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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2002264

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2002264

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2002264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2020 et le 4 janvier 2023, la SCI Petit Bonheur, représentée par Me Marques, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2019 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a refusé de régulariser les travaux effectués sur la maison d'habitation implantée sur les parcelles cadastrées DZ 0041 et DZ 0151 sises 815 chemin de l'Echelle à Aix-en-Provence ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 14 novembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en fait ;

- le motif de refus tiré de ce que les travaux sont réalisés sur une servitude d'espace boisé classé (EBC) est infondé en droit ;

- la construction d'une piscine n'est pas incompatible avec un EBC ;

- le plan local d'urbanisme (PLU) est illégal en tant qu'il classe sa parcelle en zone d'EBC ;

- le motif de refus tiré du risque de glissement de terrain méconnait l'article 1-3 du règlement du PLU ;

- le motif de refus tiré du risque de feux de forêt est entaché d'erreur d'appréciation ;

- la demande de substitution de motif proposée par la commune doit être écartée.

Par un mémoire, enregistré le 22 décembre 2021, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andréani, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SCI Petit Bonheur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués par la SCI Petit Bonheur ne sont pas fondés ;

- elle demande le cas échéant une substitution de motif tirée de ce que la demande de permis de construire n'a pas porté sur l'augmentation de la surface de plancher.

Par une ordonnance du 11 juillet 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique

- les observations de Me Marques, représentant la SCI Petit Bonheur et les observations de Me Tosi représentant la commune d'Aix-en-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 3 novembre 2011, le maire d'Aix-en-Provence a délivré à la SCI Petit Bonheur une autorisation de rénovation et d'extension mesurée d'un bâtiment existant à usage d'habitation située 815 chemin de l'Echelle sur des parcelles cadastrées DZ 0041 et DZ 0151. Le 16 janvier 2013, un procès-verbal d'infraction a été dressé par le maire à la suite de la modification des ouvertures et de la surface de plancher de la construction autorisée ainsi que de la construction d'une piscine. Le 19 septembre 2019, le maire a refusé la demande de la SCI de démolir la toiture terrasse recouvrant le bassin et son local technique, de prolonger la dalle existante et de maintenir le bassin, le local technique et les escaliers en limite ouest aux fins de régularisation. Le 14 novembre 2019, la SCI Petit bonheur a formé un recours gracieux contre ce refus auquel l'administration n'a pas répondu. Par la présente requête, la SCI requérante demande l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2019 portant refus de régularisation des travaux effectués sur sa maison d'habitation et sa piscine ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. ".

3. La décision contestée comporte les considérations de droit qui la fondent et expliquent de manière compréhensible les faits, en mentionnant que les travaux réalisés sans autorisation modifient la destination de la servitude d'espaces boisés classés au titre de laquelle figure au document graphique du PLU la parcelle d'assiette de la SCI. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Aux termes de l'article L. 113-2 du même code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. ".

5. Le maire a refusé le projet au motif, notamment, que la piscine est construite au sein d'une parcelle classée en espaces boisés classés (EBC) par le PLU.

6. D'abord, le PLU d'Aix-en-Provence comporte un document graphique sur les servitudes, et notamment les EBC, annexé au règlement ainsi qu'un lexique, qui fait en l'espèce partie intégrante de celui-ci, intitulé " TITRE IV Définition du règlement du PLU ", renvoyant expressément aux dispositions applicables du code de l'urbanisme sur ce point. Ainsi, la lecture combinée du lexique, du document graphique et des règles du code de l'urbanisme en matière d'EBC permet de préciser clairement les règles de construction sur ces servitudes, contrairement à ce que soutient la SCI requérante. Celle-ci n'est dès lors pas fondée à exciper de l'illégalité de ce classement au motif que le règlement du PLU ne comporterait aucune prescription précise quant aux possibilités de constructions.

7. Ensuite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les auteurs du PLU aient à tort classer les parcelles litigieuses en espaces boisés classés dès lors qu'elles s'insèrent dans un secteur particulièrement vaste caractérisé par la présence de forêt. Si la commission d'enquête a conclu dans le sens de la suppression de l'EBC, cette circonstance est sans incidence sur le litige dès lors que les auteurs du PLU ne sont pas liés par cet avis. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles d'assiette du projet doit être écarté.

8. Enfin, la SCI requérante soutient que, en toutes hypothèses, la piscine construite sans autorisation serait compatible avec le classement en EBC. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en 2013 la SCI requérante avait déposé une demande de permis de régularisation pour la création d'un bassin, à la suite de la démolition d'un abri de jardin. Le maire a pris un premier arrêté de refus de régularisation le 9 juillet 2013, au motif que l'implantation de la piscine entrainerait un changement d'affectation du plan d'occupation des sols du 31 octobre 1984 qui avait déjà défini un EBC sur ladite zone. Dans ces conditions, la SCI requérante ne rapporte pas la preuve de l'existence d'une construction antérieurement à la création de l'EBC par le plan d'occupation des sols. Or, la réalisation de la piscine est incompatible avec un EBC en ce qu'elle artificialise les sols jusqu'alors libres de toute construction, et alors même qu'elle ne supposerait aucune coupe ou abattage d'arbres.

9. Il s'ensuit que ce premier motif de refus est légal.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 1-3 du règlement du PLU : " Dans les secteurs soumis à un aléa fort : 1-Sont interdites-toutes occupation ou utilisation du sol nouvelle et notamment les constructions, sauf celles nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif, et les affouillement et exhaussements de sol hors opération de travaux public, compatible avec l'intensité de l'aléa. 2-Sont autorisées sous conditions () - les extensions mesurées des constructions existantes, ainsi que leurs annexes, sous réserve de ne pas augmenter leur vulnérabilité et les enjeux exposés et de prendre les mesures de mitigation adaptées ". ". Aux termes de l'article 1.1 définissant l'annexe : " Une annexe est une construction secondaire, de dimensions réduites et inférieures à la construction principale. Elle doit être implantée selon un éloignement restreint entre les deux constructions afin de marquer un lien d'usage. Elle peut être accolée ou non à la construction principale avec qui elle entretient un lien fonctionnel, sans disposer d'accès direct depuis la construction principale. ".

11. Le maire a refusé le projet au deuxième motif que le bassin et le local technique sont situés en zone d'aléa fort de risque de glissement de terrain.

12. Les parcelles en litige sont situées dans une zone fortement exposée aux mouvements différentiels de terrains liés au phénomène de retrait-gonflement des argiles identifiés par le plan de prévention des risques naturels prévisibles applicables à la commune d'Aix-en-Provence. La construction en litige, qui n'est pas implantée selon un éloignement restreint au sens et pour l'application de l'article 1.A du lexique national, ne peut être qualifiée d'annexe. Il s'ensuit qu'elle ne pouvait être autorisée en application de l'article 1.3 du règlement du PLU. Par suite, le maire n'a pas commis une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le permis de construire sollicité pour ce motif.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. Il en est de même si les constructions projetées, par leur implantation à proximité d'autres installations, leurs caractéristiques ou leur situation, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de cet article, peuvent justifier le refus d'un permis de construire ou son octroi sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers.

14. Le maire a refusé le projet au troisième motif que la sécurité des personnes et des biens n'est pas assurée car le terrain d'assiette est situé en zone d'aléa fort de risque de feux de fôret.

15. Il est constant que le terrain d'assiette se situe dans une zone particulièrement boisée soumise à un risque fort de feux de fôret. Le maire a considéré que la régularisation demandée ne pouvait être acceptée dès lors que le dossier de demande de régularisation ne comportait pas d'éléments significatifs quant aux accès et aux dispositifs incendie. Toutefois, s'il résulte des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme que les accès doivent être précisés dans la notice descriptive, cette disposition ne s'applique pas dès lors qu'il s'agit d'une régularisation d'une piscine et de modification d'ouverture en façade de la maison. En outre, il ne resulte pas de l'article R. 431-4 et suivants du même code que les pétitionnaires doivent apporter les éléments relatifs aux dispositifs d'incendie et de secours de la zone. A cet égard, la consultation du service d'incendie et de secours n'apparait pas obligatoire compte tenu de la nature des régularisations demandées. Enfin, et en tout état de cause, le projet n'accroit pas la population exposée au risque d' incendie. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que ce motif de refus opposé à la SCI Petit Bonheur est illégal.

16. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les deux motifs de refus exposés précédemment aux point 5 à 13 suffisent à justifier légalement du refus en litige. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motif demandée par la commune, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2019 doivent être rejetées.

Sur les frais irrépétibles :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par la SCI Petit Bonheur et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Petit Bonheur une somme globale de 1 500 euros au même titre à verser la commune d'Aix-en-Provence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Petit Bonheur est rejetée.

Article 2 : La SCI Petit Bonheur versera à la commune d'Aix-en-Provence une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Petit Bonheur, et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre2023.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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