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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003271

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003271

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPARME AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2020, et des mémoires complémentaires enregistrés les 12 juillet 2020, 1er juin 2021 et 1er juillet 2021, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision, révélée par le courriel du directeur adjoint de l'éducation et des collèges du département des Bouches-du-Rhône du 19 juin 2019 interdisant à l'association ADAM 13 de lui confier des " sorties pédagogiques nature ", par laquelle le département a décidé de ne plus lui confier d'actions éducatives ;

2°) de condamner le département à lui verser la somme de 11 520 euros en réparation des pertes financières qu'il a subies.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du département n'est pas motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un débat contradictoire ;

- les accusations sont infondées et les faits reprochés ne sont pas établis ;

- il a subi un préjudice financier pour les années 2018/2019, 2019/2020 et 2020/2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2021, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Cuzzi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le courriel de l'administration ne constitue pas une décision faisant grief ;

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée 2 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2005-843 du 26 juillet 2005 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 91-857 du 2 septembre 1991 ;

- le décret n° 2012-437 du 29 mars 2012 ;

- la circulaire modifiée n° 92-196 du 3 juillet 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Duvernois, pour le département des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerçait les fonctions " d'intervenant extérieur guide naturaliste et audio naturaliste " pour le compte de l'association départementale des accompagnateurs en moyenne montagne des Bouches-du-Rhône (ADAM 13), en qualité de travailleur indépendant. A la suite d'un incident s'étant produit lors d'une sortie avec des collégiens le 16 juin 2019, le directeur adjoint de l'éducation et des collèges du département des Bouches-du-Rhône a demandé au président de l'association ADAM 13, par un courriel du 19 juin 2019, de cesser de confier des " sorties pédagogiques nature " avec des élèves à M. B. Le département a confirmé cette décision par un courrier adressé au conseil de ce dernier le 23 août suivant. Après avoir en vain sollicité, à deux reprises, un rendez-vous auprès de la présidente du conseil départemental, M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le département a demandé à l'ADAM 13 de faire cesser sa participation aux sorties pédagogiques organisées pour l'année scolaire en cours et l'année suivante.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'ADAM 13, cocontractante du département des Bouches-du-Rhône qui réalise pour le compte du département des prestations pédagogiques à destination des collégiens dans le cadre de l'action éducative menée par ce dernier, a confié à M. B, par contrat, la réalisation de l'action éducative intitulée " Camargue, étang du Fangassier de salines en salines " au profit des classes de sixième. La décision contestée, dont M. B n'est pas le destinataire, constitue non une décision individuelle mais une mesure d'exécution de la convention conclue entre l'association et le département, à laquelle il n'est pas partie. Ainsi, en qualité de tiers au contrat liant l'ADAM 13 au département des Bouches-du-Rhône, M. B ne peut utilement se prévaloir des irrégularités tenant aux conditions et formes dans lesquelles la décision en litige est intervenue. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision, qui en tout état de cause manque en fait, et de ce que celle-ci devait être précédée d'une procédure contradictoire à son égard sont inopérants et doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, si M. B conteste le bien-fondé de la décision litigieuse dès lors que les motifs retenus par le département, relatifs à son comportement envers des collégiennes, seraient erronés, les faits reprochés n'étant selon lui pas établis, il ressort des pièces du dossier que cette collectivité a été avertie de plaintes de parents d'élèves desquelles il résulte qu'il aurait adopté, lors d'une sortie avec une classe de sixième d'un collège, une tenue vestimentaire inappropriée et aurait tenu des propos déplacés, dont certains à connotation sexuelle, envers cinq élèves. Il ressort également des pièces du dossier que, quand bien même ces griefs n'ont pas été confirmés par des adultes présents lors de la sortie et qu'aucune plainte n'a été déposée à son encontre, ces faits ont été jugés suffisamment vraisemblables et graves, et sont de nature à justifier que le département ait exigé de l'association ADAM 13, par la décision en cause, qu'il soit mis fin, à titre provisoire et conservatoire, à la contribution de M. B au déroulement des actions pédagogiques pour l'année scolaire en cours et celle à venir, dans l'intérêt de la collectivité. Par suite, le département a pu, sans erreur d'appréciation, demander à l'association ADAM 13 de ne plus faire appel aux services de l'intéressé pour l'animation de sorties pédagogiques avec des collégiens.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision révélée par le courriel du 19 juin 2019 émanant des services du département et tendant à mettre fin à son intervention dans le cadre des actions éducatives mises en œuvre par l'association ADAM 13 pour les besoins de la collectivité, serait entachée d'illégalité.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 2 et 3, M. B n'est pas fondé à engager la responsabilité du département, qui n'a commis aucune faute en prenant la décision en litige. Au surplus, alors que M. B soutient que la décision révélée par le courriel du 19 juin 2019 ne lui permet plus d'exercer ses activités professionnelles, emporte des conséquences financières dès lors que la perte de chiffre d'affaires qu'il subit est importante et qu'il ne bénéficie que du RSA activité, et des conséquences morales en portant atteinte à son honneur et sa réputation professionnelle, il n'établit pas, d'une part, en se bornant à produire quelques fiches documentaires à l'usage des actions éducatives financées par le département des Bouches-du-Rhône et à soutenir qu'il a mené seize sorties par an rémunérées à hauteur de 320 euros chacune, sans apporter aucun élément de nature à justifier cette fréquence et cette rémunération, avoir été, comme il le prétend, un prestataire régulier au sein de l'ADAM 13 pendant deux années, entre 2017 et 2019, dans le cadre de ces actions éducatives, et, ce faisant, la rémunération dont il est susceptible d'être privé du fait de la décision attaquée. D'autre part, les conséquences de la décision en litige au titre de l'atteinte à l'honneur et à la réputation qu'il allègue ne sont pas étayées de précisions permettant de les faire regarder comme présentant un caractère certain. Par suite, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander la condamnation du département au versement d'une somme à titre de réparation de son préjudice.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et ses conclusions indemnitaires, lesquelles n'ont au demeurant pas fait l'objet d'une demande préalable au département, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

E. Felmy

La présidente,

Signé

M.-L. Hameline

Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2

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