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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005311

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005311

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2020, M. E A, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 février 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'accorder une autorisation de travail demandée à son profit par la SASU Mozaik ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer l'autorisation de travail sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée méconnait les " articles L. 5221-5 et suivants du code du travail "

- elle méconnaît les articles L. 313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- il dispose des compétences nécessaires pour exercer l'emploi de mécanicien proposé par la SAS Mosaik.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- et les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 janvier 2020, la SASU Mozaik a sollicité une autorisation de travail pour un poste de mécanicien poids lourds spécialisé diesel (code ROME 11604) au bénéfice de M. A demandeur d'asile de nationalité ivoirienne. Par une décision du 28 février 2020, la directrice du travail de l'unité départementale des Bouches-du-Rhône de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, agissant par délégation du préfet des Bouches-du-Rhône, a rejeté la demande. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C F, directrice du travail, signataire de la décision attaquée, bénéficiait de la subdélégation n° 13-2019-09-03-007 du 3 septembre 2019, publiée au recueil des actes administratifs n° 13-2019-215 du 5 septembre 2019, l'autorisant à prendre cette décision en cas d'absence ou d'empêchement de M. B D, responsable de l'unité départementale des Bouches-du-Rhône de la DIRECCTE de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Ce dernier bénéficiait lui-même d'une délégation de signature du préfet des Bouches-du-Rhône, pour ce qui relève des attributions de préfet du département en matière d'autorisation de travail, par un arrêté n°13-2019-03-04-001 du 4 mars 2019 régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5221-1 du code du travail dans sa version applicable au présent litige : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". L'article R. 5221-20 du code du travail dans sa version applicable au présent litige dispose que : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail () ".

4. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail présentée pour M. A, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé d'une part sur la dissimilitude entre les conditions d'emploi à durée déterminée de deux mois pour lesquelles la société a diffusé une offre d'embauche sur le site de Pôle emploi et les conditions du contrat à durée indéterminée proposées au requérant et, d'autre part, sur le déséquilibre récurrent de la situation de l'emploi pour le métier considéré avec pour chaque trimestre de l'année 2019 plus de 1 200 demandes pour moins d'une centaine d'offres d'emploi dans le département des Bouches-du-Rhône.

5. Pour contester le premier motif relatif à la justification des recherches accomplies par l'employeur pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail, M. A se borne à faire valoir que l'offre de contrat à durée déterminée de deux mois, publiée à deux reprises sur le site de Pôle emploi par la société Mozaik, précisait la possibilité d'évolution vers un contrat à durée indéterminée. Il ne justifie pas, dès lors, que la SASU Mozaik a publié une offre d'emploi correspondant au contrat à durée indéterminée qui lui a été proposé.

6. Pour contester le second motif, le requérant affirme qu'une enquête " besoins en main d'œuvre " initiée par Pôle emploi et réalisée avec l'ensemble des directions régionales et du Credoc positionne le métier de mécanicien et électronicien de véhicule à la 22ème place des 100 métiers en tension. Il ne produit toutefois aucune pièce à l'appui de cette allégation, à l'exception d'une capture d'écran du site de Pôle emploi qui concerne la France entière et tout type de mécanicien de véhicules pour l'année 2020. Il n'apporte ainsi aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur la situation de l'emploi dans les Bouches-du-Rhône pour le métier concerné de mécanicien poids lourd spécialisé diesel.

7. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail et de l'erreur manifeste d'appréciation de l'administration ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième lieu, les dispositions des articles L.313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors en vigueur, portent sur la délivrance d'un titre de séjour et ne peuvent être utilement invoquées par le requérant au soutien de la contestation d'une décision préfectorale refusant une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant, et doit être écarté.

9. En dernier lieu, si M. A soutient détenir les qualifications nécessaires pour postuler à l'emploi proposé par la SASU Mozaik, ce motif n'a pas été retenu par le préfet dans sa décision de rejet de sorte que ce moyen doit en tout état de cause être écarté comme inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 février 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer l'autorisation de travail le concernant. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme sollicitée par M. A au profit de son conseil sur ce fondement ainsi que sur celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Flora Gilbert, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet du Puy-de-Dôme et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

Signé

M-L. Hameline La greffière,

Signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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