mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2003695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CABINET ROSENFELD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mai 2020 et un mémoire en réplique enregistré le 19 avril 2021, le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli et la société Citya Viguerie Cassis, représentés par Me Rosenfeld, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de La Ciotat a retiré le permis de construire tacite du 24 août 2019 ;
2°) d'enjoindre à la commune de La Ciotat, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de leur délivrer un certificat de permis tacite, en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de La Ciotat a refusé le permis de construire du 24 août 2019 ;
4°) d'enjoindre à la commune de La Ciotat, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 911- 1 du code de justice administrative, de leur délivrer le permis de construire sollicité, et, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réinstruire leur demande, en tout hypothèse dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de la commune de La Ciotat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'auteur de la décision attaquée du 4 décembre 2019 est incompétent ;
- la décision doit être regardée comme une décision portant retrait du permis de construire tacitement accordé ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle est intervenue au-delà du délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît l'article R. 111-2 du même code.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2021, la commune de La Ciotat, représentée par la SCP Borel et Del Prete, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la société Citya Viguerie Cassis, en sa qualité de syndic des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli, n'a ni la capacité ni l'intérêt à agir ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 22 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 avril 2022 à 12 heures.
Un mémoire en désistement enregistré le 20 avril 2022 postérieurement à la clôture d'instruction, présenté pour la société Citya Viguerie Cassis, représentée par Me Rosenfeld, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ridings, rapoprteure,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- et les observations de Me Cagnol pour les requérants et de Me Baillargeon pour la commune de La Ciotat.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 4 décembre 2019, le maire de la commune de La Ciotat a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli représenté par le syndic des copropriétaires, la société Citya Viguerie Cassis. Le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir :
2. En supposant même que la société Citya Viguerie Cassis en sa seule qualité de syndic n'ait ni intérêt ni qualité pour agir contre la décision contestée, la requête est recevable en ce qu'elle émane du syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli, pétitionnaire et dont la demande de permis de construire a été rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 424-1 b) du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-22 de ce code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-19 dudit code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Une décision de permis de construire tacite naît à l'issue du délai d'instruction, éventuellement modifié, de la demande de permis de construire, en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration.
4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire du syndicat requérant a été enregistrée le 24 mai 2019 par les services de la commune et que le délai d'instruction de droit commun expirait le 24 août 2019. Si la commune fait valoir qu'elle a adressé au requérant une lettre datée du 23 juin 2019, par laquelle elle sollicitait la communication de pièces manquantes et l'informait de ce que le délai d'instruction de sa demande serait porté de cinq à sept mois en raison de la nécessaire autorisation de défrichement, il n'est toutefois pas établi que ce courrier aurait été régulièrement notifié au syndicat requérant dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées du code de l'urbanisme et dans les conditions définies à l'article R. 423-46 du même code, dès lors que le pli contenant cette lettre a été pris en charge par les services postaux le 24 juin 2019 et que la commune de La Ciotat ne produit pas l'avis de réception de cet envoi. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu du délai d'acheminement inhérent au mode d'envoi postal utilisé, la décision contestée aurait été notifiée avant le 24 juin 2019. Dans ces conditions, le syndicat requérant est fondé à soutenir que le délai d'instruction n'a pas été régulièrement prorogé et qu'il était bien titulaire d'un permis de construire, acquis le 24 août 2019.
5. Il en résulte que l'arrêté attaqué du 4 décembre 2019 doit être regardé comme constituant une décision portant retrait d'un permis de construire tacitement accordé le 24 août 2019.
6. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ".
7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée du 4 décembre 2019, le syndicat requérant était bénéficiaire d'un permis de construire tacite, acquis le 24 août 2019, soit depuis plus de trois mois. Dès lors, en procédant au retrait de cette décision par l'arrêté du 4 décembre 2019, le maire de la commune de La Ciotat a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et commis une erreur de droit.
8. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision portant retrait d'un permis de construire tacitement accordé, créatrice de droits, figure au nombre de celles qui doivent être motivées en application du code des relations entre le public et l'administration. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme que l'autorité administrative entend rapporter.
9. Il est constant que la décision en litige, qui a implicitement retiré le permis de construire tacite obtenu par le syndicat requérant, n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire. Cette décision de retrait a ainsi été opérée en méconnaissance de l'article L. 121-1 précité.
10. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ".
11. Aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.
12. Il résulte de ce qui précède que le syndicat requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de La Ciotat a retiré le permis de construire tacite du 24 août 2019.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. L'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2019, qui a pour effet de faire renaître le permis de construire tacite dont le syndicat requérant est titulaire, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions tendant à la délivrance d'un permis de construire ou, à titre subsidiaire, à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire ne peuvent par suite qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles aux fins d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14.La commune de La Ciotat étant la partie perdante dans la présente instance, les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de ladite commune le versement au seul syndicat requérant d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de La Ciotat a retiré le permis de construire tacite du 24 août 2019 est annulé.
Article 2 : La commune de La Ciotat versera au seul syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de La Ciotat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Castel Joli, à la société Citya Viguerie Cassis et à la commune de La Ciotat.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Busidan, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère,
Assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
M. Ridings
La présidente,
signé
I. Hogedez Le greffier
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026