mercredi 28 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2004455 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ZURFLUH - LEBATTEUX - SIZAIRE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 juin 2020 et 23 décembre 2021 M. B D et Mme C D, Mme H F, M. G D et Mme E D, représentés par Me Jobelot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 24 janvier 2020 par laquelle le conseil municipal de Guillestre a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune et la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Guillestre une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- la durée de l'affichage de la délibération du 1er avril 2019 portant bilan de la concertation et arrêt du projet de plan local d'urbanisme n'a pas été respectée, en méconnaissance de l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme ;
- l'organisation des permanences du commissaire enquêteur démontre l'insuffisance de l'enquête publique, en méconnaissance des dispositions R. 123-9, R. 123-10 et R. 123-13 du code de l'environnement ;
- l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme a été méconnu au motif premièrement que le diagnostic économique et démographique est obsolète, deuxièmement qu'il n'est pas justifié des motifs du classement de la parcelle AK 17 en zone Ap et enfin en raison de l'absence d'un inventaire des capacités de stationnement ;
- le classement de la parcelle en zone Ap du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des caractéristiques de la parcelle et du secteur ;
- il est en contraction avec l'orientation n° 2 du projet d'aménagement et de développement durables.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2020, la commune de Guillestre, représentée par Me Rouanet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée au 28 octobre 2022 par une ordonnance du 6 octobre 2022 par application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative.
Par lettre du 6 décembre 2022, le tribunal a informé les parties qu'il envisageait de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, et a invité les parties à présenter des observations en vue de la régularisation du vice entachant le rapport de présentation en l'absence d' inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités en méconnaissance du dernier alinéa de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme.
La commune a présenté des observations qui ont été communiquées le 9 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public ;
- les observations de Me Kerboul pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 24 janvier 2020, le conseil municipal de la commune de Guillestre a approuvé son plan local d'urbanisme. Les consorts D ont formé un recours gracieux contre cette délibération, reçu en mairie le 6 mars 2020, qui a été rejeté par le maire le 10 avril 2020. Les requérants demandent l'annulation de cette délibération ainsi que de la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat./ La signature des requêtes et mémoires par l'un de ces mandataires vaut constitution et élection de domicile chez lui. ".
3. En application des dispositions précitées, la représentation par un avocat vaut, pour les requérants, élection de domicile chez lui. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont représentés par un avocat qui a précisé son adresse en première page de la requête. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la commune tirée du défaut de mention de leur domicile par les requérants doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme dans leur version applicable : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. () ". Aux termes de l'article R. 153-20 de ce code dans sa rédaction alors applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et qui définit les objectifs poursuivis ainsi que les modalités de la concertation. Il en est de même, le cas échéant, de l'arrêté qui définit les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation lors de la modification du plan local d'urbanisme ; 2° La délibération qui approuve, révise, modifie ou abroge un plan local d'urbanisme ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 1er avril 2019 portant bilan de la concertation et arrêt du projet de plan local d'urbanisme a été affichée en mairie à compter du 6 avril 2019 et qu'elle mentionne explicitement qu'elle sera affichée pendant un mois. Par une attestation du 3 janvier 2022, le maire de la commune entre 2008 et 2020 atteste que la délibération a été affichée en mairie de façon continue pendant un mois. En l'absence de tout élément de nature à contredire ces mentions, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la production de la preuve de cet affichage n'est pas apportée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'environnement : " I. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté les informations mentionnées à l'article L. 123-10, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et après concertation avec le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête. Cet arrêté précise notamment : 1° Concernant l'objet de l'enquête, les caractéristiques principales du projet, plan ou programme ainsi que l'identité de la ou des personnes responsables du projet, plan ou programme ou de l'autorité auprès de laquelle des informations peuvent être demandées ; 2° En cas de pluralité de lieux d'enquête, le siège de l'enquête, où toute correspondance postale relative à l'enquête peut être adressée au commissaire enquêteur ou au président de la commission d'enquête ; 3° L'adresse du site internet comportant un registre dématérialisé sécurisé auxquelles le public peut transmettre ses observations et propositions pendant la durée de l'enquête. En l'absence de registre dématérialisé, l'arrêté indique l'adresse électronique à laquelle le public peut transmettre ses observations et propositions ; 4° Les lieux, jours et heures où le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête, représentée par un ou plusieurs de ses membres, se tiendra à la disposition du public pour recevoir ses observations ; 5° Le cas échéant, la date et le lieu des réunions d'information et d'échange envisagées ; 6° La durée, le ou les lieux, ainsi que le ou les sites internet où à l'issue de l'enquête, le public pourra consulter le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête ; () ". Aux termes de l'article R. 123-10 de ce code : " Les jours et heures, ouvrables ou non, où le public pourra consulter gratuitement l'exemplaire du dossier et présenter ses observations et propositions sont fixés de manière à permettre la participation de la plus grande partie de la population, compte tenu notamment de ses horaires normaux de travail. Ils comprennent au minimum les jours et heures habituels d'ouverture au public de chacun des lieux où est déposé le dossier ; ils peuvent en outre comprendre des heures en soirée ainsi que plusieurs demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés. / Lorsqu'un registre dématérialisé est mis en place, il est accessible sur internet durant toute la durée de l'enquête. ". Enfin, selon les dispositions de l'article R. 123-13 de ce code dans leur rédaction alors applicable : " I. - Pendant la durée de l'enquête, le public peut consigner ses observations et propositions sur le registre d'enquête, établi sur feuillets non mobiles, coté et paraphé par le commissaire enquêteur ou un membre de la commission d'enquête, tenu à sa disposition dans chaque lieu d'enquête ou sur le registre dématérialisé si celui-ci est mis en place. / En outre, les observations et propositions écrites et orales du public sont également reçues par le commissaire enquêteur ou par un membre de la commission d'enquête, aux lieux, jours et heures qui auront été fixés et annoncés dans les conditions prévues aux articles R. 123-9 à R. 123-11() ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. Les autorisations d'occuper ou d'utiliser le sol ne sont pas illégales du seul fait des vices susceptibles d'entacher cette délibération ou les modalités de son exécution. ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Le conseil municipal doit, avant que ne soit engagée la concertation, délibérer, d'une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme, et, d'autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Ainsi que le prévoit l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme précité, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant la révision du document d'urbanisme demeurent par ailleurs invocables à l'occasion d'un recours contre le plan local d'urbanisme approuvé.
8. Les requérants ne peuvent dès lors utilement se prévaloir de l'insuffisance des modalités de la concertation fixée par l'arrêté du 30 juillet 2019 portant mise en enquête publique unique pour l'élaboration d'un plan local d'urbanisme sur le territoire de la commune de Guillestre.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services./ En zone de montagne, ce diagnostic est établi également au regard des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles. / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. / Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. ".
10. Premièrement, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme comprend un diagnostic démographique qui analyse l'évolution de la population de 1968 à 2015, au vu des dernières données disponibles, lesquelles permettaient de dresser un état des lieux et de tirer des conclusions sur les enjeux démographiques sur le territoire communal. Le diagnostic économique, présenté à partir de la page 117 du rapport de présentation s'appuie sur les données de l'INSEE disponibles au 1er janvier 2019 s'agissant des emplois, des données disponibles au 1er janvier 2016 s'agissant de la dynamique entrepreneuriale expose et analyse les activités économiques principales du territoire, comme les carrières, les zones et offres d'activités économiques, artisanales, commerciales et de services et de tourisme. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les diagnostics sont obsolètes et lacunaires. La première branche du moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation au regard des dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme doit donc être écartée.
11. Deuxièmement, les dispositions précitées de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme n'impliquent pas que les auteurs du plan local d'urbanisme justifient du classement retenu parcelle par parcelle, s'agissant d'un acte réglementaire qui a vocation à s'appliquer de manière générale et impersonnelle. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir qu'il ne précise pas les motifs ayant conduit au classement de leur parcelle AK 17 en zone Ap, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le rapport de présentation serait entaché d'une insuffisance de motivation. La deuxième branche du moyen doit donc être écartée.
12. Troisièmement, et toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'aucun document du rapport de présentation ou de ses annexes ne comporte d'inventaire des capacités de stationnement des véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos. A cet égard, la mention des perspectives d'évolution des solutions de stationnement dans la partie du diagnostic territorial pages 467 et suivantes ne peut en tenir lieu alors qu'elle ne comporte aucun élément chiffré ou qualitatif permettant d'évaluer l'offre existante sur la commune. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que les dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme ont été méconnues en tant que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme ne comporte pas d'inventaire des capacités de stationnement.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend :() ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; (). ". L'article L. 151-5 du même code de l'urbanisme, dans sa version applicable, dispose que : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; (). Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. ()". Aux termes de l'article L. 151-8 de ce code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". Aux termes de l'orientation n° 1 du projet d'aménagement et de développement durables " définir une stratégie d'aménagement du territoire limitant la consommation d'espaces agricoles, naturels et forestiers et luttant contre l'étalement urbain " : l'un des objectifs défini est de " maitriser le développement urbain diffus, de limiter l'étalement urbain en comblant prioritairement les dents creuses et en contenant le développement de l'habitat à l'intérieur des enveloppes urbaines existantes ", un autre objectif étant de " modérer la consommation d'espaces ". Aux termes de l'orientation n°2 : " relancer la dynamique démographique communale " : " Selon les tendances récentes (1999/2015), la croissance démographique sur Guillestre a été faible, à environ 0,25 % par an. () La Municipalité ne peut pas se satisfaire de ce constat et souhaite mettre en place un projet ambitieux sur le territoire afin de relancer la croissance démographique, en s'appuyant sur les éléments suivants :- Le solde migratoire est toujours positif sur la commune depuis 1990 ce qui montre un attrait pour le territoire ; - Une très forte rétention foncière sur la commune (75 % sur 10 ans !) avec assez peu de terrains mis en vente récemment au regard des capacités globales. () Mais la Municipalité sait que mettre des terrains constructibles n'est pas la solution miracle puisque la commune au POS comptait énormément de terrains constructibles, ce qui est toujours le cas, dans une moindre mesure au RNU () ". Aux sein de l'orientation n°3 : " Favoriser le développement économique pour l'ensemble des secteurs d'activité ", un des objectifs est de " conforter l'activité agricole et notamment préserver les terres agricoles, retrouver des terres agricoles sur des espaces aujourd'hui abandonnés ".
14. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le plan d'aménagement et de développement durables compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du plan d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
15. D'une part, il ressort du projet d'aménagement et de développement durables que l'un des premiers objectifs de la commune est de limiter la consommation d'espaces agricoles, naturels et forestiers et de lutter contre l'étalement urbain. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle litigieuse se situe à l'interface de parcelles cultivées, qu'elle n'est pas construite, qu'elle se situe en bordure d'une zone urbaine et dans l'angle Nord-Ouest d'une vaste zone agricole située sur ses côtés Sud et Est. Cette parcelle est contiguë à la zone urbaine Ub, qui rassemble des parcelles construites à vocation résidentielle, en habitations individuelles et bâtiments R +2 ou +3 au Nord et à l'Ouest de la parcelle AK 17. Eu égard aux caractéristiques de la parcelle en cause et à la zone l'entourant, les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que son classement ne serait pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
17. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste au regard du parti d'aménagement et de la vocation de la zone retenus.
18. Les auteurs du plan local d'urbanisme de la commune de Guillestre ont procédé au classement en zone Ap de la parcelle AK 17, alors qu'elle était en zone Ub sous l'empire du précédent document d'urbanisme. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que la parcelle litigieuse se situe à l'interface de parcelles cultivées, qu'elle n'est pas construite, et se trouve à l'état naturel ou de prairie, avec une petite rangée d'arbres. Elle est située dans l'angle Nord-Ouest d'une vaste zone agricole située sur ses côtés Sud et Est. Cette parcelle est contiguë à la zone urbaine Ub, qui rassemble des parcelles construites à vocation résidentielle, en habitations individuelles et bâtiments R +2 ou +3 au Nord et à l'Ouest de la parcelle AK 17. La circonstance que les requérants aient pu, en 2009, bénéficier d'un permis de construire délivré sous l'empire du précédent document d'urbanisme et que la parcelle soit clôturée et raccordée à certains réseaux, n'est pas de nature à entacher le classement de la parcelle d'erreur manifeste d'appréciation, quand bien même aucune exploitation agricole ne serait organisée, eu égard aux caractéristiques de la parcelle et du secteur auquel elle appartient et qui viennent d'être décrits. Au regard de ce qui précède, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le classement en zone agricole de leur parcelle procède d'une erreur manifeste.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont uniquement fondés à demander l'annulation de la délibération du 22 janvier 2020 approuvant le plan local d'urbanisme en tant qu'il ne comporte pas d'inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités.
Sur l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :
20. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre () un plan local d'urbanisme () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ; 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour () les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. () ".
21. Il résulte de tout ce qui précède que si le moyen tenant à l'absence d'inventaire des capacités de stationnement des véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos est fondé, ce vice apparaît susceptible d'être régularisé en application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. La méconnaissance par la délibération litigieuse du dernier alinéa de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme retenue par ce jugement, eu égard à sa portée, implique la réalisation de l'inventaire manquant, son insertion dans le rapport de présentation puis que le conseil municipal adopte, par une nouvelle délibération, le plan local d'urbanisme ainsi régularisé. Il y a donc lieu d'impartir à la commune de Guillestre un délai de quatre mois pour y procéder.
DECIDE :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la présente requête.
Article 2 : La commune de Guillestre devra justifier de la régularisation du vice mentionné au point 12 du jugement dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Tous moyens et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, premier requérant nommé et à la commune de Guillestre.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Salvage, président,
- Mme Le Mestric, première conseillère,
- Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. ALe président,
Signé
F. SALVAGE
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
N°2004455
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026