constructions doivent être implantées : d'une part, sur le linéaire de gabarit en s'inscrivant dans la courbe enveloppe définie par le croquis ci-après ; d'autre part, dans une bande qui ne peut être inférieure à 10 mètres et supérieure à 18 mètres à compter du linéaire de gabarit. Dans le secteur UIv, cette bande ne peut être inférieure à 7 mètres et supérieure à 14 mètres à compter du linéaire de gabarit. / () ".

12. Il ressort du règlement graphique du PLU d'Aix-en-Provence que le terrain d'assiette du projet se situe dans une zone pour laquelle un linéaire de gabarit est applicable. Ainsi que le soutient la commune, il ressort du plan de coupe du dossier de la déclaration préalable que l'escalier est implanté, pour partie, au-delà de la bande de constructibilité de 18 mètres prévu à l'article UI 6 du règlement du PLU précité, ce qui n'est pas le cas pour la terrasse ainsi que le bardage en bois, également prévus par la déclaration préalable. Par suite, le maire est seulement fondé à solliciter une substitution de motif en tant que l'escalier méconnait l'article UI 6 du règlement du PLU précité.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision d'opposition à la déclaration préalable en tant qu'elle refuse les travaux d'extension de la terrasse et d'installation d'un bardage en bois.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : l'arrêté n° DP 1300119J1064 du 13 février 2020 du maire d'Aix-en-Provence est annulé en tant qu'il refuse les travaux d'extension de la terrasse et d'installation d'un bardage en bois.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le18 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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