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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005157

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005157

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CHARREL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 13 juillet 2020, 11 décembre 2020 et 1er février 2021, la société La Ciotat Park, représentée par la SCP Bérenger Blanc Burtez-Doucède et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette délibération ;

2°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la légalité externe :

- la délibération du 22 mai 2015 prescrivant l'élaboration du PLUi n'a pas fait l'objet des mesures de publicité imposées par l'article R.153-21 du code de l'urbanisme ;

- l'enquête publique est irrégulière à défaut pour le commissaire-enquêteur de ne pas avoir répondu de manière circonstanciée aux observations, dont les siennes, ni de prendre personnellement position ;

Sur la légalité interne :

- le classement en zone UEb2 des parcelles cadastrées 878K n°68 et 72 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 novembre 2020 et 15 janvier 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 mars 2021, a été prononcée, en application des articles

R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice admisnirative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

-les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

-les observations de Me Reboul, représentant la SCI La Ciotat Park, et celles de

Me Constantini, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. La société La Ciotat Park est propriétaire des parcelles cadastrées 878K n°68 et

72 situées au 148, route des Trois Lucs à la Valentine sur la commune de Marseille, dans le

12ème arrondissement. Elle demande l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, qui a classé ses parcelles en zone UEb2 du PLUi, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, désormais codifiées aux articles L. 153-11 et L. 600-11 du même code, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du document d'urbanisme sont invocables à l'occasion d'un recours contre le plan local d'urbanisme (PLU) approuvé.

3. Eu égard toutefois à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du PLU et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le PLU. Par suite le moyen tiré de ce que, faute qu'il soit établi que les formalités de publicité requises aient été dûment accomplies, la délibération prescrivant l'élaboration du PLU intercommunal en litige n'aurait pas été exécutoire ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération en litige approuvant ce plan.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu et qu'il doit, d'autre part, donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.

6. A l'issue de l'enquête publique, la commission d'enquête a rendu un avis favorable au projet de PLUi, assorti de 17 réserves et de 32 recommandations. Il ressort des pièces du dossier que la commission a recueilli 7 787 demandes distinctes. Son rapport a classé ces nombreuses observations dont celle de la société requérante par localisation et thématique, classement qui répond à la volonté de les rendre plus lisibles. Il comporte, en outre, un avis motivé de 143 pages, distinct du résumé des observations, ainsi qu'un procès-verbal de synthèse des observations dans lequel la commission d'enquête fait une analyse synthétique des demandes individuelles de constructibilité. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le rapport de la commission d'enquête serait insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité interne :

Quant à l'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement en zone UEb2 des parcelles en litige :

7. Aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ". Au sein du zonage général UE, couvrant notamment les zones d'activités économiques dédiées, le sous-zonage UEb est prévu principalement pour les activités industrielles et logistiques ainsi que de bureau.

8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste au regard du parti d'aménagement et de la vocation de la zone retenus.

9. La propriété de la société requérante d'une contenance totale de 15 100 m2 se situe à l'Est de la commune de Marseille sur un territoire marqué par les activités de commerce, d'agriculture, d'artisanat et d'industrie. Il ressort clairement du rapport de présentation du PLUi en litige qu'après avoir diagnostiqué un déséquilibre à l'échelle du territoire métropolitain, les auteurs de ce document ont entendu favoriser les offres de foncier productif sur les bassins Sud et Est de Marseille ainsi que sur le territoire d'Aubagne, excédentaire en foncier destiné aux activités commerciales. Alors que le parti d'aménagement entend par ailleurs favoriser l'implantation des activités productives au détriment des activités commerciales dans le secteur de Marseille, le classement opéré ne procède ainsi pas d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête, aux fins d'annulation, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société La Ciotat Park demande sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche de mettre à la charge de la société requérante une somme

de 1 000 euros à verser à la métropole au titre de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société La Ciotat Park est rejetée.

Article 2 : La société La Ciotat Park versera à la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société La Ciotat Park et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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