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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005322

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005322

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMAZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 juillet 2020, 2 janvier 2021, ainsi que les 15 et 26 mai 2022, M. E C demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2020/01 du 2 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Montagnac-Montpezat a décidé de la cession de la parcelle cadastrée section 131 D n° 83 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montagnac-Montpezat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération contestée est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'information des membres du conseil municipal ;

- la délibération en litige méconnait l'article L. 3111-1 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors que la parcelle concernée relève du domaine public communal ;

- le prix de vente de la parcelle litigieuse est inférieur à sa valeur réelle et entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la vente en litige méconnaît l'intérêt général et résulte d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 avril et 17 mai 2022, la commune de Montagnac-Montpezat, représentée par Me Mazel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- vu le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de M. A B, représentant M. C, ainsi que celles de Me Mazel pour la commune de Montagnac-Montpezat.

Une note en délibéré présentée par M. C a été enregistrée le 3 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Montagnac-Montpezat a acquis la parcelle cadastrée section 131 D n° 83 par un acte authentique d'échange conclu le 31 octobre 1990. M. C conteste la délibération du 2 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de Montagnac-Montpezat a décidé de vendre cette parcelle, d'une superficie de 32 m², à la société civile immobilière Rue de l'Eglise, pour un montant de 300 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Le requérant soutient que les conseillers municipaux n'ont pas été suffisamment informés par le maire des modalités de fixation du prix de vente de la parcelle en litige, et peut être regardé comme se prévalant de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, aux termes duquel : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". Toutefois, alors que la délibération en litige mentionne que les conseillers municipaux, après en avoir débattu en réunion de travail, ont donné un avis favorable à ce projet, M. C ne démontre pas que l'obligation d'information requise par l'article L. 2121-13 précité du code général des collectivités territoriales n'aurait pas été délivrée aux conseillers municipaux. Dans ces conditions, le moyen soulevé doit être écarté.

3. M. C se prévaut de l'insuffisance de motivation de la délibération qu'il conteste. Toutefois, alors qu'il n'invoque la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire, il est constant que la population communale n'excède pas les 2 000 habitants, et que la commune n'était ainsi pas tenue de suivre la procédure prévue à l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la délibération contestée doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article L. 3111-1 du code général de la propriété des personnes publiques (CGPPP) : " Les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui relèvent du domaine public, sont inaliénables et imprescriptibles ". Aux termes de l'article L. 2111-1 du même code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".

5. Pour contester la délibération autorisant la cession de la parcelle cadastrée 131 D n° 83, M. C soutient qu'appartenant au domaine public communal, cette parcelle ne pouvait faire l'objet d'une telle cession. Toutefois, s'il est évoqué dans l'acte d'échange de cette parcelle, ainsi que dans l'attestation de sa précédente propriétaire, un éventuel aménagement par un escalier en vue de relier deux rues de la commune, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune ait affecté cette parcelle à l'usage direct du public, ni que cette parcelle ait été affectée à un service public ni fait l'objet d'un quelconque aménagement à cette fin. Il suit de là que M. C, qui ne démontre pas que la parcelle litigieuse relevait du domaine public communal, n'est pas fondé à soutenir que le conseil municipal de Montagnac-Montpezat a méconnu l'article L. 3111-1 précité du CGPPP en autorisant la cession de cette parcelle.

6. M. C soutient que le prix de 9,37 euros par mètre carré de vente de la parcelle en cause ne reflète pas les prix du marché pour un terrain sur le territoire de la commune de Montagnac-Montpezat, compte tenu en particulier de la vente, en 2007, d'une parcelle de nature comparable au prix de 30,95 euros par mètre carré, et méconnaît l'intérêt général de la commune. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la parcelle communale cadastrée en section 131 D, n° 83 constitue une étroite bande de terrain d'une faible superficie, entre deux propriétés, et que son acquisition n'était dès lors susceptible d'intéresser que l'un des propriétaires des parcelles attenantes, de sorte qu'il n'est pas établi qu'elle pouvait être cédée au prix moyen du mètre carré des parcelles constructibles de la commune de Montagnac-Montpezat. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune, qui n'était pas tenue d'affecter cette parcelle à l'usage du public, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant à 300 euros le prix de vente de la parcelle litigieuse.

7. Si le requérant soutient que compte tenu de la fixation erronée du prix de vente, la commune a nécessairement eu pour objectif de favoriser la société civile immobilière acquéreuse du terrain, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 2 mars 2020 du conseil municipal de Montagnac-Montpezat portant approbation de la cession de la parcelle cadastrée 131 D n° 83.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant tendant à leur application et dirigées contre la commune de Montagnac-Montpezat, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la commune défenderesse présente au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Montagnac-Montpezat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la commune de Montagnac-Montpezat.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Charpy, conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. D

Le président,

signé

J-M. LasoLe greffier,

signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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