lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2004591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CHARREL ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et quatre mémoires, enregistrés le 19 juin, le 9 novembre et le
17 décembre 2020, le 18 janvier et le 1er mars 2021, Mme D B, épouse E et Mme C B, épouse A, représentées par Me Beugnot, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la délibération datée du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de
3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
s'agissant de la légalité externe de la délibération :
- l'enquête publique a été irrégulière en l'absence de réponse aux observations qu'elles ont formulées, et en raison de l'incomplétude et des irrégularités affectant le dossier de l'enquête publique ;
- la délibération prescrivant le PLU n'a pas été notifiée aux personnes publiques associées ;
- les modalités de concertation fixées n'ont pas été respectées ;
- la procédure est irrégulière, car les auteurs du PLUi devaient consulter à nouveau les personnes publiques associées si elles entendaient joindre leurs observations sur les avis initiaux émis par ces personnes ;
- il n'est pas établi que le droit à l'information des conseillers métropolitains ait été respecté au regard des exigences des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- le rapport de présentation du PLUi est insuffisant au regard du diagnostic des besoins en matière de surface et développement agricoles, au regard des capacités de stationnement, de l'analyse de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers dans les dix ans précédant l'approbation du PLU ;
s'agissant de la légalité interne de la délibération :
- le classement en zone UM1 des parcelles en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement de ces parcelles en espace vert protégé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- il y a erreur de fait à les avoir également grevées d'une protection relative aux mouvements de terrain qui ajoute des règles de procédure supplémentaires.
Par trois mémoires, enregistrés le 12 novembre 2020, le 6 janvier et le 16 février 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre des frais d'instance.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 mars 2021, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- et les observations de Me Guin, représentant Mmes B, et celles de
Me Constantini, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B et Mme C B sont propriétaires de terrains non bâtis situés 21 boulevard du Dahomey dans le 9ème arrondissement de Marseille, pour la première de la parcelle cadastrée 846 section E n° 143, et pour la seconde de la parcelle cadastrée 846 section E n° 142. Elles demandent l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, qui a notamment classé ces parcelles en zone UM1.
Sur la légalité externe de la délibération attaquée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-6 du code de l'urbanisme applicable le 22 mai 2015, date de la délibération ayant prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme en litige : " La délibération qui prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis ainsi que les modalités de concertation, conformément à l'article L. 300-2, est notifiée au préfet, au président du conseil régional, au président du conseil départemental et, le cas échéant, au président de l'établissement public prévu à l'article L. 122-4, ainsi qu'au président de l'autorité compétente en matière d'organisation des transports urbains et, si ce n'est pas la même personne, à celui de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de programme local de l'habitat dont la commune est membre, au syndicat d'agglomération nouvelle et aux représentants des organismes mentionnés à l'article L. 121-4. Lorsque la commune est limitrophe d'un schéma de cohérence territoriale sans être couverte par un autre schéma, la délibération est également notifiée à l'établissement public chargé de ce schéma en application de l'article L. 122-4 ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 22 mai 2015 prescrivant l'élaboration du PLU en litige a été notifiée par la métropole Aix-Marseille-Provence à de nombreuses personnes publiques associées. Alors que les requérantes se contentent d'inviter le tribunal à " apprécier " ces productions sans indiquer quelle personne publique associée ne se serait pas vue notifier, éventuellement, ladite délibération du 22 mai 2015, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 130-20 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que conformément à cet article, le Centre national de la propriété forestière a été informé de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme en litige par lettre datée du 7 juillet 2015.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, applicable à la date de la délibération prescrivant le plan local d'urbanisme en litige : " I. Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées :/ 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme ;().// II. ' Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas ()// III. A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée au II en arrête le bilan ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du bilan de la concertation arrêté par délibération du conseil métropolitain en date du 28 juin 2018, que contrairement à ce que soutiennent les requérantes, la concertation a été menée entre juin 2015 et le 1er juin 2018 par la métropole Aix-Marseille-Provence conformément aux modalités qui avaient été fixées par délibérations du 22 mai 2015 fixant les modalités de la concertation avec la population et les associations, les modalités de collaboration avec les communes membres du Territoire Marseille Provence et les modalités de consultation des personnes publiques associées. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
6. En troisième lieu, en vertu de l'article R. 123-8 4° du code de l'environnement, le dossier soumis à l'enquête publique comprend notamment la mention des textes qui régissent l'enquête publique. Il ressort des mentions de l'arrêté du 8 novembre 2018 portant ouverture et organisation de l'enquête publique, lequel a été versé au dossier de l'enquête publique comme l'atteste le sommaire dudit dossier paraphé par le président de la commission d'enquête, que la métropole, qui y a, entre autres, visé le code de l'environnement et le code de l'urbanisme, a indiqué les textes régissant l'enquête publique, la circonstance que ce visa ne précise pas d'articles au sein de ces codes étant sans incidence sur le respect des dispositions sus-évoquées invoquées par les requérantes.
7. En quatrième lieu, ce même sommaire paraphé mentionne, en case A3, la présence, dans le dossier d'enquête publique, de documents portant sur la concertation publique. Faute pour les requérantes de verser au dossier le moindre élément qui tendrait à montrer que le bilan de la concertation n'aurait pas fait partie de ces documents, doit être écarté le moyen tiré de ce qu'auraient été méconnues les dispositions de l'article R. 123-8 5° du code de l'environnement et de l'article L. 103-6 du code de l'urbanisme qui exigent que ce bilan soit joint au dossier de l'enquête publique.
8. En cinquième lieu, il n'est pas contesté par la Métropole que le dossier d'enquête publique comprenait un document " intitulé mémoire en réponse à l'avis de la MrAE ", répondant aux remarques émises, dans son avis sur le PLU arrêté, par la Mission régionale de l'Autorité Environnementale. Alors que le préambule de ce mémoire précise clairement qu'il donne des " premières réponses " aux recommandations de cet avis, dont une note explicitera la manière d'en tenir compte lors de l'approbation du document d'urbanisme, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que ce mémoire aurait ainsi modifié le PLUi arrêté par le conseil métropolitain et soumis à enquête publique, en méconnaissance des dispositions des articles
L. 153-19 et L. 153-21 du code de l'urbanisme.
9. En sixième lieu, l'article R. 123-19 du code de l'environnement, auquel renvoie l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme, dispose que : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies.// Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public.// Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet.// () ".
10. Il résulte des dispositions précitées que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu et qu'il doit, d'autre part, indiquer ses conclusions motivées sur l'opération, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.
11. A l'issue de l'enquête publique, la commission d'enquête a rendu un avis favorable au projet de PLUi, assorti de 17 réserves et de 32 recommandations. Il ressort des pièces du dossier que la commission a recueilli 7 787 demandes distinctes. Son rapport a classé ces nombreuses observations par localisation et thématique, classement qui répond à la volonté de les rendre plus lisibles. Il comporte, en outre, un avis motivé de 143 pages, distinct du résumé des observations, ainsi qu'un procès-verbal de synthèse des observations dans lequel la commission d'enquête fait une analyse synthétique des demandes individuelles de constructibilité. Les requérantes, dont les demandes de classer leurs propriétés en zone UP1 ont été dûment enregistrées en page 374 du tableau des observations n°1 " par site et par auteur " annexé au rapport, ne sont, par suite, pas fondées à se plaindre de l'absence de réponse particulière à leurs demandes, et ne sont pas davantage fondées à soutenir que les conclusions de la commission d'enquête seraient insuffisamment motivées.
12. En septième lieu, l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 5211-1 du même code relatif au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, indique que : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ". L'obligation ressortant des dispositions précitées consiste à devoir adresser aux conseillers, en même temps que leur convocation, la note de synthèse prévue ou des documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions.
13. S'agissant de la délibération du 28 juin 2018 par laquelle le conseil métropolitain a arrêté le projet de PLUi, il ressort des pièces du dossier que la note de synthèse adressée aux conseillers propose, sur cinq pages, des rappels du contexte, puis du processus de collaboration, association, consultation avec les communes, les personnes publiques associées et les diverses autres personnes consultées, donne les grandes étapes de la procédure avec notamment le fait que le conseil métropolitain doit tirer le bilan de la concertation, puis arrêter le projet de PLUi qui sera soumis à enquête publique au début de l'année 2019 avant d'être approuvé avant la fin de cette année 2019. Elle donne la composition du projet de PLUi soumis à arrêt par le conseil métropolitain, et rappelle comment s'articulent entre eux les documents du PLUi, avec leurs principales caractéristiques. Dans ces conditions, et alors que le courriel du 21 juin 2018 convoquant les conseillers métropolitains à la séance du 28 juin 2018 au cours de laquelle a été adoptée la délibération en litige comportait des liens permettant aux intéressés d'accéder aux annexes de la future délibération, le moyen tiré de ce qu'en méconnaissance de l'article
L. 2121-12 précité, les conseillers métropolitains n'auraient pas disposé d'une information suffisante pour arrêter le projet de PLUi ne peut qu'être écarté.
14. S'agissant de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil métropolitain a approuvé le PLUi, il ressort des pièces du dossier que la note de synthèse adressée aux conseillers propose, sur cinq pages, une présentation synthétique du PLUi, de ses grandes étapes d'élaboration et de ses enjeux et renvoie aussi au rapport et conclusions effectués par la commission d'enquête publique et à un document présentant l'ensemble des modifications apportées au PLUi à la suite de cette enquête publique. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'en méconnaissance de l'article L. 2121-12 précité, les conseillers métropolitains n'auraient pas disposé d'une information suffisante pour approuver le PLUi ne peut qu'être écarté.
15. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 applicable du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement.// Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services.// En zone de montagne, ce diagnostic est établi également au regard des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles.// Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques.// Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités ".
16. Pour soutenir que le rapport de présentation serait insuffisant, les requérantes soutiennent d'abord que le diagnostic des besoins pour l'agriculture ne serait pas complet. Cependant, il ressort des pièces du dossier, notamment du tome G1 du rapport de présentation portant sur le diagnostic territorial, que ce rapport présente sur ces pages 54 à 59 un diagnostic qui s'appuie sur un travail effectué par la chambre d'agriculture, lequel n'avait pas à être annexé au rapport de présentation et dont les requérantes n'établissent pas qu'il aurait été trahi par le rapport de présentation.
17. Les requérantes font ensuite valoir que l'inventaire des capacités de stationnement " passe sous silence " celles relatives aux véhicules hybrides ou électriques et celles relatives aux vélos. Elles prétendent ainsi qu'une absence de mention dans l'inventaire constituerait une insuffisance de cet inventaire. Or, si un inventaire suppose un recensement, un dénombrement ou une revue détaillée de ce sur quoi il porte, il ne répertorie que l'existant. Par suite, alors que les absences de mention à l'inventaire peuvent aussi refléter l'absence des éléments à répertorier, et que les requérantes ne versent au dossier aucun élément de nature à établir que l'inventaire effectué aurait omis telle ou telle capacité de stationnement existante et serait en conséquence inexact, le moyen tiré de l'insuffisance de l'inventaire pour ce motif ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, si les requérantes déplorent le caractère général du paragraphe 9.8.4 du tome G1 sus-évoqué consacré aux potentiels de mutualisation des capacités de stationnement, il ne ressort pas de la teneur de ces considérations qu'elles auraient été de nature à fausser l'appréciation, portée par les conseillers amenés à se prononcer sur la délibération en litige, des choix à effectuer en matière de stationnement.
18. En dernier lieu, les requérantes font valoir que l'analyse de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers porte sur une période ne correspondant pas exactement à celle des dix ans précédant l'arrêt du PLUi, mais porte sur les années 2006-2015. Mais elles ne versent au dossier aucun élément de nature à montrer que les tendances sur les années non étudiées contrarieraient celles retenues sur les années étudiées, de telle sorte qu'elles ont pu fausser les appréciations portées par les auteurs du PLUi. Enfin, et contrairement à ce qu'elles prétendent, le paragraphe 8.2 du tome G1 sus-évoqué expose les voies et moyens favorisant la densification des espaces bâtis.
19. Il résulte des trois points précédents que le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation doit être écarté.
Sur la légalité interne de la délibération attaquée :
En ce qui concerne le classement des parcelles en zone de prescriptions " mouvement de terrain " :
20. Selon l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe () les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". L'article R. 151-10 du même code prévoit : " Le règlement est constitué d'une partie écrite et d'une partie graphique, laquelle comporte un ou plusieurs documents. / Seuls la partie écrite et le ou les documents composant la partie graphique du règlement peuvent être opposés au titre de l'obligation de conformité définie par l'article L. 152-1 ". Aux termes de l'article R. 151-14 de ce code : " Le ou les documents graphiques font apparaître les limites des zones, secteurs, périmètres, espaces que le plan local d'urbanisme identifie en application de la présente section ". Enfin, l'article R. 151-34 du même code dispose : " Dans les zones U, AU, A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu :// 1° Les secteurs où les nécessités du fonctionnement des services publics, de l'hygiène, de la protection contre les nuisances et de la préservation des ressources naturelles ou l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient soumises à des conditions spéciales les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols ; //()".
21. Il résulte de ces dispositions que les autorités compétentes en matière d'urbanisme sont seulement tenues de reporter en annexe du plan local d'urbanisme les servitudes environnementales résultant de plans de prévention des risques naturels prévisibles. Elles peuvent par ailleurs, sur le fondement de la législation d'urbanisme et des prérogatives que leur confèrent l'article R. 151-31 et l'article R. 151-34 précité du code de l'urbanisme, prévoir dans le plan local d'urbanisme leurs propres prescriptions destinées à assurer, dans des secteurs spécifiques exposés à des risques naturels qu'elles délimitent, la sécurité des biens et des personnes, alors même que de telles prescriptions ne sont ni fixées dans un plan de prévention des risques, ni indiquées dans un porter à connaissance transmis par le représentant de l'Etat. Leur appréciation sur la délimitation du secteur spécifique exposé à un risque naturel et la gravité de ce risque ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste.
22. Il est constant que les parcelles en litige ne sont pas comprises dans un plan de prévention des risques " mouvement de terrain ". Cependant, la métropole verse au dossier une étude datant du 30 avril 1999 réalisée par un géologue. Selon cette étude, les parcelles en litige sont concernées par un risque de chutes de pierres et de blocs en zone d'aléa à maîtriser, pour laquelle les auteurs du PLUi ont prescrit la réalisation d'une étude géotechnique de type G1 à G4 dont les conclusions doivent être favorables pour permettre éventuellement l'extension des constructions existantes. Au regard du risque en cause, la seule circonstance que l'étude date de 1999 n'est pas de nature à en invalider les conclusions, alors que les requérantes ne versent au dossier aucun élément de nature à montrer une évolution du risque encouru sur les parcelles. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en grevant partiellement les parcelles en litige d'une prescription " mouvement de terrain ", dont l'objet, de fond et non de procédure comme le soutiennent à tort les requérantes, tend à conditionner une éventuelle autorisation d'urbanisme aux conclusions favorables d'une étude géotechnique, les auteurs du PLUi auraient entaché la délibération en litige d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le classement des parcelles en litige en espace vert à protéger :
23. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige sont grevées d'une protection " espace vert protégé ", que les auteurs du PLUI ont instauré sur le fondement des articles L. 151-9 et L. 151-23 du code de l'urbanisme, lesquels disposent respectivement, d'une part, " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger.// Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire.// Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ", et d'autre part " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. // Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ". En l'espèce, la protection grevant les parcelles est de catégorie 2, dont le rapport de présentation explique qu'" elle vise à protéger totalement les arbres et masses boisées, en admettant la constructibilité ou l'aménagement des parcelles concernées sous conditions et sous réserve que les boisements ne soient pas impactés. Cette catégorie participe également à la préservation des continuités écologiques, mais plus grandement à la conservation des entités arborées qui participent au paysage végétal en milieu urbain ".
24. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photos versées - à commencer par la photo aérienne ouvrant les premières écritures des requérantes - que les parcelles en litige, plantées notamment de pins adultes, sont bien boisées. Dans ces conditions, la seule affirmation par les requérantes que la qualité des boisements implantés ne serait pas justifiée ne suffit pas à établir que les auteurs du PLUi auraient commis une erreur manifeste d'appréciation en grevant leurs parcelles de la protection sus-évoquée. A supposer qu'en relevant que les parcelles voisines sont tout autant boisées que les leurs sans être soumises à la même protection, les requérantes aient entendu soulever le moyen tiré de la violation du principe d'égalité, celui-ci ne peut qu'être rejeté dès lors que, comme les requérantes elles-mêmes le disent, les parcelles voisines sont construites, à la différence des leurs.
En ce qui concerne le classement en zone UM1 :
25. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste au regard du parti d'aménagement et de la vocation de la zone retenus.
26. En premier lieu, ni l'article précité L. 151-9 du code de l'urbanisme, ni l'article R. 151-30 du même code selon lequel : " Pour des raisons de sécurité ou salubrité ou en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, le règlement peut, dans le respect de la vocation générale des zones, interdire :/ 1° Certains usages et affectations des sols ainsi que certains types d'activités qu'il définit ;/ 2° Les constructions ayant certaines destinations ou sous-destinations ", ni aucune autre disposition légale ou réglementaire n'établissent un principe proscrivant, en zone urbaine, l'interdiction de construction nouvelle.
27. En deuxième lieu, le règlement du PLUi définit les zones UM comme " des zones urbaines, car déjà bâties, dans lesquelles l'urbanisation doit être maîtrisée, souvent pour des raisons environnementales (sensibilités paysagères, risques naturels) et du fait d'un déficit de réseaux et d'équipements (voirie notamment) " et précise que le sous-zonage UM1, dans lequel se situent les parcelles en litige, correspond aux " zones dans lesquelles les constructions nouvelles d'habitation ne sont pas autorisées mais dans lesquelles les extensions limitées sont admises ". Il ressort du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) que, dans les parties déjà urbanisées du territoire, ce plan identifie quatre catégories de secteurs correspondant à quatre intentions de développement distinctes, dont la carte figurant en page 154 du PADD donne les contours. Il ressort ainsi du PADD qu'en raison notamment de la proximité immédiate des parcelles en litige avec un grand espace naturel, proximité qui ne permet d'ailleurs pas de les considérer comme formant une dent creuse dans l'urbanisation existante, leur zonage correspond à ce que le PADD appelle un " secteur de limitation ", dans lequel l'intention est de limiter la densification, et non, comme le soutiennent les requérantes, dans un " secteur d'évolution ", dans lequel l'intention est de faire évoluer le tissu bâti. Alors que compte tenu de sa terminaison en impasse et de sa faible largeur, le boulevard du Dahomey ne peut être regardé comme assurant une bonne desserte viaire des parcelles en litige, et que, comme il a été dit plus haut, ces parcelles sont soumises à un risque naturel, la volonté de limiter la densification dans la zone UM1, particulièrement en interdisant les constructions nouvelles, correspond ainsi non seulement à l'orientation 4.3.1 du PADD visant à différencier le développement urbain en fonction des atouts et contraintes des territoires, mais également à l'orientation 4.1.1 relatif à la maîtrise des risques naturels et à l'orientation 2.2 relative à la qualification des franges urbaines. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en classant les parcelles en litige en zone UM1, les auteurs du PLUi auraient commis une erreur manifeste d'appréciation.
28. Il résulte de ce qui précède que Mmes B ne sont pas fondées à demander l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix- Marseille-Provence a adopté le plan local d'urbanisme intercommunal du Territoire Marseille Provence.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérantes sur ce fondement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce et sur le même fondement, il y a lieu de mettre à la charge de Mmes B prises ensemble une somme de 1 000 euros à verser à la métropole au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D B et de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Mme D B et Mme C B, prises ensemble, verseront la somme de 1 000 euros à la métropole Aix-Marseille-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, épouse E, à Mme C B, épouse A et à la métropole Aix-Marseille-Provence.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hogedez, présidente,
- Mme Busidan, première conseillère,
- Mme Arniaud, première conseillère,
assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La rapporteure,
signé
H. BusidanLa présidente,
signé
I. HogedezLe greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026