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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005446

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005446

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL DEBEAURAIN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 juillet 2020, 22 juin et

25 juillet 2022, M. A B et Mme C D, représentés par Me Bérenger, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2020 par lequel le maire de la commune de Cornillon-Confoux leur a délivré un permis de construire modificatif en tant qu'il prescrit, en son article 2, une hauteur maximale du mur de clôture à partir du terrain naturel ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cornillon-Confoux une somme de

3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la prescription relative à la hauteur du mur méconnaît l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme et n'était donc pas nécessaire à assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril et 12 juillet 2022, la commune de Cornillon-Confoux, représentée par Me Boulan, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête, tardive, est irrecevable ;

- les autres moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022 pour la commune de Cornillon-Confoux, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

II.- Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 juillet 2020, 22 juin et

25 juillet 2022, M. A B et Mme C D, représentés par Me Bérenger, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Cornillon-Confoux a édicté un arrêté interruptif de travaux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cornillon-Confoux une somme de

3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit ;

- il méconnaît l'article 11 du règlement de la Zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Cornillon-Confoux ;

- il est illégal compte tenu de l'illégalité de la prescription prévue à l'article 2 de l'arrêté du 10 février 2020 portant permis de construire modificatif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril, 21 juin, 12 juillet et 29 août 2022, la commune de Cornillon-Confoux, représentée par Me Boulan, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 31 octobre 2022 pour les requérants n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

La procédure a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône le

29 septembre 2023, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Tagnon, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que le 30 octobre 2017, le maire de la commune de Cornillon-Confoux a délivré à M. B et Mme D un permis initial de construire une habitation. Par un arrêté du 10 février 2020, le maire de la commune leur a délivré un permis de construire modificatif portant sur le mur de la clôture de la façade nord-est de leur propriété en prévoyant, en son article 2, la prescription selon laquelle ce mur ne saurait dépasser deux mètres à partir du terrain naturel. Par la requête enregistrée sous le n° 2005445, les requérants demandent l'annulation de la prescription prévue à l'article 2 de l'arrêté du 10 février 2020 portant permis modificatif. Par ailleurs, par un arrêté du 5 juin 2020, dont les requérants demandent l'annulation dans la requête enregistrée sous le n° 2005446, le maire de la commune de Cornillon-Confoux a édicté un arrêté interruptif de travaux, après avoir dressé un procès-verbal d'infraction le 30 mai 2020.

2. Les affaires enregistrées sous les numéros 2005445 et 2005446 présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense dans l'instance n° 2005445 :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ".

4. L'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, rendu applicable aux procédures devant les juridictions de l'ordre administratif par l'article 15 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif, dispose que : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à

l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois ". Aux termes de l'article 1er de la même ordonnance, dans sa rédaction résultant de l'ordonnance du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire : " I.- Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ".

5. L'arrêté du 10 février 2020 portant permis modificatif a été notifié aux pétitionnaires, avec la mention des voies et délais de recours, le 11 février 2020, de sorte que le délai de recours contre cet arrêté, qui aurait dû échoir le 12 avril 2020, expirait, compte tenu de l'application des dispositions citées ci-dessus, le 24 août 2020. La requête présentée par M. B et Mme D, enregistrée au greffe du tribunal le 21 juillet 2020 sous le n° 2005445, n'est ainsi pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 10 février 2020 portant permis modificatif :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 11.5 de la zone UC du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Cornillon-Confoux : " La hauteur visible des clôtures, depuis l'espace public, ne dépassera pas 2 m ".

7. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Le juge ne peut annuler ces prescriptions, lorsqu'elles sont illégales, que s'il résulte de l'instruction qu'une telle annulation n'est pas susceptible de remettre en cause la légalité de l'autorisation d'urbanisme et qu'ainsi ces prescriptions ne forment pas avec elle un ensemble indivisible.

8. L'article 2 de l'arrêté du 10 février 2020 accordant aux requérants le permis de construire modificatif portant sur la modification de la clôture en façade nord-est de leur propriété dispose que " la hauteur du mur de clôture ne devra pas excéder 2 mètres, mesurés à partir du terrain naturel ".

9. Compte tenu de leur rédaction, les dispositions de l'article 11.5 de la zone UC du PLU de la commune de Cornillon-Confoux, mentionnées au point 6, doivent nécessairement s'entendre comme ne règlementant la hauteur des murs de clôture que dans leur partie visible depuis l'espace public et n'imposent pas, contrairement à ce que soutient la commune, une hauteur maximale de deux mètres calculée à partir du terrain naturel d'assiette du projet. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies produites à l'instance et du procès-verbal de constat, que la clôture de la maison d'habitation en façade nord-est donne sur une route départementale, soit un espace public au sens des dispositions mentionnées au point 6. Ce mur de clôture ne pouvait donc, en application de ces mêmes dispositions, excéder deux mètres dans sa partie visible depuis l'espace public. La demande de permis de construire modificatif, qui portait sur la modification de cette clôture, constituée initialement d'un mur de pierre de 0,90 mètre surplombé d'un grillage, et remplacée par un mur de même hauteur n'excédant pas deux mètres depuis l'espace public, était ainsi conforme aux dispositions du PLU. La commune ne saurait valablement faire valoir en défense l'absence de réglementation des clôtures dans leur partie non visible depuis l'espace public pour justifier une prescription dont l'objet doit être d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que leur projet ne méconnaissait pas l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme et que le permis de construire modificatif délivré ne nécessitait donc pas d'être assorti d'une prescription sur ce point.

10. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanismes : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

11. La commune fait valoir dans son mémoire en défense, pour justifier le bien-fondé de la prescription contestée, l'intérêt des lieux avoisinants et l'existence d'un emplacement réservé pour la création d'une piste cyclable et d'un cheminement piéton, immédiatement voisin de la clôture en litige, voués à être fréquentés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette de cette clôture est situé dans une zone résidentielle, dans le voisinage d'autres maisons clôturées de murs, et proche d'un bâtiment, l'Oppidum, constitué de murs imposants. Dès lors, la commune n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le mur de clôture, qui n'est pas d'une longueur excessive et respecte en hauteur le règlement du PLU, porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants.

12. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'article 2 de l'arrêté du maire de la commune de Cornillon-Confoux du 10 février 2020, lequel est divisible des autres dispositions de l'arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté du 5 juin 2020 portant interruption de travaux :

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été pris au motif que le mur de clôture objet du permis modificatif ne respecte pas la prescription prévue à l'article 2 de l'arrêté du

10 février 2020 et méconnaît l'article UC11 du plan local d'urbanisme de la commune. Toutefois, comme il a été dit aux points 9 et 12 du présent jugement, les requérants sont fondés à soutenir que cette prescription est illégale.

14. En second lieu, comme il a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement, les dispositions de l'article UC11 du PLU ne règlementent la hauteur des murs de clôture que dans leur partie visible depuis l'espace public. Dès lors, cet article n'impose pas une hauteur maximale de deux mètres calculée à partir du terrain naturel d'assiette du projet. Or, il ressort des pièces du dossier que le mur de clôture en litige de la façade nord-est n'excède pas deux mètres dans sa partie visible depuis l'espace public, conformément au PLU. Par suite, l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article UC11 du PLU.

15. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ".

16. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation, en l'état du dossier, de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne représentent pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de Cornillon-Confoux demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Cornillon-Confoux une somme de

2 000 euros à verser aux requérants au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 2 de l'arrêté du maire de la commune de Cornillon-Confoux du

10 février 2020 est annulé.

Article 2 : L'arrêté du maire de la commune de Cornillon-Confoux du 5 juin 2020 portant interruption de travaux est annulé.

Article 3 : La commune de Cornillon-Confoux versera une somme de 2 000 euros à

M. B et Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Cornillon-Confoux présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à

Mme C D, au préfet des Bouches-du-Rhône et à la commune de Cornillon-Confoux.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, conseillère,

Assistées par M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

Nos 2005445, 2005446

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