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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003025

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003025

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAIAHELOUDJOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 2 avril 2020 sous le numéro 2003025, M. B A, représenté par Me Chaiaheloudjou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer à la société par actions simplifiée Inaya Scoot une autorisation de travail en sa faveur pour un poste de gestionnaire de stock ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou dans le meilleur des cas la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme, agissant en vertu de la convention de délégation de gestion en matière de main d'œuvre étrangère n°13-2021-03-31-00003 signée avec le préfet des Bouches-du- Rhône, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 décembre 2021.

II- Par une requête, enregistrée le 6 août 2020 sous le numéro 2005993, M. B A, représenté par Me Chaiaheloudjou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision illégale de refus d'autorisation de travail ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 à ce titre ;

- le préfet aurait dû lui accorder la protection subsidiaire de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions des ordonnances n°2020-328 du 25 mars 2020 et n°2020-460 du 22 avril 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 août 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 2020-338 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-460 du 22 avril 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- les observations de Me Chaiaheloudjou , représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien entré en France le 2 septembre 2011 alors qu'il était mineur avec sa famille, s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2019. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et le changement de son statut " étudiant " en statut " salarié " le 28 octobre 2019. La SAS Inaya Scoot a déposé préalablement, le 22 octobre 2019 une demande d'autorisation de travail au profit de M. A pour un poste de gestionnaire de stock (code ROME N1303). Par une décision du 7 février 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande d'autorisation de travail. Par arrêté du 6 juillet 2020, le même préfet a rejeté la demande de titre de séjour de M. A et l'a invité à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. Les requêtes numéros 2003025 et 2005993 sont présentées par le même requérant et présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur la légalité de la décision de refus d'autorisation de travail du 7 février 2020 :

3. En premier lieu, l'article L. 211-2 7° du code des relations entre le public et l'administration dispose que les décisions individuelles qui refusent une autorisation doivent être motivées. L'article L 211-5 du même code dispose que la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. En l'espèce la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la demande de la société Inaya Scot, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les textes dont elle fait application, notamment les articles R. 5221-1, R. 5221-12 et R. 5221-20 du code du travail, mentionne des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A et indique les motifs pour lesquels le préfet a refusé de délivrer l'autorisation de travail sollicitée. Ces indications sont suffisantes pour permettre à M. A de contester utilement le refus d'autorisation et au juge d'en contrôler les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En deuxième lieu L'article R. 5221-20 du code du travail dans sa version applicable au présent litige dispose que " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; () 6° Le salaire proposé à l'étranger qui, même en cas d'emploi à temps partiel, est au moins équivalent à la rémunération minimale mensuelle mentionnée à l'article L. 3232-1".

6. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail présentée au profit de M. A, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les motifs tirés de l'absence de justificatif des recherches effectuées par la SAS Inaya Scoot pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail auprès des organismes concourant au service public de l'emploi, du déséquilibre récurrent de la situation de l'emploi pour le métier considéré avec un nombre de demandes supérieur aux offres d'emploi, de la rémunération proposée de 735 euros bruts mensuels inférieure à la rémunération minimale mensuelle mentionnée à l'article L. 3232-1 du code du travail, et enfin de l'absence de diplôme ou d'un justificatif de l'expérience professionnelle de M. A dans le domaine considéré.

7. S'agissant du motif tiré de la situation de l'emploi, M. A se borne à affirmer qu'il a pu constater par lui-même que, dans le secteur d'activité concerné, la demande était importante et non satisfaite. Il n'apporte ainsi aucun élément de nature à remettre en cause les éléments notamment chiffrés retenus par le préfet pour estimer que le nombre de demandes d'emploi était supérieur à celui des offres d'emploi pour le métier de gestionnaire de stock.

8. Le requérant soutient par ailleurs disposer d'excellentes connaissances théoriques et pratiques en mécanique, sans en justifier, alors qu'il produit son bulletin d'inscription pour l'année 2017/2018 aux ateliers de l'image et du son - école supérieure de l'audiovisuel et des arts numériques . Il n'explique au demeurant pas davantage en quoi ces compétences seraient utiles pour occuper le poste de gestionnaire de stock et permettraient d'établir l'adéquation entre sa qualification, son expérience ou ses diplômes et les caractéristiques de l'emploi auquel il a postulé.

9. Enfin, et en tout état de cause, M. A ne conteste pas les deux autres motifs, précédemment cités au point 6, de refus de délivrance d'une autorisation de travail fondant la décision attaquée.

10. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail et de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet ne peuvent qu'être écartés.

11. En troisième et dernier lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être utilement invoquées par le requérant au soutien de la contestation d'une décision préfectorale refusant une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance est inopérant, et doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 février 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer l'autorisation de travail sollicitée par la SAS Inaya Scoot à son profit.

Sur la légalité de l'arrêté portant refus de titre de séjour du 6 juillet 2020 :

13. En premier lieu, la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Sont ainsi mentionnés les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'article R. 311-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, plusieurs éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A ainsi que les motifs pour lesquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le préfet a par ailleurs bien mentionné l'entrée du requérant sur le territoire français en 2011 alors qu'il était mineur ainsi que les quatre titres de séjour successifs dont il a bénéficié de 2016 à 2019.. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 12 qu'aucun des moyens invoqués par M. A à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône refusant d'accorder une autorisation de travail à la SAS Inaya Scoot n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

16. M. A fait valoir qu'il est arrivé en France en septembre 2011 alors âgé de 14 ans avec ses parents et son frère et sa sœur, qu'il y a suivi sa scolarité puis ses études supérieures, qu'il bénéficie d'une complète insertion sociale, qu'y résident également un cousin et une tante. Toutefois le requérant, dont le séjour en France sous couvert d'un titre portant la mention " étudiant " ne lui donnait pas vocation à demeurer durablement sur le territoire français, ne conteste pas être célibataire et sans enfant, et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, la décision de refus de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

17. En quatrième lieu, l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au présent litige dispose que " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié et pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : a) La peine de mort ou une exécution ; b) La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants ; c) S'agissant d'un civil, une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d'une situation de conflit armé interne ou international. "

18. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une convention internationale bilatérale, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou d'une convention internationale bilatérale, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée, de la circonstance qu'il remplirait les conditions prévues par l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel le préfet des Bouches-du-Rhône ne s'est en tout état de cause pas prononcé, alors qu'il a formé une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant inopérant, doit être écarté.

19. En cinquième et dernier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, le récépissé de demande d'un titre de séjour ne vaut pas titre de séjour et n'a pour seul effet que d'autoriser la présence de l'étranger sur le territoire pour la durée qu'il précise le temps de l'instruction par l'administration de sa demande de titre de séjour. Si l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-338 du 25 mars 2020 modifié par l'ordonnance n° 2020-460 du 22 avril 2020 a prolongé la durée de validité des récépissés de demande de titre de séjour de 180 jours dans le contexte de l'état d'urgence sanitaire provoqué par l'épidémie de covid-19, le préfet des Bouches-du-Rhône a instruit la demande de titre de séjour de M. A dans le délai, et a pu à bon droit préciser à l'article 1er de l'arrêté rejetant la demande d'admission au séjour de M. A que cet arrêté abrogeait et remplaçait le récépissé de demande de carte de séjour en la possession de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des ordonnances précitées doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet des Bouches-du-Rhône des 7 février 2020 et 6 juillet 2020. Par suite ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais d'instance

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet des Bouches-du-Rhône et au préfet du Puy-de-Dôme.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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