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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003630

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003630

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ROUANET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2020 et des mémoires en réplique enregistrés les 19 février et 29 avril 2021 ainsi que le 12 janvier 2022, M. B F, représenté par Me Gorand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Névache a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé au lieudit " A ", ainsi que la décision du 11 mars 2020 rejetant son recours gracieux du 5 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Névache, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Névache la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte attaqué est incompétent dès lors que le maire de la commune de Névache a signé au nom de ladite commune et non au nom de l'Etat, conformément à l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du même code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet se situe dans la prolongation d'une zone urbanisée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que la réalisation du projet ne nécessite pas l'extension du réseau public d'électricité et, à supposer, que cette extension soit nécessaire il n'est pas établi que les diligences appropriées ont été accomplies par la commune de Névache pour apprécier utilement le délai dans lequel cette extension pourrait être réalisée ;

- l'arrêté contesté est illégal dès lors qu'il vise l'avis du préfet des Hautes-Alpes lui-même illégal, dans la mesure où ce-dernier considère que le terrain d'assiette en cause se situe en discontinuité des parties urbanisées.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 26 mai 2020 et 10 mars 2021, la commune de Névache, représentée par Me Rouanet, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2023, le préfet des Hautes-Alpes conclut au non-lieu à statuer de la requête présentée par M. F.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'urbanisme ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Dupla pour le requérant.

Une note en délibéré, présentée pour M. F par Me Gorand, a été enregistrée le 28 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. F est propriétaire des parcelles cadastrées C 1286, C 1287 et C 1296 sur le territoire de la commune de Névache, dans le quartier dit " A ". Par un arrêté en date du 2 janvier 2020, le maire de la commune de Névache a, après avis conforme du préfet des Hautes-Alpes, refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. M. F demande l'annulation de cette décision, ainsi que celle rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'exception d'illégalité de l'avis conforme du 19 décembre 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme dans sa version applicable à la date de l'arrêt contesté : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Ces dispositions imposent au maire, lorsque le plan d'occupation des sols de la commune est devenu caduc en application des dispositions des articles L. 174-1 et L. 174-3 du code de l'urbanisme, de consulter pour avis conforme le préfet.

3. Il est constant qu'à la date de la demande de permis de construire du 24 août 2017, le plan d'occupation des sols de la commune de Névache était devenu caduc en vertu des dispositions de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme. Le maire de ladite commune a donc saisi, pour avis conforme, le préfet des Hautes-Alpes. Par un avis défavorable du 19 décembre 2019, le préfet a estimé que le projet présenté par M. F était situé " en discontinuité des parties urbanisées, article L. 122-5 du code de l'urbanisme ".

4. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ".

5. Par " groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existant " au sens de ces dispositions, il convient d'entendre un groupe de plusieurs bâtiments qui, bien que ne constituant pas un hameau, se perçoivent, compte tenu de leur implantation les uns par rapport aux autres, notamment de la distance qui les sépare, de leurs caractéristiques et de la configuration particulière des lieux, comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions déjà présentes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.

6. En l'espèce, la commune de Névache est située en zone de montagne dont l'urbanisation est entièrement régie par les dispositions des articles L. 122-5 et suivants du code de l'urbanisme, que la commune soit ou non dotée d'un plan d'occupation des sols ou d'un plan local d'urbanisme. Par un arrêt du 10 mars 2022 n° 20MA00335, la cour administrative d'appel de Marseille a considéré que le lieudit " A " comporte une trentaine de constructions pouvant être qualifiées de " groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existant " au sens et pour l'application de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme et qu'eu égard au nombre de constructions présentes dans le secteur et à leur implantation, et alors même que les parcelles voisines ne sont pas construites, le projet doit être regardé comme s'insérant en continuité du " groupe de constructions " existants au lieu-dit " A " au sens des dispositions de l'article L. 122-5 précité.

7. Il résulte de ce qui précède qu'eu égard à ce motif, l'avis du préfet des Hautes-Alpes du 19 décembre 2019 est entaché d'illégalité, et le maire de la commune de Névache s'est estimé à tort lié par cet avis illégal pour refuser de délivrer à M. F le permis de construire qu'il sollicitait. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des motifs de la décision attaquée, que le maire s'est fondé sur un second motif que celui opposé par le préfet, qu'il y a donc lieu d'examiner.

Sur la compétence de l'auteur de l'acte :

8. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est :/ a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu (). Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ;/b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes () ".

9. Il ressort des pièces du dossier et comme cela a été énoncé au point 3, à la date de la demande du permis de construire du 24 août 2017, le plan d'occupation des sols de la commune de Névache était devenu caduc en vertu des dispositions de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme. Cette circonstance implique qu'à la date du refus attaqué, le règlement national d'urbanisme s'appliquait sur l'ensemble du territoire communal. Cependant, en application des dispositions précitées, le maire est resté compétent pour opposer le refus attaqué au nom de la commune.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme :

10. En l'espèce, le maire de la commune de Névache, a refusé le projet pour un premier motif tiré de ce que le terrain d'assiette en cause n'était pas dans la prolongation d'une zone urbanisée. Toutefois, comme cela a été exposé au point 6, la construction s'insère en continuité du " groupe de constructions " existants au lieudit " A " au sens des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme

11. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () ".

12. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

13. En l'espèce, le maire de la commune de Névache, a refusé le projet en litige par un second motif tiré de ce que le terrain d'assiette n'est pas desservi par le réseau d'électricité nécessaire au projet et que l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par un avis du 17 décembre 2019, le syndicat mixte d'électricité des Hautes-Alpes a indiqué que le réseau public de distribution d'énergie électrique est existant au droit de la parcelle. Si cet avis précise qu'une autorisation de passage sur la parcelle C1301 est nécessaire pour effectuer le branchement ou, à un défaut d'autorisation, la réalisation d'une extension d'environ 130 mètres est requise, le pétitionnaire produit une convention de servitude de passage conclue le 31 juillet 1987 entre M. C F et M. D F et le syndicat intercommunal d'électrification du Briançonnais qui autorise le passage d'une ligne électrique aérienne basse tension sur la parcelle C 1286 sur laquelle doit s'implanter le projet contesté. Il s'ensuit donc que le maire de Névache ne pouvait légalement se fonder sur ce second motif pour rejeter la demande de permis de construire.

14. Il résulte de ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 janvier 2020, ainsi que la décision du 11 mars 2020 rejetant son recours gracieux du 5 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte

15. Par l'arrêt du 10 mars 2022 n° 20MA00335 énoncé au point 6, la cour administrative d'appel de Marseille a enjoint au maire de la commune de Névache de délivrer le permis de construire en litige sollicité par M. F. En exécution de cette injonction, par un arrêté du 4 avril 2022, le maire de cette commune a délivré ledit permis de construire. Par le jugement du même jour du 13 décembre 2023 nos 2205147, 2208740, le tribunal administratif de Marseille a rejeté les requêtes de Mme E et autres dirigées contre le permis de construire du 4 avril 2022.

16. Il résulte de ce qui précédé que les conclusions de M. F à fin d'injonction et d'astreinte s'avèrent désormais sans objet et qu'elles doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. F qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que la commune de Névache demande sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche de mettre à la charge de ladite commune une somme de 1 500 euros à verser à M. F au titre de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Névache a refusé le permis de construire sollicité par M. F est annulé, ainsi que la décision du 11 mars 2020 rejetant son recours gracieux du 5 mars 2020.

Article 2 : La commune de Névache versera à M. F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Névache tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à la commune de Névache et au préfet des Hautes-Alpes.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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