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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2004208

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2004208

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2004208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CHARREL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juin et 7 décembre 2020, la société civile immobilière La Source, représentée par la société civile professionnelle d'avocats Berenger, Blanc, Burtez-Doucede et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération datée du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette délibération ;

2°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la légalité externe de la délibération :

- la délibération prescrivant l'élaboration du PLUi n'a pas fait l'objet d'une publicité régulière ;

- le rapport de présentation est insuffisant ;

S'agissant de la légalité interne de la délibération :

- la décision de classer en espace boisé classé une partie de la parcelle, dont elle est propriétaire sur le territoire de la commune de Plan-de-Cuques, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les citoyens.

Par un mémoire, enregistré le 20 novembre 2020, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais d'instance.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 janvier 2021, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant la requérante, et de Me Jacquinet, représentant la métropole Aix-Marseille Provence.

Considérant ce qui suit :

1. La société La Source est propriétaire d'une parcelle, cadastrée 324 au lieu-dit Les Catherinettes, d'une superficie totale de 3 983,27 m², sur le territoire de la commune de Plan-de-Cuques. Elle demande l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, qui a classé partiellement en espace boisé classé sa propriété.

Sur la légalité externe de la délibération attaquée :

2. En premier lieu, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, désormais codifiées aux articles L. 103-3 et L. 600-11 du même code, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du document d'urbanisme sont invocables à l'occasion d'un recours contre le plan local d'urbanisme (PLU) approuvé.

3. Eu égard toutefois à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du PLU et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le PLU. Par suite le moyen tiré de ce que, faute qu'il soit établi que les formalités de publicité requises aient été dûment accomplies, la délibération prescrivant l'élaboration du PLU n'aurait pas été exécutoire ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération qui a approuvé le plan.

4. En second lieu, le dernier alinéa de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dispose que le rapport de présentation " établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. ".

5. D'une part, la circonstance que l'inventaire se trouve dans une annexe au rapport de présentation, et non dans le rapport lui-même, n'est pas de nature à le vicier au regard des dispositions précitées.

6. D'autre part, pour étayer l'insuffisance alléguée du rapport de présentation du PLUi sur les capacités de stationnement des parcs ouverts au public relatives aux catégories de véhicules énumérées par la disposition précitée, la requérante soutient que ces capacités de stationnement ne seraient pas exhaustivement répertoriées, soit géographiquement, certaines communes du territoire n'apparaissant même pas dans l'inventaire réalisé, soit par type de véhicule, telle catégorie ne figurant pas dans l'inventaire. La requérante se limite ainsi à prétendre qu'une absence de mention dans l'inventaire constituerait une insuffisance de cet inventaire. Or, si un inventaire suppose un recensement, un dénombrement ou une revue détaillée de ce sur quoi il porte, il ne répertorie que l'existant. Par suite, alors que les absences de mention à l'inventaire peuvent aussi refléter l'absence des éléments à répertorier, et que la requérante ne verse au dossier aucun élément de nature à établir que l'inventaire effectué aurait omis telle ou telle capacité de stationnement existante et serait en conséquence inexact, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité interne de la délibération attaquée :

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste au regard du parti d'aménagement et de la vocation de la zone retenus.

8. L'article R. 151-31 du code de l'urbanisme dispose : " Dans les zones U, AU, A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu :/ 1° Les espaces boisés classés définis à l'article L. 113-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 113-1 du même code : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements ".

9. Alors que, d'une part, le plan local d'urbanisme exprime des prévisions et détermine les zones d'affectation des sols selon l'usage principal qui doit en être fait et, d'autre part, les dispositions précitées s'appliquent aux espaces verts à créer, la requérante ne peut utilement faire valoir, pour contester la légalité du périmètre d'espace boisé classé défini par la délibération attaquée, l'absence actuelle de boisement sur ledit périmètre. Elle relève aussi que sa parcelle est, de tout le quartier par ailleurs classé en zone urbaine UP3, la seule concernée par un espace boisé classé. Cependant, cette circonstance est également sans incidence sur la légalité du classement contesté, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et qu'il n'est au demeurant pas démontré, que la superficie, notamment et parmi d'autres caractéristiques, de parcelles du voisinage se prêterait dans les mêmes conditions à un classement en espace boisé. Par suite, et alors que les explications des choix retenus par le projet d'aménagement et de développement durables, pour la commune de Plan-de-Cuques notamment, affirment la volonté de renforcer la présence de la nature en ville pour, entre autres, améliorer le cadre de vie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en classant en espace boisé une partie de la propriété de la requérante, les auteurs du PLUi auraient entaché la délibération en litige d'une erreur manifeste d'appréciation, ou auraient porté atteinte au principe d'égalité en instituant une différence de traitement entre citoyens.

10. Il résulte de ce qui précède que la société La Source n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix Marseille Provence a adopté le plan local d'urbanisme intercommunal du Territoire Marseille Provence.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille Provence, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur ce fondement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce et sur le même fondement, il y a lieu de mettre à la charge de la société La Source une somme de 1 000 euros à verser à la métropole au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société La Source est rejetée.

Article 2 : La société La Source versera la somme de 1 000 euros à la métropole Aix-Marseille-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière La Source et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Ridings, conseillère,

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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