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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003854

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003854

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDE LUMLEY WOODYEAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Marseille a transmis au tribunal administratif de Marseille le dossier de l'instance introduite par M. B le 26 mars 2019, enregistrée au greffe du tribunal le 22 mai 2020.

Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2021, M. A B, représenté par Me de Lumley Woodyear, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il a été exposé au plomb et aux résidus de tirs pendant plusieurs années en tant que moniteur puis directeur de tir sur la base navale de Toulon au mépris des normes en matière de sécurité et d'hygiène et à l'origine de son état de de santé dégradé.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2021, la ministre des armées conclut :

1°) au rejet de la requête,

2°) à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la fin de l'instruction judiciaire devant le tribunal judiciaire de Marseille.

Elle soutient que :

- le requérant n'apporte pas la preuve de l'imputabilité de son infirmité " rhumatisme chronique inflammatoire de type spondylarthropathie, lombalgies, douleurs des doigts avec œdème, myalgies et fatigue " au service, et la présomption d'imputabilité ne peut s'appliquer dès lors qu'elle n'a pas été constatée pendant une période ouvrant droit à ce bénéfice, l'expertise médicale du 23 mars 2018 relevant en effet que le rhumatisme inflammatoire chronique est " connu et traité par biothérapie depuis environ 3 ans " et que l'ostéonécrose aseptique bilatérale des têtes fémorales a été " diagnostiquée en 2015 " ;

- l'infirmité " syndrome dépressif majeur avec sentiments persécutoires, troubles du sommeil, ruminations " n'est pas imputable au service ;

- il convient de surseoir à statuer dans l'attente de la fin d'instruction judiciaire devant le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Simeray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est engagé dans l'armée française le 14 mai 1991 et a été radié des contrôles le 31 août 2016. Le 6 juillet 2016, il a présenté une demande de pension militaire d'invalidité pour les infirmités " rhumatisme inflammatoire chronique (spondylarthrite ankylosante) d'origine auto-immune après exposition pendant des années aux fumées et résidus de tir en tant que directeur de tir, + micronodule et nodule pulmonaire, ostéonécrose hanches bilatérale, atteintes cutanées " et " syndrome dépressif majeur ". Par une décision du 22 octobre 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que pour ses deux infirmités " rhumatisme chronique inflammatoire de type spondylarthropathie, lombalgies, douleurs des doigts avec œdème, myalgies et fatigue " et " syndrome dépressif majeur avec sentiments persécutoires, troubles du sommeil, ruminations ", la preuve d'imputabilité n'est pas établie et la présomption d'imputabilité ne peut pas s'appliquer, les infirmités invoquées n'ayant pas été constatées pendant une période ouvrant droit à ce bénéfice. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, en vigueur à la date de la demande de M. B : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service. ". Aux termes de l'article L. 3 de ce code : " Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée avant le renvoi du militaire dans ses foyers ; 2° S'il s'agit d'une maladie, qu'elle n'ait été constatée qu'après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le soixantième jour suivant le retour du militaire dans ses foyers ; 3° En tout état de cause, que soit établie, médicalement, la filiation entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée. En cas d'interruption de service d'une durée supérieure à quatre-vingt-dix jours, la présomption ne joue qu'après le quatre-vingt-dixième jour suivant la reprise du service actif. La présomption définie au présent article s'applique exclusivement aux constatations faites, soit pendant le service accompli au cours de la guerre 1939-1945, soit au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, soit pendant le service accompli par les militaires pendant la durée légale, compte tenu des délais prévus aux précédents alinéas. () ". Aux termes de l'article L. 4 de ce code : " Les pensions sont établies d'après le degré d'invalidité. Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10 %. Il est concédé une pension : () 3° Au titre d'infirmité résultant exclusivement de maladie, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : 30 % en cas d'infirmité unique ; 40 % en cas d'infirmités multiples. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la présomption légale d'imputabilité ne peut être invoquée, l'intéressé doit apporter la preuve de l'existence d'une relation directe et certaine entre l'origine ou l'aggravation de son infirmité et une blessure reçue, un accident subi ou une maladie contractée par le fait du service. Cette preuve ne peut pas résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, d'une hypothèse médicale, d'une vraisemblance ou d'une probabilité ou encore des conditions générales du service.

Concernant l'infirmité " rhumatisme inflammatoire chronique (spondylarthrite ankylosante) d'origine auto-immune, micronodule et nodule pulmonaire, ostéonécrose hanches bilatérales, atteintes cutanées " :

4. Si dans sa demande du 6 juillet 2016, M. B a sollicité une pension militaire d'invalidité au titre des infirmités " rhumatisme inflammatoire chronique (spondylarthrite ankylosante) d'origine auto-immune, micronodule et nodule pulmonaire, ostéonécrose hanches bilatérales, atteintes cutanées ", le ministre n'a retenu que les infirmités " rhumatisme chronique inflammatoire de type spondylarthropathie, lombalgies, douleurs des doigts avec œdème, myalgies et fatigue. Ostéonécrose des hanches " dans l'examen de sa demande. Toutefois, le requérant ne conteste pas que le fait que la ministre n'a pas examiné l'ensemble des infirmités objets de sa demande.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a exercé les fonctions de directeur de tirs à compter de 2003, au sein des stands de tir du Cannier à St Mandrier et de Malbousquet à Toulon et a été exposé entre septembre 2014 et janvier 2015 à des fumées et des résidus de tir contenant du plomb ainsi qu'en témoignent les quatre relevés de taux de plomb sanguin effectués entre décembre 2014 et mars 2015 supérieurs aux valeurs de référence dans la population générale. Toutefois, il résulte de l'expertise médicale du 23 mars 2018 que l'imputabilité de la spondylarthropathie et de l'ostéonécrose à l'exposition au plomb n'est pas établie, l'expert relevant que le bilan étiologique réalisé en milieu spécialisé, à l'hôpital d'instruction des armées de Sainte-Anne à Toulon, n'a pas trouvé de cause précise à ces maladies apparues en 2015. Il résulte également du certificat médical de la maison départementale des personnes handicapées, réalisé après la présentation de sa demande de compensation du handicap le 23 septembre 2016, que le requérant présentait alors une double pathologie, la première inflammatoire consistant en une spondylarthrite ankylosante, et la seconde consistant d'une part en des troubles respiratoires et cutanés causés par l'exposition aux métaux lourds, et d'autres part en un syndrôme dépressif lié à la reconnaissance de cette pathologie professionnelle. Le certificat médical du 5 juillet 2016 produit par le requérant indique également qu'il présente d'une part une spondylarthrite ankylosante et d'autre part " des troubles cutanés et pulmonaires en rapport avec l'exposition aux métaux lourds ". Le certificat médical de fin de service du 31 août 2016 fait également apparaitre parmi les événements médicaux importants constatés pendant la période d'activité, outre la spondylarthrite ankylosante, l'ostéonécrose bilatérale des hanches, les micronodules pulmonaires et le syndrome dépressif, des " troubles cutanés [dûs à une] exposition aux métaux lourds (fumées et résidus de tirs) ". Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la spondylarthrite ankylosante et l'ostéonécrose bilatérale des hanches soient imputables à l'exposition au plomb subie par M. B pendant ses années de service, contrairement aux troubles cutanés et pulmonaires du requérant, que le ministre n'a pas retenus dans l'examen des infirmités de M. B et pour lesquels l'expert n'a donc fixé aucun taux d'invalidité. Dans ces conditions, le ministre des armées n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les infirmités " rhumatisme chronique inflammatoire de type spondylarthropathie, lombalgies, douleurs des doigts avec œdème, myalgies et fatigue. Ostéonécrose des hanches " de M. B n'étaient pas imputables au service.

Concernant l'infirmité " syndrome dépressif majeur " :

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 6 janvier 2017 que l'infirmité " syndrome dépressif majeur " de M. B, caractérisée par un état anxieux, des troubles du sommeil et de la libido et un sentiment de rancœur et de persécution à l'égard de l'institution militaire, trouve son origine dans les difficultés de reconnaissance de la pathologie professionnelle du requérant, ce dernier ayant souffert de ne pas voir sa pathologie reconnue imputable au service et s'étant senti " disqualifié " après avoir toujours été considéré comme un bon élément. L'expert ajoute qu'il n'existe chez M. B aucun antécédent dépressif dans sa vie professionnelle ou dans sa vie privée et familiale susceptible de favoriser cette dépression. Le certificat médical de la maison départementale des personnes handicapées catégorise en outre cette infirmité en " pathologie professionnelle ". Il résulte ainsi de ces éléments que l'infirmité " syndrome dépressif majeur " est imputable à un fait du service. Toutefois, il n'est pas contesté que le taux d'invalidité fixé pour cette infirmité est de 20%, soit un taux inférieur au taux indemnisable de 30% pour une maladie.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2018.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présence instance, le versement de la somme demandée par M. B sur le fondement de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Niquet, première conseillère

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

É. DevictorLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2003854

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