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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2002926

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2002926

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2002926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTATARIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 28 mars 2020,

31 octobre 2020 et 5 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Tatarian, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole d'Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du territoire Marseille Provence ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler partiellement, en application de l'article L.600-9 du code de l'urbanisme, la délibération en tant qu'elle classe ses parcelles en zone UM1 et en espace vert protégé ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération du 22 mai 2015 par laquelle le conseil métropolitain a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal a été irrégulièrement publiée ;

- l'enquête publique qui s'est déroulée du 14 janvier au 4 mars 2019 est entachée d'irrégularité ;

- le classement de ses parcelles en zone UM1 où toute construction nouvelle est interdite est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et constitue une atteinte disproportionnée à son droit de propriété ;

- le classement de ses parcelles en " Espace vert protégé " est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2020, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Sindres, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par lettre du 18 septembre 2020, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du

1er novembre 2020.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 12 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- les observations de Me Tatarian pour M. C et de Me Kauffmann substituant

Me Sindres pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 décembre 2019, le conseil de la Métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du territoire Marseille-Provence. Par sa requête, M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la délibération attaquée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions

motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. Si ce délai ne peut être

respecté, un délai supplémentaire peut être accordé à la demande du commissaire enquêteur

ou de la commission d'enquête par l'autorité compétente pour organiser l'enquête, après avis

du responsable du projet.() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'enquête publique relative à l'élaboration du PLUi s'est déroulée du 14 janvier au 4 mars 2019 et que le rapport de la commission d'enquête n'a été déposé que le 13 mai 2019. Si la métropole fait valoir que la commission d'enquête a sollicité un délai supplémentaire, qu'elle lui a accordé, il résulte des dispositions de l'article L.123-15 précitées que seul le tribunal administratif était compétent à cette fin. Toutefois, un tel délai n'est pas prescrit à peine de nullité et M. C n'établit ni même n'allègue que cette remise tardive aurait exercé une influence sur le sens de la délibération. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-15 du code de l'environnement doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions combinées des articles L. 123-15 et

R. 123-19 du code de l'environnement que, si elles n'imposent pas au commissaire-enquêteur ou à la commission d'enquête de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.

5. M. C soutient que le rapport d'enquête publique est insuffisamment motivé en ce qu'il ne répond pas à ses observations ni à celles de plusieurs autres propriétaires de terrains classées en zone UM1, sollicitant le classement de leur terrain en zone constructible. D'une part, il n'est pas contesté que ses observations par lesquelles il indique souhaiter conserver les droits à construire dont il disposait dans le zonage UM1 du PLU et la suppression de l'espace vert protégé auquel sa parcelle serait partiellement soumise, ont bien été reproduites par le rapport de la commission d'enquête. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que 5 410 observations ont été recueillies correspondant à 7 787 demandes distinctes. Le rapport, en raison du grand nombre d'observations, a classé ces dernières par localisation et thématique. Il comporte, en outre, un avis motivé de 143 pages, distinct du résumé des observations, ainsi qu'un procès-verbal de synthèse des observations dans lequel la commission d'enquête fait une analyse synthétique des demandes individuelles de constructibilité, qui représentent 95% des requêtes sur les arrondissements en périphérie du centre-ville de la commune de Marseille. Ce document fait en outre état des demandes de réduction des classements en espaces vert à protéger pour développer la constructibilité de leur parcelle précisant que " dans la très grande majorité des cas, de telles requêtes visent à supprimer des parties arborées pour dégager plus de constructibilité " et " vont à l'encontre des objectifs du PADD de préserver la trame verte des espaces verts et des jardins qui participe à la préservation de la biodiversité, de la qualité de vie et de la qualité de l'air si souvent évoquée par les habitants eux-mêmes ". Par suite, le rapport de la commission d'enquête n'a pas méconnu les exigences des articles L. 123-15 et R. 123-19 du code de l'environnement.

En ce qui concerne la légalité interne de la délibération attaquée :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la délibération du 22 mai 2015 a bien été publiée au recueil des actes administratifs de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole le 10 juin 2015, a fait l'objet d'un affichage au siège de la communauté urbaine et d'une insertion dans les journaux locaux, conformément aux dispositions de l'article R.123-5 du code de l'urbanisme alors applicable. Par suite, le moyen tiré du défaut de publication de la délibération prescrivant le PLUi ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, le règlement du PLUi précise que les zones UM sont des " zones urbaines, car déjà bâties, dans lesquelles l'urbanisation doit être maîtrisée, souvent pour des raisons environnementales (sensibilités paysagères, risques naturels) et du fait d'un déficit de réseaux et d'équipements (voirie notamment) ", la zone UM1 étant définie comme une zone dans laquelle " les constructions nouvelles d'habitation ne sont pas autorisées mais dans lesquelles les extensions limitées sont admises () ". Il ressort notamment du rapport de présentation du PLUi que ce classement se justifie par l'absence de voirie répondant de façon satisfaisante à l'usage résidentiel. Ces zones " sont généralement en limite de la tâche urbaine, confrontées à des zones entièrement naturelles et parfois aux extrémités des dessertes (quartiers en impasse souvent de faible largeur, dont l'élargissement nécessiterait de nombreuses expropriations et de lourds travaux en tissus bâtis). " La métropole justifie ainsi le choix de rendre inconstructibles ces zones, le renforcement et l'élargissement des voiries représentant un coût excessif. Si M. C soutient que sa parcelle ne répond pas à de telles caractéristiques, il ressort des pièces du dossier que son terrain se situe au sein du quartier de La Panouse, dans lequel s'est développé un habitat pavillonnaire, dans le vallon éponyme entouré d'espaces naturels. Les photographies produites à l'instance montrent que le terrain d'assiette est desservi par l'avenue de la Grande Gorge et le chemin des Chalets, dont la largeur interdit le croisement de véhicules et qui se terminent en impasse. Il ressort ainsi clairement des pièces du dossier que le caractère faiblement défendable de cette zone urbaine face aux risques d'incendie, notamment en raison de l'insuffisance de sa voirie, justifie son classement en zone inconstructible. En outre, si M. C soutient que d'autres parcelles situées à proximité ont été classées en zone UP1, il ressort des pièces du dossier que ces parcelles ne sont pas dans une situation équivalente à la sienne en terme, notamment, de desserte. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en classant sa parcelle en zone UM1, la métropole d'Aix-Marseille-Provence aurait entaché la délibération attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. () ".

9. Il ressort du rapport de présentation du PLUi attaqué que le classement en catégorie 3 des espaces verts protégés (EVP) est instauré dans des secteurs où la qualité paysagère est générée par les boisements. Il concerne donc essentiellement les tissus urbains constitués, sur des parcelles bâties ou non dans lesquelles la couverture boisée est intimement liée au paysage du secteur. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle C127 du requérant, classée partiellement en EVP de catégorie 3, se situe au sein du quartier de La Panouse et constitue avec la parcelle adjacente 174 un ensemble arboré composé de 3 maisons individuelles et d'un terrain de tennis. M. C, qui se borne à soutenir que son autre parcelle n°126 n'a pas fait l'objet d'un tel classement, ne conteste pas sérieusement la circonstance que cette parcelle est, quant à elle, dépourvue d'arbres. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en classant sa parcelle C127 en catégorie 3 des espaces verts à protéger, la métropole aurait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation la délibération attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 ni dans son intégralité ni en tant seulement qu'elle classe la parcelle C127 en zone UM1 et en espace vert à protéger de catégorie 3.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande M. C au titre de ces dispositions.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la métropole d'Aix-Marseille-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D ÉC I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

M. Peyrot, premier conseiller,

Assistés de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

P. B

La présidente,

signé

I. Hogedez Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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