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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003843

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003843

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET TTLA PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Marseille a transmis au tribunal administratif de Marseille le dossier de l'instance introduite par M. B E le 4 février 2019, enregistré au greffe du tribunal le 22 mai 2020.

Par un mémoire du 3 juin 2019, M. E, représenté par Me Labrunie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de fixer le taux d'invalidité de sa pathologie à 30 % et d'ouvrir ses droits à pension à compter du 29 août 2016, date sa demande initiale ;

3°) de condamner l'État aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son infirmité " fibrose pulmonaire " est imputable au service et à son exposition à l'amiante lorsqu'il était en activité dans la marine nationale ;

- la décision attaquée est en contradiction avec les conclusions du rapport d'expertise du 7 juin 2018 qui indique qu'il est atteint d'une " fibrose sur BPCO " et conclut que " les 30 % proposés, sont imputables au service et au contact avec l'amiante " ;

- la décision attaquée est donc entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle rejette sa demande de pension au motif que l'infirmité invoquée évaluée à 30 % ne résulte que partiellement d'une maladie en relation avec une exposition à

l'amiante dont les séquelles entraînent un degré d'invalidité de 15 %, inférieur au taux minimum indemnisable requis;

- son taux d'invalidité imputable au service doit être fixé à 30 %.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 juin 2019, 17 juillet 2019 et 24 janvier 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les pièces médicales produites par le requérant ne peuvent être prises en considération dès lors qu'elles sont postérieures à la décision attaquée ;

- si M. E a bien subi une exposition passive à l'amiante pendant dix ans, aucun élément ne permet de déterminer qu'elle a joué un rôle exclusif et déterminant dans ses difficultés respiratoires ;

- l'imputabilité de la fibrose à l'exposition à l'amiante du requérant n'est qu'une hypothèse ainsi qu'il ressort des avis médicaux du Dr C du 17 octobre 2018 et du Dr A du 3 avril 2021.

Par un mémoire enregistré le 7 décembre 2021, Mme D E, représentée par Me Labrunie, a déclaré reprendre l'instance engagée par son époux, M. B E, décédé le 18 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, rapporteure,

- et les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E s'est engagé l'armée française le 29 mars 1967 et a été radié des contrôles le 1er mars 1990. Le 29 août 2016, il a présenté une demande de pension militaire d'invalidité pour l'infirmité " " fibrose pulmonaire dans un contexte d'exposition professionnelle à l'amiante ". Par une décision du 11 septembre 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que l'infirmité " fibrose pulmonaire avec broncho-pneumopathie chronique obstructive dans un contexte d'exposition professionnelle à l'amiante associée à un antécédent de tabagisme important " évaluée au taux de 30 % résulte d'une part, de maladies sans lien avec le service, et d'autre part de maladie en relation avec une exposition à l'amiante dont les séquelles entraînent un degré d'invalidité de 15 % inférieur au taux de 30 % requis pour une maladie. Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, en vigueur à la date de la demande de M. E : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ". Aux termes de l'article L. 4 de ce code : " Les pensions sont établies d'après le degré d'invalidité. Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10 %. Il est concédé une pension : () 3° Au titre d'infirmité résultant exclusivement de maladie, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : 30 % en cas d'infirmité unique ; 40 % en cas d'infirmités multiples. () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. E a été affecté sur six bâtiments de la marine nationale entre 1967 et 1982 en tant que comptable au sein de bureaux isolés avec de l'amiante et qu'il était atteint, depuis 2011, d'une fibrose interstitielle bilatérale imputable à l'amiante. Le rapport d'expertise du 7 juin 2018 indique que M. E était atteint, outre cette fibrose, de multiples pathologies, et notamment d'une broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) tabagique, d'une artériopathie des deux membres inférieurs, d'une hypertension artérielle et d'une dyspnée d'effort. Le rapport d'expertise conclut que le taux d'incapacité due à son infirmité " fibrose sur BPCO et artériopathie " doit être fixé à 30 % imputable au service et au contact avec l'amiante. La ministre des armées, dans sa décision du 11 septembre 2018, s'appuyant sur l'avis de la commission consultative médicale des anciens combattants et victimes de guerre, qualifiait l'infirmité de M. E de " fibrose pulmonaire avec BPCO dans un contexte d'exposition professionnelle à l'amiante associée à un antécédent de tabagisme important ", revenant sur la qualification initialement retenue par la sous-direction des pensions de " fibrose pulmonaire dans un contexte d'exposition à l'amiante ". Pour rejeter sa demande, la décision attaquée indique que sur le taux de 30 % évalué pour cette infirmité, seuls 15 % étaient liés à la fibrose pulmonaire causée par l'exposition à l'amiante et donc imputables au service, les 15 % restant étant imputables à une BPCO liée au passé tabagique de M. E. Toutefois, il résulte des avis d'un pneumologue, du 17 octobre 2018, et d'un médecin ancien conseiller en maladies professionnelles au ministère du travail, du 31 mai 2019, produits par le requérant, que le diagnostic de BPCO était erroné puisque que M. E n'était, selon eux, pas porteur d'un syndrome obstructif, comme en atteste l'examen de pléthysmographie réalisé, et que, bien qu'ayant été un fumeur modéré, il avait cessé le tabagisme depuis 25 ans. Les deux avis concordent sur le fait que M. E souffrait en revanche d'une insuffisance respiratoire causée directement et uniquement par la fibrose pulmonaire. Ces deux médecins préconisent également un taux d'incapacité de 30 % imputable exclusivement à l'exposition du requérant à l'amiante en service. Il en résulte qu'en rejetant la demande de pension militaire d'invalidité présentée par M. E au motif que celui-ci était atteint d'une " fibrose pulmonaire avec BPCO dans un contexte d'exposition professionnelle à l'amiante associée à un antécédent de tabagisme important " cause d'une invalidité évaluée à 30 % dont seulement un taux de 15 % était imputable au service, soit un taux inférieur au minimum indemnisable, la ministre des armées a commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 septembre 2018 et à ce qu'une pension militaire d'invalidité liquidée sur le fondement d'un taux d'invalidité de 30 % lui soit versée à compter du 29 août 2016.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 11 septembre 2018 est annulée.

Article 2 : Les droits à pension militaire d'invalidité de M. E au titre de l'infirmité " fibrose pulmonaire dans un contexte d'exposition professionnelle à l'amiante ", liquidés sur le fondement d'un taux d'invalidité de 30 %, sont ouverts à compter du 29 août 2016.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 500 euros à Mme E, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

É. DevictorLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2003843

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