mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2003824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HUMBERT-SIMEONE |
Vu la procédure suivante :
Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Marseille a transmis au tribunal administratif de Marseille le dossier de l'instance introduite par M. B le 15 avril 2019, enregistrée au greffe du tribunal le 22 mai 2020.
Par cette requête et un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, M. B, représenté par Me Habert, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 août 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité ;
2°) de condamner l'État aux dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à Me Habert sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de sa signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'administration ne pouvait refuser sa demande dès lors qu'il a fourni les pièces nécessaires permettant d'établir que ces infimités sont imputables à un fait de guerre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2021, le ministère des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu
- la décision du 9 juin 2020 admettant M. B à l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Simeray, rapporteure,
- et les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 18 octobre 1951 et résidant en Algérie, a sollicité, le 10 juin 2018, l'attribution d'une pension de victime civile au titre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Par une décision du 20 août 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la régularité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D C, adjointe au sous-directeur des pensions, laquelle a été nommée par arrêté du ministre des armées du 13 février 2018. En vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, les directeurs d'administration centrale peuvent signer, au nom du ministre et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, en visant le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, notamment son article L. 113-1, les pathologies au titre desquelles M. B demande l'ouverture de ses droits à pension et en relevant " qu'aucune pièce officielle de l'époque des faits n'est annexée à [sa] demande ", indique de manière suffisamment précise les motifs de fait et de droit pour lesquels la demande de M. B a été rejetée. L'argumentation tenant à ce que l'administration n'aurait pas procédé à l'examen des certificats médicaux produits par M. B constitue une critique des motifs de la décision attaquée et non pas de sa motivation. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
Sur le bien fondée de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 113-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa version applicable au litige : " Bénéficient des dispositions du présent livre, sous réserve qu'ils ne relèvent pas des dispositions relatives aux militaires et aux catégories assimilées : / 1° Les Français ou ressortissants de territoires sous protectorat ou sous tutelle de la France, victimes d'un fait de guerre survenu sur le territoire français entre le 2 septembre 1939 et le 1er juin 1947 ; / 2° Les Français ou ressortissants de territoires sous protectorat ou sous tutelle de la France, victimes d'un fait de guerre survenu à l'étranger dans la période mentionnée au 1°, dans le cas où ils ne seraient pas couverts par les accords de réciprocité. / Pour les faits qui se sont déroulés dans l'ancienne Indochine française, la date du 1er juin 1947 mentionnée au 1° est remplacée par celle du 1er octobre 1958. ". Aux termes de l'article L. 124-1 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 113-1, sont réputés causés par des faits de guerre : 1° Les blessures, mortelles ou non, reçues au cours des opérations militaires conduites par les armées alliées ou ennemies et qui ont été occasionnées par un fait précis dû à la proximité de l'ennemi ; () ".
5. Aux termes de l'article L. 113-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, applicable au litige : " Les personnes ayant subi en Algérie entre le 31 octobre 1954 et le 29 septembre 1962 des dommages physiques, du fait d'attentats ou de tout autre acte de violence en relation avec la guerre d'Algérie, bénéficient des pensions de victimes civiles de guerre. () ". Aux termes de l'article L. 124-11 du même code : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 113-6 relatif à la réparation des dommages physiques subis en relation avec la guerre d'Algérie, ouvrent droit à pension les infirmités ou le décès résultant : 1° De blessures reçues ou d'accidents subis du fait d'attentats ou de tout autre acte de violence en relation avec cette guerre ;() ".
6. Enfin, aux termes de l'article L 124-20 du même code : " Il appartient aux postulants de faire la preuve de leurs droits à pension en établissant que l'infirmité invoquée a bien son origine dans une blessure ou dans une maladie causée par l'un des faits prévus aux sections 1 et 2 du présent chapitre ".
7. Il appartient au postulant victime civile de guerre de faire la preuve de ses droits à pension en établissant notamment que les infirmités qu'il invoque ont leur origine dans une blessure ou une maladie causée par l'un des faits de guerre énoncés aux articles L. 113-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Cette preuve, qui implique l'existence d'un lien de causalité direct et déterminant, ne saurait résulter d'une probabilité même forte, d'une vraisemblance ou d'une hypothèse médicale.
8. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée est fondée sur les dispositions de l'article L. 113-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, relatives aux victimes civiles de la guerre 1939-1945, alors que M. B a sollicité une pension en qualité de victime de la guerre d'Algérie pour une blessure résultant d'un fait de guerre survenu en 1954. Dès lors, la décision attaquée ne pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 113-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.
9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
10. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par la circonstance qu'il n'est pas établi que les séquelles de blessures dont souffre le requérant soient la conséquence d'un attentat ou d'un acte de violence en relation avec la guerre d'Algérie, trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 113-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 113-1 du même code dès lors, en premier lieu, que le requérant se trouvait dans la situation où, en application de l'article L. 113-6 précité, la ministre des armées pouvait décider de rejeter la pension sollicitée, en deuxième lieu que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
11. M. B allègue qu'un obus de mortier aurait éclaté alors qu'il était en train de jouer derrière son habitation, lui touchant le bassin, " début 1954, à 10h30 ". Il résulte de l'instruction qu'à l'appui de sa demande formée le 10 juin 2018, le requérant a produit un certificat médical daté du 4 octobre 1999, soit postérieur de plus de quarante ans au fait allégué, établi par un médecin généraliste, qui constate " la présence de deux éclats au niveau de la crête iliaque droite et la région fessières à la radiographie () ". A l'appui de sa requête, M. B produit des ordonnances datées des années 1962, 1999 et 2003 et des certificats médicaux datés des années 1970, 1999, 2001 et 2008, dont certains indiquent qu'il est atteint de séquelles au niveau de la région fessière et du coude à la suite d'une exposition pendant la guerre d'Algérie. Il résulte toutefois de l'instruction que le requérant, qui reconnaît qu'aucun constat n'a pu être dressé par la gendarmerie, n'a joint à sa demande aucun document contemporain permettant de constater ces faits, pas même le compte-rendu de l'hôpital dans lequel il aurait été évacué. De plus, M. B soutient qu'il était âgé de 8 ans en 1954 alors qu'il résulte de l'instruction qu'il est né en 1951 et le certificat médical daté du 18 décembre 1970 indique " avoir examiné ce jour le nommé B, âgé de 8 ans ", de sorte que les informations fournies par le requérant relatives aux circonstances de cet événement, et notamment la date de sa survenance, sont contradictoires. Dès lors, les éléments produits par l'intéressé ne sont pas propres à démontrer un lien direct et certain entre ses blessures et les faits de guerre qui se sont déroulés en Algérie entre le 31 octobre 1954 et le 29 septembre 1962. Par suite, la ministre des armées pouvait légalement refuser de lui accorder une pension de victime civile de guerre.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
13. La présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sarah Habert et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère
Mme Fabre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2003824
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026