jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2005481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VICTORIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 juillet 2020, les 27 septembre et 23 novembre 2021 ainsi que le 19 avril 2022, les associations Les amis du Casset, La société alpine de protection de la nature, France nature environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, La ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, Arnica Montana, et Mountain Wilderness France, représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2020 par lequel la préfète des Hautes-Alpes a délivré une autorisation environnementale à la société anonyme d'économie mixte locale Energie développement service du briançonnais (EDSB) pour la construction et l'exploitation d'une microcentrale hydroélectrique sur le torrent du Petit Tabuc sur le territoire de la commune de Le Monêtier-les-Bains, valant autorisation au titre de la législation relative aux installations, ouvrages, travaux et activités affectant la ressource en eau, et autorisation de défrichement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société EDSB la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le dossier de demande d'autorisation environnementale est incomplet, dès lors que l'étude d'impact réalisée n'est pas proportionnée aux enjeux du site et est insuffisante, faute de description précise du projet, d'une analyse suffisante de l'état actuel de l'environnement, des impacts du projet sur l'environnement, faute de mesures d'évitement, de réduction et de compensation suffisantes, et d'une analyse suffisante des solutions de substitution raisonnables ; dès lors que l'évaluation des incidences Natura 2000 est insuffisante ; dès lors que les avis requis aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement et du II de l'article L. 331-4 du même code sont irréguliers ou absents ; dès lors que l'enquête publique est irrégulière ;
- l'arrêté contesté méconnait l'article L. 214-18 du code de l'environnement, faute de permettre le maintien d'un débit réservé du cours d'eau ni du débit minimum biologique, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté en litige méconnaît l'article 4 de la directive n° 2000/60/CE du 23 octobre 2000, les articles L. 212-1, R. 212-13 et R. 212-16 du code de l'environnement, ainsi que le schéma directeur d'aménagement et de gestion de seaux Rhône-Méditerranée 2016/2021 ;
- l'arrêté critiqué méconnaît les interdictions de détruire, altérer, perturber des espèces ou habitats d'espèces protégées fixées par l'article L. 411-1 du code de l'environnement ;
- cet arrêté porte une atteinte significative aux intérêts protégés par l'article L. 211-1 du code de l'environnement ;
- il est incompatible avec la programmation pluriannuelle de l'énergie ;
- l'arrêté en litige, en tant qu'il porte autorisation de défricher, méconnaît les articles L. 112-1, L. 341-5 et L. 341-6 du code forestier.
Par des mémoires en défense enregistrés le 25 janvier 2021 et le 31 janvier 2022, la société anonyme d'économie mixte locale Energie développement services du briançonnais (EDSB), représentée par Me Larrouy-Castera, conclut à la jonction des requêtes n° 2005481 et n° 2005482, au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, au sursis à statuer sur la requête et à la fixation de modalités éventuelles de régularisation, et à ce qu'une somme de 8 000 euros soit mise à la charge des associations requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les associations requérantes n'ont pas intérêt leur donnant qualité pour agir, faute d'objet social suffisamment précis ;
- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2021, la préfète des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une intervention, enregistrée le 12 mai 2021, le syndicat France Hydroélectricité, représenté par Me Larrouy-Castera, demande que le tribunal rejette la requête présentée par les associations Les amis du Casset, La société alpine de protection de la nature, France nature environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, Ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, Arnica Montana, et Mountain Wilderness France, par les mêmes motifs que ceux exposés par la société EDSB.
Il soutient également que l'hydroélectricité présente un fort intérêt, que les autorisations sont très encadrées, et que le projet présenté par la société EDSB présente un intérêt énergétique et économique.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- la directive n° 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'énergie ;
- le code forestier ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le décret n° 2020-456 du 21 avril 2020 relatif à la programmation pluriannuelle de l'énergie ;
- l'arrêté ministériel du 8 décembre 1988 fixant la liste des espèces de poissons protégées sur l'ensemble du territoire national ;
- l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 27 décembre 2012 portant délimitation des zones de frayère ;
- l'arrêté du 3 décembre 2015 portant approbation du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Rhône-Méditerranée et arrêtant le programme pluriannuel de mesures correspondant ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Victoria pour les associations requérantes, ainsi que celles de Me Larrouy-Castera pour la société Energie développement service du briançonnais et le syndicat France hydroélectricité.
Des notes en délibéré présentées d'une part pour la société Energie développement service du briançonnais et le syndicat France hydroélectricité, et d'autre part pour les associations requérantes, ont respectivement été enregistrées les 22 et 25 novembre 2022 et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Les associations Les amis du Casset, La société alpine de protection de la nature, France nature environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, La ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, Arnica Montana, et Mountain Wilderness France demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 février 2020 délivrant une autorisation environnementale à la société anonyme d'économie mixte locale Energie développement service du briançonnais (EDSB) pour la construction et l'exploitation d'une microcentrale hydroélectrique sur le torrent du Petit Tabuc sur le territoire de la commune de Le Monêtier-les-Bains, valant autorisation au titre de la législation relative aux installations, ouvrages, travaux et activités affectant la ressource en eau, et autorisation de défrichement.
Sur l'intervention du syndicat France Hydroélectricité :
2. Le syndicat France Hydroélectricité a intérêt au maintien de la décision portant autorisation environnementale de construire et d'exploiter une microcentrale hydroélectrique. Ainsi, son intervention est recevable.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt donnant qualité pour agir aux associations requérantes :
3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 () justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément ".
4. Il résulte de l'instruction que l'association des amis du Casset, " dont l'objet est de maintenir l'équilibre des activités du Casset, l'intégrité de son site et l'harmonie de son village ", est composée de résidents permanents ou temporaires du hameau du Casset, situé en aval du projet de microcentrale hydroélectrique sur le torrent du Petit Tabuc. Elle présente ainsi un intérêt suffisamment direct pour contester l'arrêté en litige. L'association " Arnica Montana " a quant à elle, aux termes de ses statuts, " pour but la connaissance et la protection de la nature dans le département des Hautes-Alpes ", département dans lequel se situe le projet en litige. Par ailleurs, les associations " société alpine de la nature ", " France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur ", " Ligue pour la protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur ", et " Mountain Wilderness France " ont été agréées au titre de la protection de l'environnement, respectivement, par arrêté du 5 octobre 2017 et pour cinq ans renouvelables, par arrêté du 4 avril 2018, par arrêté du 1er février 2018, et par arrêté du 15 mars 2019 pour un agrément à compter du 1er janvier précédent. Dans ces conditions, chacune des associations requérantes dispose d'un intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre de l'arrêté portant autorisation environnementale, et la fin de non-recevoir tirée du défaut de cet intérêt, soulevé par la société exploitante, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En vertu de l'article L. 181-17 du code de l'environnement, issu de l'article 1er de l'ordonnance du 26 janvier 2017 et applicable depuis le 1er mars 2017, l'autorisation environnementale est soumise à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient, dès lors, au juge du plein contentieux d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce.
En ce qui concerne les règles de procédure :
6. D'une part, les obligations relatives à la composition du dossier de demande d'autorisation environnementale et relatives au contenu de l'étude d'impact relèvent des règles de procédure qui s'apprécient au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation. L'article R. 122-5 du code de l'environnement définit le contenu de l'étude d'impact, qui est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, ouvrages et aménagements projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine.
7. D'autre part, les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant ce dossier, notamment l'étude d'impact, ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'autorisation que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
S'agissant du contenu du dossier de demande d'autorisation environnementale :
8. Aux termes du 3° de l'article R. 181-13 du code de l'environnement : " La demande d'autorisation environnementale comprend les éléments communs suivants : / () 3° Un document attestant que le pétitionnaire est le propriétaire du terrain ou qu'il dispose du droit d'y réaliser son projet ou qu'une procédure est en cours ayant pour effet de lui conférer ce droit () ". Aux termes de l'article L. 531-6 du code de l'énergie : " Les installations autorisées, aménagées et exploitées directement par les sociétés d'économie mixte ou les collectivités locales ou leurs groupements peuvent être déclarées d'utilité publique dans les conditions fixées à la section 3 du chapitre Ier du titre II du présent livre et faire l'objet des mêmes droits que ceux conférés aux installations hydrauliques par cette section ".
9. Il résulte de l'instruction que la demande d'autorisation environnementale de la société d'économie mixte Energie développement service du briançonnais (EDSB) était accompagnée d'une demande de déclaration d'utilité publique en vue de s'assurer de la disponibilité des parcelles nécessaires à la réalisation du projet. Par ailleurs, la pièce n° 3 de la demande d'autorisation, intitulée " disposition des terrains pour le projet ", liste les parcelles nécessaires à la réalisation du projet. Dans ces conditions, et alors que la société d'économie mixte peut effectivement être bénéficiaire d'une déclaration d'utilité publique pour la réalisation de ce projet, le moyen tiré de la méconnaissance du 4° de l'article R. 181-3 du code de l'environnement doit être écarté.
10. Aux termes du 4° de l'article R. 181-13 du code de l'environnement : " La demande d'autorisation environnementale comprend les éléments communs suivants : / () 4° Une description de la nature et du volume de l'activité, l'installation, l'ouvrage ou les travaux envisagés, de ses modalités d'exécution et de fonctionnement, des procédés mis en œuvre, ainsi que l'indication de la ou des rubriques des nomenclatures dont le projet relève. Elle inclut les moyens de suivi et de surveillance, les moyens d'intervention en cas d'incident ou d'accident ainsi que les conditions de remise en état du site après exploitation et, le cas échéant, la nature, l'origine et le volume des eaux utilisées ou affectées. Elle inclut également, le cas échéant, les mesures permettant une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau notamment par le développement de la réutilisation des eaux usées traitées et de l'utilisation des eaux de pluie en remplacement de l'eau potable () ". Aux termes de l'article R. 214-1 du code de l'environnement fixant la nomenclature des installations, ouvrages, travaux ou activités soumis à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-6 du code de l'environnement : " 3.1.2.0 - Installations, ouvrages, travaux ou activités conduisant à modifier le profil en long ou le profil en travers du lit mineur d'un cours d'eau, à l'exclusion de ceux visés à la rubrique 3.1.4.0, ou conduisant à la dérivation d'un cours d'eau : / 1° Sur une longueur de cours d'eau supérieure ou égale à 100 m (A) ; / 2° Sur une longueur de cours d'eau inférieure à 100 m (D) ". Et aux termes du 2° du VI de l'article R. 181-15-1 : " VI. - Lorsqu'il s'agit d'installations utilisant l'énergie hydraulique, la demande comprend : / () 2° Une note justifiant les capacités techniques et financières du pétitionnaire et la durée d'autorisation proposée ; / () 4° () un plan des terrains submergés à la cote de retenue normale () ".
11. Le dossier de demande d'autorisation environnementale, en particulier la pièce 4 de ce dossier, prévoit que le projet en cause doit être notamment soumis à déclaration au titre du 2° du point 3.1.2.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux ou activités soumis à autorisation ou à déclaration. Dans ces conditions, et alors que le préfet et la SEM défendeurs soutiennent sans être contredits que la dérivation d'un cours d'eau constitue la modification de son profil en long ou en travers, indépendant de la notion de court-circuitage du torrent, et qu'en l'espèce, cette modification se limite à 36 mètres au niveau de la prise d'eau et 7 mètres au niveau de l'ouvrage de rejet, le moyen tiré de la méconnaissance du 4° de l'article L. 181-13 du code de l'environnement doit, sur ce point, être écarté.
12. Les associations requérantes soutiennent ensuite que les données hydrologiques sur lesquelles s'est fondé le pétitionnaire sont trop anciennes, et erronées s'agissant de celles de la Guisane, que les crues et risques de crues ont été sous-estimés, et que le niveau du débit réservé du torrent n'est, en conséquence, pas fiable. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société d'économie mixte, qui a expliqué en détail la méthode poursuivie dans la pièce 4 de sa demande, intitulée " description des futurs ouvrages et rubriques de la nomenclature correspondante ", s'est notamment fondée sur les données, certes anciennes, mais actualisées, des mesures du débit du Petit Tabuc, en les corrigeant avec les données connues de la fonte des glaciers et lacs glaciaires, en particulier celui d'Arsine, et du fait que les débits du Petit Tabuc, contrairement aux débits de la Guisane, augmentent. Par ailleurs, ce même document, d'une part, souligne les caractéristiques du torrent du Petit Tabuc, et les estime propices à l'étalement des crues, et d'autre part modélise les effets du changement climatique, conduisant à une disparition des glaciers et une modification du régime hydrologique du torrent. Ces éléments ont ainsi été pris en compte pour déterminer les risques de crue, ainsi que leur ampleur.
13. Il résulte également de l'instruction que si, au sein du résumé non technique de l'étude d'impact, il est succinctement indiqué que les véhicules ne traverseront pas le hameau du Casset pendant les travaux, le point 4.1.6, intitulé " voies de communication ", de l'étude d'impact, ainsi que le paragraphe IV.7) " emprise des travaux, accès, planning et gestion du dossier " de la pièce 4 " description technique des ouvrages " du dossier de demande détaille précisément les modalités d'accès au chantier, par le hameau du Casset, dont il n'est pas contesté qu'il s'agit du seul accès envisageable, ainsi que les mesures prévues pour limiter les nuisances pour les riverains pendant la période maximale de deux ans pendant laquelle les travaux se dérouleront.
14. Si les associations requérantes soutiennent que le dossier de demande d'autorisation environnementale est insuffisamment précis quant aux effets positifs espérés de l'installation, le volume de l'activité de l'installation hydroélectrique est envisagé notamment aux points III.12) et V.1) de la pièce 4 susmentionnée du dossier de demande d'autorisation.
15. Le dossier de demande d'autorisation environnementale précise également les capacités techniques et financières du pétitionnaire dans sa pièce 1, notamment les modes de direction et de participation de la société d'économie mixte, son chiffre d'affaire annuel moyen, les ouvrages exploités, ainsi que les moyens de surveillance et d'intervention dans la pièce 7 du dossier. Le plan PT3 de la pièce 6 du dossier de demande d'autorisation environnementale matérialise les terrains submergés à la cote de retenue normale.
16. Enfin, les associations requérantes ne peuvent utilement se prévaloir de l'absence de planche en trois dimensions au dossier de demande, ainsi que des motifs de l'abandon des projets précédemment envisagés.
17. Il résulte de l'instruction que les modalités de remise en état du site après les travaux d'enfouissement de la dérivation de l'eau sont prévues, en vue de l'exploitation de la microcentrale. Si le dossier de demande d'autorisation environnementale ne prévoit pas expressément les conditions de remise en état du site à la fin de l'exploitation, l'arrêté en litige renvoie à cet égard vers un projet de remise en état à établir lorsque l'arrêt des installations sera envisagé. Dans ces conditions, et alors que la durée d'exploitation de l'installation de quarante ans ne permet pas de définir précisément les modalités de remise en état, qui seront prescrites en fin d'exploitation, cette omission ne peut être regardée comme ayant eu pour effet de nuire à l'information complète de la population, ou d'avoir exercé une influence sur la décision en litige.
18. Aux termes de l'article R. 214-8 du code de l'environnement : " Lorsque la déclaration d'utilité publique est requise au titre de l'article L. 531-6 du code de l'énergie, l'enquête prévue à l'article R. 181-36 vaut enquête préalable à cette déclaration. Le dossier mis à l'enquête contient alors : / a) Un plan indiquant le périmètre à l'intérieur duquel pourront être appliquées les dispositions prévues à la section 3 du chapitre Ier du titre II du livre V du code de l'énergie ; / b) Un tableau des indemnités pour droits à l'usage de l'eau non exercés que le pétitionnaire propose en faveur des riverains intéressés au titre de l'article L. 521-14 de ce même code ; / c) Les propositions de restitutions en nature des droits à l'usage de l'eau déjà exercés et les plans des terrains soumis à des servitudes pour ces restitutions prévues par ce même article L. 521-14 ; / d) L'avis du service des domaines ".
19. Le plan des emprises du projet matérialisant les parcelles sur lesquelles le projet a un impact, soit pour la construction des ouvrages de prise d'eau et de centrale, soit pour l'enfouissement des conduites, figure notamment dans la pièce 6, intitulée " cartes et plans " du dossier de demande d'autorisation environnementale, et le dossier comprend également un tableau des parcelles concernées et leurs propriétaires. Par ailleurs, alors que l'avis du service des domaines a été recueilli le 18 mai 2017 et qu'il sera actualisé lorsque les enquêtes parcellaires complémentaires seront envisagées, l'absence de cet avis dans les pièces du dossier soumis à enquête publique n'a pas été de nature à nuire à l'information du public ni à exercer une influence sur le sens de la décision. Dans ces conditions, et alors qu'aucun droit n'est accordé pour l'usage de l'eau du torrent du Petit Tabuc, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 214-8 du code de l'environnement doit être écarté.
20. Le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande d'autorisation environnementale, pris en ses différentes branches, doit, par suite, être écarté.
S'agissant de l'étude d'impact :
21. Aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () 2° Une description du projet, y compris en particulier : / - une description de la localisation du projet ; / - une description des caractéristiques physiques de l'ensemble du projet () et des exigences en matière d'utilisation des terres lors des phases de construction et de fonctionnement ; / - une description des principales caractéristiques de la phase opérationnelle du projet, relatives au procédé de fabrication, à la demande et l'utilisation d'énergie, la nature et les quantités des matériaux et des ressources naturelles utilisés ; / - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement. / () 3° Une description des aspects pertinents de l'état actuel de l'environnement, dénommée "scénario de référence", et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport au scénario de référence peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; / 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : / a) De la construction et de l'existence du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition ; / b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; / c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; / d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; / e) Du cumul des incidences avec d'autres projets existants ou approuvés, en tenant compte le cas échéant des problèmes environnementaux relatifs à l'utilisation des ressources naturelles et des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement susceptibles d'être touchées. () / f) Des incidences du projet sur le climat et de la vulnérabilité du projet au changement climatique ; / g) Des technologies et des substances utilisées. / La description des éventuelles incidences notables sur les facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 porte sur les effets directs et, le cas échéant, sur les effets indirects secondaires, cumulatifs, transfrontaliers, à court, moyen et long termes, permanents et temporaires, positifs et négatifs du projet ; / 6° Une description des incidences négatives notables attendues du projet sur l'environnement qui résultent de la vulnérabilité du projet à des risques d'accidents ou de catastrophes majeurs en rapport avec le projet concerné. Cette description comprend le cas échéant les mesures envisagées pour éviter ou réduire les incidences négatives notables de ces événements sur l'environnement et le détail de la préparation et de la réponse envisagée à ces situations d'urgence ; / 7° Une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine ; / 8° Les mesures prévues par le maître de l'ouvrage pour : / - éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine et réduire les effets n'ayant pu être évités ; / - compenser, lorsque cela est possible, les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, le maître d'ouvrage justifie cette impossibilité. / La description de ces mesures doit être accompagnée de l'estimation des dépenses correspondantes, de l'exposé des effets attendus de ces mesures à l'égard des impacts du projet sur les éléments mentionnés au 5° ; / 9° Le cas échéant, les modalités de suivi des mesures d'évitement, de réduction et de compensation proposées ; / 10° Une description des méthodes de prévision ou des éléments probants utilisés pour identifier et évaluer les incidences notables sur l'environnement ; / 11° Les noms, qualités et qualifications du ou des experts qui ont préparé l'étude d'impact et les études ayant contribué à sa réalisation ; / 12° Lorsque certains des éléments requis ci-dessus figurent dans l'étude de maîtrise des risques pour les installations nucléaires de base ou dans l'étude des dangers pour les installations classées pour la protection de l'environnement, il en est fait état dans l'étude d'impact. / () V. - Pour les projets soumis à une étude d'incidences en application des dispositions du chapitre IV du titre Ier du livre IV, le formulaire d'examen au cas par cas tient lieu d'évaluation des incidences Natura 2000 lorsqu'il permet d'établir l'absence d'incidence sur tout site Natura 2000. S'il apparaît après examen au cas par cas que le projet est susceptible d'avoir des incidences significatives sur un ou plusieurs sites Natura 2000 ou si le projet est soumis à évaluation des incidences systématique en application des dispositions précitées, le maître d'ouvrage fournit les éléments exigés par l'article R. 414-23. L'étude d'impact tient lieu d'évaluation des incidences Natura 2000 si elle contient les éléments exigés par l'article R. 414-23. / () VIII. - Afin de veiller à l'exhaustivité et à la qualité de l'étude d'impact : / a) Le maître d'ouvrage s'assure que celle-ci est préparée par des experts compétents ; / b) L'autorité compétente veille à disposer d'une expertise suffisante pour examiner l'étude d'impact ou recourt si besoin à une telle expertise ; / c) Si nécessaire, l'autorité compétente demande au maître d'ouvrage des informations supplémentaires à celles fournies dans l'étude d'impact, mentionnées au II et directement utiles à l'élaboration et à la motivation de sa décision sur les incidences notables du projet sur l'environnement prévue au I de l'article L. 122-1-1 ".
22. Si les requérantes soutiennent que l'étude d'impact est insuffisante du fait des contradictions relatives au passage des véhicules, en particulier pendant les travaux, cette branche du moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 122-5 doit être écartée pour les motifs exposés au point 13.
23. Les associations requérantes soutiennent que l'altitude retenue de la source du torrent du Petit Tabuc est erronée, et corrélativement, que la longueur de ce cours d'eau est sous-estimée, ce qui aurait pour effet de minimiser la proportion du tronçon court-circuité. Toutefois, alors que le tronçon du torrent affecté au projet demeure inférieur à 12% de sa longueur totale, le fait qu'ait été mentionnée, dans l'étude d'impact, la valeur de 10%, ne constitue pas une irrégularité qui aurait pu nuire à l'information complète de la population ou de nature à exercer une influence sur la décision.
24. Pour établir les débits de l'eau dans le torrent, à partir desquels est calculé le débit réservé, la société EDSB s'est fondée sur des données relevées dans le torrent du Petit Tabuc ponctuellement en 1980 puis automatiquement entre 1981 et 1991, considérant que les données plus récentes disponibles pour d'autres torrents, et notamment celui de la Guisane, dont le Petit Tabuc est un affluent, n'étaient pas transposables pour l'étude du Petit Tabuc du fait de la nature distincte des deux cours d'eau, le Petit Tabuc étant de nature glaciaire et la Guisane nivale. Si les requérantes soutiennent que le débit risque d'être sous-estimé du fait de l'ancienneté et de l'obsolescence de ces mesures, il résulte de l'instruction que le pétitionnaire a pris en considération le phénomène de fonte des glaces, qui augmente les débits de fonte d'été, la limitation de l'intensité et de la durée des étiages hivernaux due aux pluies à basse altitude, et a envisagé la disparition des glaciers du Casset et d'Arsine. Par ailleurs, des actualisations des débits constatés sont prévues pendant l'exploitation. Dans ces conditions, les modalités de détermination des données hydrologiques du torrent en cause étant détaillées, le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact quant aux crues et au débit doit être écarté.
25. Il résulte en outre de l'instruction que l'étude d'impact prend en compte les écoulements, souterrains ou superficiels, sur lesquels le projet serait susceptible d'avoir un impact, afin notamment d'éviter les drainages.
26. Les requérantes soutiennent que l'étude d'impact décrit insuffisamment l'impact du projet sur l'équilibre sédimentaire du cours d'eau. Toutefois, le dossier de demande d'autorisation environnementale prévoit que l'aménagement projeté ne crée pas de déséquilibre sédimentaire en raison du type de prise d'eau, " par en-dessous " et de sa gestion par chasse de dégravoiement. La société EDSB a également, dans sa réponse à l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale, précisé que les résultats de l'analyse granulométrique du torrent font état d'un diamètre moyen de particule de 7 cm. Les requérantes ne sont ainsi pas fondées à soutenir que l'étude d'impact serait insuffisante, ni que ces insuffisances auraient eu un impact sur l'information du public, lequel a été également destinataire des réponses à l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale.
27. Si une station d'étude des caractéristiques fonctionnelles et morphologiques du torrent se situe en amont du torrent du Petit Tabuc, sur le torrent du Casset, qui en est un affluent, cette station a principalement été utilisée pour recenser le peuplement invertébré en vue d'ajuster les mesures éventuelles à envisager. Les deux autres stations utilisées, placées sur le tronçon court-circuité pour la première et en aval de ce tronçon pour la seconde, sur le torrent du Petit Tabuc, ont révélé un très bon état physico-chimique des eaux, ainsi qu'un bon, voire très bon état de peuplement invertébré. Si la qualité de l'eau peut être réduite en prenant en compte l'" indice poisson rivière ", cet indice n'est pas adapté à l'observation de la population piscicole en torrents, mais il résulte des termes mêmes de l'étude d'impact qu'elle envisage également la bonne qualité du torrent sans prendre en compte l'indice poisson rivière.
28. L'étude d'impact décrit par ailleurs l'état initial de l'environnement aquatique d'une part, en particulier la physico-chimie et la thermie des eaux, le recensement des invertébrés observés sur le site, le peuplement piscicole, et l'environnement terrestre d'autre part, la flore et la faune. Les requérantes font également valoir que l'étude d'impact a insuffisamment pris en compte ces éléments, notamment compte tenu du fait que le torrent du glacier du Casset sur lequel ont été recensées des données quant au peuplement invertébré n'accueillait pas nécessairement des populations identiques au Petit Tabuc, et plus généralement que la description du milieu naturel aquatique est insuffisante, et qu'aucun inventaire de la végétation aquatique n'a été réalisé. Toutefois, l'étude d'impact relève les modalités d'implantation de la flore aquatique dans le Petit Tabuc, notamment l'absence de plantes dites supérieures, ainsi que la présence de mousses et d'algues. L'étude d'impact précise également qu'entre quatorze et dix-neuf taxons d'invertébrés ont été relevés sur site, sur les trois stations mentionnées au point précédent, en constatant que la qualité biologique du torrent du Petit Tabuc est bonne pour l'ensemble des stations échantillonnées. Si l'étude d'impact ne mentionne pas précisément l'espèce de musaraigne qui a été observée, à une seule reprise, lors des trois campagnes d'inventaires faunistiques réalisées en 2012 en six points, cela n'est pas de nature à nuire à la compréhension de l'étude d'impact ni d'exercer une influence sur le sens de la décision. Enfin, l'étude d'impact relève que le cincle plongeur, espèce avienne, a été observé à trois reprises aux points avals du tronçon en cause.
29. Si le Petit Tabuc figure, ainsi que le soutiennent les requérantes, sur la liste fixée par le préfet des Hautes-Alpes par arrêté du 27 décembre 2012 portant délimitation des zones de frayère, entre la confluence du torrent du glacier du Casset et la confluence de la Guisane, concernant la truite Fario, il résulte de l'étude d'impact que cette population a été prise en compte, bien que l'enjeu piscicole ait été évalué comme faible. En particulier, d'une part, si deux des trois stations d'étude ne figuraient pas sur le tronçon court-circuité, deux des trois stations étaient situées dans les zones de frai délimitées par l'arrêté susmentionné, et d'autre part, les frayères ont été observées en aval du site du projet, ce qui correspond par ailleurs aux inventaires réalisés sur les trois sites.
30. Il résulte des expertises floristiques réalisées particulièrement en août 2013 et juillet 2014, que des relevés ont été réalisés sur la zone humide située en aval du projet, zone humide sur laquelle le projet aura un impact, compte tenu de la création d'un canal de fuite en sortie de la centrale de production.
31. Si les requérantes soutiennent que certaines espèces pourtant protégées, telles que le saule de Lagger, n'ont pas été relevées, et produisent à l'appui un constat d'huissier accompagné d'un botaniste, il résulte toutefois de l'instruction que le saule repéré est éloigné de 35 mètres de l'emprise maximale du projet. Par ailleurs, les requérantes se prévalent de l'insuffisance de la description de l'état actuel de l'environnement, dès lors qu'aucun inventaire spécifique sur les chiroptères, bryophytes non aquatiques, lichens et champignons non lichenisés n'a été réalisé. Toutefois, alors que l'étude d'impact est proportionnée aux enjeux du site, il ne résulte pas du seul avis d'Arnica Montana émis le 5 août 2019, certes repris sur ce point par le commissaire enquêteur, que ces espèces, dont le lichen, qui se trouverait " dans un secteur proche du Monêtier-les-Bains ", auraient dû faire l'objet d'un inventaire particulier. Les observations de certaines espèces de chiroptères, ou encore de la chouette de Tengmalm, non à proximité immédiate du site, mais dans un périmètre plus large, établies par les requérantes, ne permettent pas davantage de considérer que la description de l'état initial de l'environnement telle que réalisée dans l'étude d'impact aurait été insuffisante.
32. Il résulte de l'étude d'impact que si le tourisme hivernal est présenté comme dominant sur le territoire de la commune de Le Monêtier-les-Bains du fait de la présence de la station de sports d'hiver de Serre-Chevalier, le tourisme estival est pris en compte, notamment par la préservation du sentier de grande randonnée n°54 en rive droite du torrent, ainsi que par la limitation des travaux d'installation du site en été, afin de ne pas gêner ce tourisme estival.
33. Enfin, les niveaux de sensibilité des enjeux ont été définis, notamment quant à la géomorphologie, l'hydrologie, l'hydrogéologie, la qualité physico-chimique des eaux, la qualité hydrobiologique des eaux, les usages liés à l'eau, les milieux naturels terrestres, les paysages et nuisances. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que les niveaux de sensibilité des enjeux aient été sous-évalués, et d'autre part, lorsqu'aucun niveau de sensibilité n'a été établi, en particulier concernant la fréquentation touristique et récréative, ou encore les continuités et fonctionnalités écologiques, ces notions sont présentes dans l'étude d'impact, le tracé de la conduite évitant le sentier de grande randonnée, les travaux étant réduits en période estivale, les trames verte et bleue étant prises en compte.
34. Les requérantes font valoir que les impacts du projet sont insuffisamment présentés dans l'étude d'impact, s'agissant des impacts sur l'eau en phase chantier, sur la faune piscicole, sur la flore et la faune terrestre, sur les habitats naturels, sur le paysage, sur les risques naturels et le risque d'inondation, sur l'alimentation en eau potable du hameau, sur la fréquentation touristique et récréative et sur la vulnérabilité climatique. Toutefois, les impacts du projet sur chacun de ces items sont présentés par l'étude d'impact. En particulier, l'éventuelle pollution accidentelle de l'eau en phase chantier est prévue par l'étude d'impact. Cette étude retient également que le débit réservé ainsi que le caractère quasi apiscicole du tronçon permettent de considérer qu'il n'y a pas d'incidence sensible du projet sur la faune piscicole. Compte tenu de ce qui a été dit au point 24, il ne peut être considéré que ces données seraient erronées ou sous-estimées, et le débit réservé permettra de maintenir un état suffisant de la faune piscicole présente sur le site. Si les requérantes se prévalent d'avis de personnalités qualifiées pour soutenir que la vitesse de régénération lente de la flore alpine et l'absence d'analyse de l'état initial fiable ne permettent pas de considérer que les impacts du projet sur la flore terrestre sont faibles, il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points 30 et suivants que l'étude d'impact a suffisamment dressé l'état initial de l'environnement s'agissant de la flore terrestre. Les allégations des requérantes s'agissant notamment du saule de Lagger doivent être écartées pour les motifs exposées au point 31. Le maintien d'un débit réservé du cours d'eau permettra en outre de conserver l'humidité du site. Si le cincle plongeur a été identifié comme une espèce directement liée au cours d'eau, ainsi que la bergeronnette des ruisseaux, l'impact du projet sur ces espèces a été estimée faible compte tenu du faible risque d'incidence du projet sur les invertébrés aquatiques, leur nourriture privilégiée. S'agissant des effets du projet sur la faune terrestre, il résulte de l'instruction que l'état initial de l'environnement est suffisant, et si peu d'espèces ont été recensées, les tableaux et cartes produits par les parties montrent, en particulier, que les chiroptères ou la chouette de Tengmalm ne sont pas spécifiquement présents dans l'aire élargie du projet, et que l'absence de telles espèces dans les impacts du projet ne peut conduire à considérer que l'étude d'impact serait insuffisante sur ce point. Les requérantes soutiennent que l'impact du projet sur les habitats naturels situés à proximité n'est pas suffisamment présenté. Toutefois, les effets du projet sur les habitats spécifiques que constituent les prairies de fauche et les mélézins sont mentionnés dans l'étude d'impact. Il ne résulte en particulier pas de l'instruction que des habitats naturels spécifiques auraient été omis, ni les effets du projet sur ces habitats. L'étude d'impact a également prévu les effets négatifs du projet sur le paysage, dès lors qu'il est mentionné que la prise d'eau demeurera perceptible, de même que la centrale. Les effets du projet sur l'alimentation en eau du hameau du Casset sont pris en considération dans l'étude d'impact, et les risques, notamment en cas de mauvaise gestion des lubrifiants nécessaires au fonctionnement des machines tournantes, sont mentionnés. Le risque inondation, tel qu'il résulte en particulier du plan de prévention des risques, a été pris en considération au point 4.1.5.2.2 de l'étude d'impact, et des mesures, notamment techniques, ont été définies afin de limiter ce risque. Il résulte enfin de l'étude d'impact qu'elle présente les effets du projet sur la fréquentation touristique et récréative, indiquant notamment que les effets les plus notables seront liés à la construction de la prise d'eau et de la centrale, la phase d'exploitation du projet n'étant pas aussi sensible dès lors que le caractère torrentiel du Petit Tabuc sera préservé.
35. Si l'étude d'impact prévoit un système de retenue d'eau d'un volume " à terme " de 20 m3, la pièce 4 du dossier de demande d'autorisation, intitulée " description technique des ouvrages " explique d'une part que l'installation disposera d'une prise d'eau au fil de l'eau, et que le système de retenue aura un volume maximum stockable de 60 m3. Il résulte toutefois de l'instruction que ces données ne sont pas incompatibles, dès lors que la différence de volume s'explique par un comblement naturel de la retenue par les sédiments transportés par le torrent. Dans ces conditions, ces éléments tels qu'exposés dans le dossier de demande d'autorisation environnementale ne sont pas de nature à avoir privé le public d'une information, ou exercé une influence sur la décision préfectorale en litige.
36. Si le pétitionnaire présente, dans l'état initial de l'environnement, le risque d'avalanches sur le site, à la croisée des principales avalanches dans le domaine d'influence du projet, il ne résulte pas de l'instruction que le projet aurait un impact sur les risques d'avalanche, alors au demeurant que les parcelles défrichées ponctuellement en vue de la réalisation d'une piste et de l'enfouissement des conduites se trouvent d'ores et déjà dans un couloir d'avalanche et sont à ce titre constituées de végétation plutôt jeune.
37. Les associations requérantes soutiennent ensuite que les mesures d'évitement, de réduction et de compensation (ERC) des impacts du projet sur l'environnement sont insuffisantes. Toutefois, l'étude d'impact prévoit, en phase chantier, plusieurs mesures et notamment le phasage des travaux, la définition d'une zone étanche destinée à recevoir les matériaux, l'ensemencement des espaces d'enfouissement de la conduite forcée, la pose de filets de protection pour les espèces particulièrement identifiées et sensibles telles que les œillets des chartreux et les orchis pâles, et des mesures particulières concernant le lis martagon, les narcisses des poètes et la gentiane jaune, telles que la limitation stricte des emprises ou le stockage séparé de la terre végétale avec les bulbes et graines. Si aucune mesure n'est prévue concernant la faune terrestre, il résulte de l'instruction que les impacts du chantier sur cette faune seront très modérés du fait d'interventions localisées dans l'espace et dans le temps. En phase d'exploitation, l'étude d'impact mentionne les mesures de mise en place d'un débit réservé, d'un suivi des débits à la prise d'eau, d'un suivi post-aménagement à la demande expresse de l'administration, d'enterrement des réseaux sous les pistes existantes et d'insertion paysagère. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que le trafic routier sera important uniquement pendant la phase de travaux. Dès lors, l'absence de mesure ERC concernant la réduction des impacts du trafic en phase d'exploitation n'est pas de nature à entacher l'étude d'impact d'illégalité. Alors que l'étude d'impact ne relève pas davantage d'impact notable du projet sur le milieu aquatique, dès lors qu'un débit réservé sera conservé et que le lit du torrent demeurera inchangé, il ne résulte ainsi pas de l'instruction que des mesures d'évitement, de réduction ou de compensation aient été nécessaires sur ce point. En outre, si l'étude d'impact ne prévoit pas de mesure spécifique d'évitement concernant les poissons, il résulte de l'instruction que le cours d'eau initial n'est pas substantiellement modifié à cet égard. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'étude d'impact serait insuffisante.
38. L'étude d'impact présente les trois variantes envisagées pour le projet et détaille les raisons, notamment environnementales, pour lesquelles deux d'entre elles n'ont pas été retenues. Par ailleurs, le pétitionnaire explique, dans sa réponse à l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale, que le choix d'implantation de la prise d'eau est " un compromis entre la taille du bassin versant, la hauteur de chute, la topographie du site, l'accessibilité et l'implantation de la conduite forcée enterrée, et la minimisation des impacts environnementaux ". En outre, il résulte de l'instruction que l'ouvrage de la prise d'eau est accessible à pied, que l'énergie produite sera évacuée sur un poste ENEDIS situé à proximité, et que la centrale sera implantée en bordure d'une voie communale très facilement accessible. Dans ces conditions, et alors que l'aménagement de la microcentrale a en outre reçu l'approbation de la commune du Monêtier-les-Bains, il ne résulte pas de l'instruction que l'étude des solutions d'implantation de la microcentrale hydroélectrique projetée aurait été insuffisante.
39. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact, pris en ses différentes branches, doit être écarté.
S'agissant de l'évaluation des incidences Natura 2000 :
40. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'ils sont susceptibles d'affecter de manière significative un site Natura 2000, individuellement ou en raison de leurs effets cumulés, doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences au regard des objectifs de conservation du site, dénommée ci-après " Evaluation des incidences Natura 2000 " : / () 2° Les programmes ou projets d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations () / VI. - L'autorité chargée d'autoriser, d'approuver ou de recevoir la déclaration s'oppose à tout document de planification, programme, projet, manifestation ou intervention si l'évaluation des incidences requise en application des III, IV et IV bis n'a pas été réalisée, si elle se révèle insuffisante ou s'il en résulte que leur réalisation porterait atteinte aux objectifs de conservation d'un site Natura 2000 () ".
41. Le dossier de demande d'autorisation environnementale comporte une étude d'impact au titre des sites Natura 2000, laquelle, conformément aux dispositions de l'article R. 414-23 du code de l'environnement, propose un exposé sommaire des raisons pour lesquelles le projet de microcentrale hydroélectrique est ou non susceptible d'avoir une incidence sur un ou plusieurs sites Natura 2000. Il désigne les zones spéciales de conservation de Combeynot-Lautaret-Ecrins et de Clarée, au titre de la directive " habitats faune flore ", ainsi que la zone de protection spéciale des Ecrins, au titre de la directive " oiseaux ", qui se situent à proximité de l'emprise du projet, sans toutefois se chevaucher, en concluant à " un impact global très limité au regard de l'intérêt environnemental du site ", du fait de la présence de deux habitats communautaires, non prioritaires toutefois, dans l'emprise directe du projet, à savoir les prairies de fauche de montagne et les mélézins. Les requérantes soutiennent que cet exposé ne fait pas mention des chiroptères ni de la chouette de Tengmalm. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 31, la chouette de Tengmalm n'a pas été recensée dans l'aire du projet, et il ne résulte pas de l'instruction que le projet pourrait avoir un impact sur cette espèce. Par ailleurs, si plusieurs espèces de chiroptères, notamment le myotis daubentoni, le nyctalus leisleri ou encore le pipistrellus pipistrellus, sont mentionnées dans le formulaire standard de données de la zone spéciale de conservation " Combeynot-Lautaret-Ecrins ", mais ne figurent pas dans l'étude d'impact, il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier des cartes matérialisant ces zones par rapport à l'emprise du projet, que le projet en cause serait susceptible d'avoir une incidence sur ces espèces, qui au demeurant, ne bénéficient pas d'une protection particulière. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'étude d'impact au titre des sites Natura 2000 est insuffisante.
S'agissant des avis :
42. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " () V.- Lorsqu'un projet est soumis à évaluation environnementale, le dossier présentant le projet comprenant l'étude d'impact et la demande d'autorisation déposée est transmis pour avis à l'autorité environnementale ainsi qu'aux collectivités territoriales et à leurs groupements intéressés par le projet. / Les avis des collectivités territoriales et de leurs groupements, dès leur adoption, ou l'information relative à l'absence d'observations émises dans le délai fixé par décret en Conseil d'Etat sont mis à la disposition du public sur le site internet de l'autorité compétente lorsque cette dernière dispose d'un tel site ou, à défaut, sur le site de la préfecture du département. / L'avis de l'autorité environnementale fait l'objet d'une réponse écrite de la part du maître d'ouvrage () ".
43. Si les requérantes soutiennent que l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale est incomplet dès lors que cette autorité n'avait pas été destinataire de l'évaluation des incidences environnementales sur les zones Natura 2000, il ne résulte pas de l'instruction que la mission régionale d'autorité environnementale aurait sollicité une telle pièce avant de rendre son avis, alors que le préfet et l'exploitant soutiennent quant à eux que le dossier, qui comporte effectivement une étude d'impact au titre des sites Natura 2000, au demeurant produite par les requérantes elles-mêmes, était complet. Il résulte par ailleurs des termes mêmes de l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale que " les éléments présentés ne lui permettaient pas de conclure sur l'absence d'incidence du projet sur les habitats et espèces ayant justifié le classement des sites Natura 2000 à proximité ". Alors que cet avis doit être ainsi regardé comme défavorable au projet, et qu'en tout état de cause, reste critique, en son point 2.2, à propos de l'analyse de la biodiversité, le moyen tiré de ce que l'avis aurait été insuffisant du fait de l'incomplétude du dossier doit être écarté.
44. Aux termes de l'article L. 331-4 du code de l'environnement : " II. - Les travaux ou aménagements projetés en dehors du cœur du parc, sur le territoire des communes ayant vocation à adhérer au parc national déterminé en application du 2° de l'article L. 331-2, qui doivent être précédés d'une évaluation environnementale en application de l'article L. 122-1 ou qui sont soumis à une autorisation en application de l'article L. 214-1 ou de l'article L. 512-1 et qui sont de nature à affecter de façon notable le cœur ou les espaces maritimes du parc national, ne peuvent être autorisés ou approuvés que sur avis conforme de l'établissement public du parc émis après consultation de son conseil scientifique. / Cet avis n'est pas requis lorsque ces travaux et aménagements se rattachent à des travaux soumis à autorisation spéciale en application du I. Ces travaux et aménagements ne peuvent cependant être autorisés ou approuvés avant la délivrance de l'autorisation spéciale qui édicte, s'il y a lieu, les prescriptions qui leur sont applicables () ".
45. Le directeur du parc national des Ecrins a, le 15 novembre 2019, rendu un avis sur le projet envisagé en soulignant que le projet ne se situe pas en cœur du parc naturel, et qu'aucun enjeu spécifique lié à la biodiversité n'avait été mis en exergue lors des phases d'inventaires, auxquelles les services de l'établissement public du parc national des Ecrins ont participé. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le projet affecterait de façon notable le cœur du parc, et ainsi qu'un avis conforme du Parc national des écrins, précédé d'un avis du conseil scientifique, aurait été requis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du II de l'article L. 331-4 du code de l'environnement doit être écarté.
S'agissant de l'enquête publique :
46. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. / Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête transmet à l'autorité compétente pour organiser l'enquête l'exemplaire du dossier de l'enquête déposé au siège de l'enquête, accompagné du ou des registres et pièces annexées, avec le rapport et les conclusions motivées. Il transmet simultanément une copie du rapport et des conclusions motivées au président du tribunal administratif. / Si, dans un délai de trente jours à compter de la date de clôture de l'enquête, le commissaire enquêteur n'a pas remis son rapport et ses conclusions motivées, ni présenté à l'autorité compétente pour organiser l'enquête, conformément à la faculté qui lui est octroyée à l'article L. 123-15, une demande motivée de report de ce délai, il est fait application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 123-15 ".
47. Il résulte de l'instruction que le rapport d'enquête établi par le commissaire-enquêteur comporte les mentions rendues obligatoires par le deuxième alinéa de l'article R. 123-9 du code de l'environnement précité, et prévoit notamment les caractéristiques du site et du projet, l'identité du pétitionnaire, les modalités de concertation, liste les documents joints au dossier d'enquête, le déroulement de l'enquête publique, les avis des personnes publiques associées ainsi que le procès-verbal de synthèse des déclarations et réclamations, mentionnées sur le registre, apportées oralement ou recueillies par courrier ou par voie électronique, procès-verbal sur lequel le commissaire enquêteur a listé les thématiques abordées par le public, ainsi que les réponses du pétitionnaire, le cas échéant. S'il a également indiqué que le dossier d'étude d'impact est conforme à l'article R. 122-5 du code de l'environnement, cela n'a pas pour effet de vicier le rapport. Par ailleurs, le commissaire-enquêteur a dressé ses conclusions motivées en faveur du projet, tout en les assortissant de deux réserves et d'une recommandation. Il ne résulte enfin pas de l'instruction que le commissaire-enquêteur, qui a livré son appréciation, ait été partial. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'arrêté en litige :
48. Aux termes de l'article L. 214-18 du code de l'environnement : " I.- Tout ouvrage à construire dans le lit d'un cours d'eau doit comporter des dispositifs maintenant dans ce lit un débit minimal garantissant en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces vivant dans les eaux au moment de l'installation de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, des dispositifs empêchant la pénétration du poisson dans les canaux d'amenée et de fuite. / Ce débit minimal ne doit pas être inférieur au dixième du module du cours d'eau en aval immédiat ou au droit de l'ouvrage correspondant au débit moyen interannuel, évalué à partir des informations disponibles portant sur une période minimale de cinq années, ou au débit à l'amont immédiat de l'ouvrage, si celui-ci est inférieur. () / II.- Les actes d'autorisation ou de concession peuvent fixer des valeurs de débit minimal différentes selon les périodes de l'année, sous réserve que la moyenne annuelle de ces valeurs ne soit pas inférieure aux débits minimaux fixés en application du I. En outre, le débit le plus bas doit rester supérieur à la moitié des débits minimaux précités. / Lorsqu'un cours d'eau ou une section de cours d'eau est soumis à un étiage naturel exceptionnel, l'autorité administrative peut fixer, pour cette période d'étiage, des débits minimaux temporaires inférieurs aux débits minimaux prévus au I. / III.- L'exploitant de l'ouvrage est tenu d'assurer le fonctionnement et l'entretien des dispositifs garantissant dans le lit du cours d'eau les débits minimaux définis aux alinéas précédents () ".
49. Pour fixer le débit réservé au seuil de 181 litres par seconde (l/s), la préfète des Hautes-Alpes a considéré, de même que l'agence française pour la biodiversité, que cette valeur proposée par le pétitionnaire, correspondant au sixième du module du cours d'eau, était acceptable. Cette valeur a été établie en application de la méthode dite des microhabitats, fondée sur les exigences des truites Fario en fonction de la profondeur, la vitesse et la nature des fonds, et qui permet de simuler l'évolution de l'habitat piscicole. Toutefois, le débit réservé a été fixé à un niveau inférieur à la valeur du débit mensuel d'étiage atteint pendant une période de cinq ans (débit (Q) mensuel (M) minimal (N) de chaque année civile (A) calculé pour une durée de cinq ans), estimé par le pétitionnaire entre 143 et 258 l/s, et notamment à 233 l/s à la prise d'eau, alors que le débit minimum biologique du torrent, qui ne peut être considéré comme atteint à un débit inférieur à ce QMNA5, compte tenu des espèces qui y vivent ou qui s'y nourrissent, notamment le cincle plongeur, ainsi que la truite fario, pour laquelle le tronçon en cause a été érigé en zone de frai par l'arrêté du 27 décembre 2012 visé ci-dessus. Si le pétitionnaire fait valoir que la centrale ne sera pas activée à moins de 266 l/s du fait de la nécessité d'un débit de turbinage de 85 l/s pour la mise en route de la microcentrale, il résulte notamment de la fiche de synthèse que si la microcentrale ne sera en fonctionnement qu'à partir d'un débit amont supérieur à 266 l/s, elle fonctionnera alors avec le débit réservé de 181 l/s. Si le commissaire enquêteur estime, dans ses commentaires des réponses du pétitionnaire aux observations du public, que le QMNA5 n'est pas adapté à la situation du Petit Tabuc, il ne détaille pas cette assertion. En revanche, le directeur du Parc national des Ecrins, dans son avis du 15 novembre 2019, expose que le débit réservé devrait être modulé selon les périodes de l'année, en prenant en compte le débit d'étiage quinquennal pendant les mois d'hiver, afin de porter une attention particulière au bon état écologique de ce torrent pendant cette période. Par suite, il résulte de l'instruction que le débit réservé de 181 l/s est fixé à un niveau inférieur au niveau d'étiage minimal retenu pendant une période de cinq ans, sans que cette insuffisance du débit ne soit justifiée par des considérations techniques ou environnementales. Dans ces conditions, et alors même que le débit réservé serait supérieur au dixième du module du cours d'eau, les requérantes sont fondées à soutenir que le débit réservé fixé par l'arrêté en litige méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 214-18 du code de l'environnement en tant qu'il est inférieur à 233 l/s, correspondant au débit mensuel d'étiage atteint pendant une période de cinq ans. Dès lors, il y a lieu de remplacer, à l'article 3-2 de l'arrêté du 4 février 2020 en litige, la valeur de " 181 l/s " de débit maintenu à l'aval de l'ouvrage par la valeur de " 233 l/s ".
50. D'une part, en vertu du paragraphe 1 sous a) de l'article 4 de la directive n° 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau, les Etats membres, en rendant opérationnels les programmes de mesures prévus dans le plan de gestion du district hydrographique et pour ce qui concerne les eaux de surface, " i) ()mettent en œuvre les mesures nécessaires pour prévenir la détérioration de l'état de toutes les masses d'eau de surface, sous réserve de l'application des paragraphes 6 et 7 et sans préjudice du paragraphe 8 ; / ii) les États membres protègent, améliorent et restaurent toutes les masses d'eau de surface, sous réserve de l'application du point iii) en ce qui concerne les masses d'eau artificielles et fortement modifiées afin de parvenir à un bon état des eaux de surface au plus tard quinze ans après la date d'entrée en vigueur de la présente directive, conformément aux dispositions de l'annexe V, sous réserve de l'application des reports déterminés conformément au paragraphe 4 et de l'application des paragraphes 5, 6 et 7 et sans préjudice du paragraphe 8 ; / iii) les États membres protègent et améliorent toutes les masses d'eau artificielles et fortement modifiées, en vue d'obtenir un bon potentiel écologique et un bon état chimique des eaux de surface au plus tard quinze ans après la date d'entrée en vigueur de la présente directive, conformément aux dispositions énoncées à l'annexe V, sous réserve de l'application des reports déterminés conformément au paragraphe 4 et de l'application des paragraphes 5, 6 et 7 et sans préjudice du paragraphe 8 ; / () ". Par son arrêt Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland. V. contre Bundesrepublik Deutschland (C-461/13) du 1er juillet 2015, la Cour de justice de l'Union européenne a précisé la notion de détérioration de l'état d'une masse d'eau au sens de la directive 2000/60/CE du 23 octobre 2000, en retenant que l'article 4, paragraphe 1, sous a), i) à iii) " doit être interprété en ce sens que les États membres sont tenus, sous réserve de l'octroi d'une dérogation, de refuser l'autorisation d'un projet particulier lorsqu'il est susceptible de provoquer une détérioration de l'état d'une masse d'eau de surface ou lorsqu'il compromet l'obtention d'un bon état des eaux de surface ou d'un bon potentiel écologique et d'un bon état chimique de telles eaux à la date prévue par cette directive ".
51. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code de l'environnement : " IV.- Les objectifs de qualité et de quantité des eaux que fixent les schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux correspondent : / 1° Pour les eaux de surface, à l'exception des masses d'eau artificielles ou fortement modifiées par les activités humaines, à un bon état écologique et chimique ; / () 4° A la prévention de la détérioration de la qualité des eaux (). / XI.- Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux ". Et aux termes de l'article R. 212-13 du même code : " Pour l'application du 4° du IV de l'article L. 212-1, la prévention de la détérioration de la qualité des eaux consiste à faire en sorte que : / - pour l'état écologique et le potentiel écologique des eaux de surface, aucun des éléments de qualité caractérisant cet état ou ce potentiel ne soit dans un état correspondant à une classe inférieure à celle qui le caractérisait antérieurement ; / - pour l'état chimique des eaux de surface, les concentrations en polluants ne dépassent pas les normes de qualité environnementale lorsqu'elles ne les dépassaient pas antérieurement. () / Pour apprécier la compatibilité des programmes et décisions administratives mentionnées au XI de l'article L. 212-1 avec l'objectif de prévention de la détérioration de la qualité des eaux mentionné au 4° du IV du même article, il est tenu compte des mesures d'évitement et de réduction ".
52. Le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux retient un état écologique et chimique du torrent le Petit Tabuc, qui n'est pas classé comme réservoir biologique mais qui fait partie de l'aire d'influence de la Guisane, qualifié de " bon ". Il résulte de l'instruction que la morphologie du cours d'eau sera modifiée au droit du tronçon court-circuité ainsi qu'en amont et en aval. Toutefois, pour l'application de l'article 4 de la directive précitée du 23 octobre 2000, l'annexe V de cette directive prévoit les caractéristiques des cours d'eau permettant de retenir le qualificatif de " très bon état ", " bon état " ou " état moyen ", s'agissant en général des cours d'eau, ainsi que pour les éléments de qualité biologique, de qualité hydromorphologique et de qualité physico-chimique. Il ne résulte pas de l'instruction que le projet, qui ne parcourt au demeurant au maximum que 12 % du cours d'eau, conduise à dégrader les valeurs listées dans cette annexe V d'une façon telle que le niveau d'état soit dégradé de " bon " à " moyen ". Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le projet aurait dû faire l'objet d'une demande de dérogation à l'interdiction de déroger à la réduction de la qualité des eaux.
53. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces ; / 4° La destruction, l'altération ou la dégradation des sites d'intérêt géologique, notamment les cavités souterraines naturelles ou artificielles, ainsi que le prélèvement, la destruction ou la dégradation de fossiles, minéraux et concrétions présents sur ces sites () ".
54. Il résulte de l'instruction que le débit réservé permettra, une fois augmenté à une valeur correspondant a minima aux débits d'étiage, une bonne conservation des espèces faunistiques et floristiques aquatiques. Par ailleurs, l'arrêté en litige définit à l'article 5-1-2 des mesures d'accompagnement destinées à prévenir la destruction ou l'enlèvement de végétaux protégés. Si les requérantes soutiennent que le projet aura nécessairement un impact sur le saule de Lagger, il résulte de ce qui a été dit au point 31 que cette espèce n'a pas été recensée à proximité du site du projet, et que les individus listés par les requérantes ne seront pas atteints lors des phases de chantier et d'exploitation. Les requérantes font également valoir que l'apollon, la grenouille rousse, d'autres espèces d'amphibiens et de reptiles potentiels, ainsi que 27 espèces d'oiseaux pourraient être, de même que leurs habitats, touchés par le projet. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et il ne ressort pas davantage des écritures des requérantes, que ces espèces ou leurs habitats seraient certainement présents, détruits ou altérés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 411-1 du code de l'environnement doit être écarté.
55. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I.- L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas () ". Aux termes de l'article L. 211-1 du même code : " I.- Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : / 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; / 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature et plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d'accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques, chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu'il s'agisse des eaux superficielles, () ; / 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; / 4° Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ; / 5° La valorisation de l'eau comme ressource économique et, en particulier, pour le développement de la production d'électricité d'origine renouvelable ainsi que la répartition de cette ressource ; / () 7° Le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques. / () II.- La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : / 1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ; / 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ; / 3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées () ".
56. Les requérantes font valoir que le projet en litige ne garantira pas une gestion équilibrée de la ressource en eau, du fait de la dégradation du régime hydrologique du torrent, de l'aggravation du risque d'inondation dès lors que le projet n'est pas transparent, du fait de la modification de la morphologie du cours d'eau, de la température de l'eau, de la dégradation des paramètres biologiques d'abondance et de composition de la flore et de la faune aquatique ainsi que de la flore et de la faune inféodée à la qualité du milieu aquatique, du fait de la pollution accidentelle des eaux pendant les travaux, ainsi que du fait de l'impact du projet sur le captage du Petit Tabuc en vue de la desserte des habitants du Casset en eau potable. Toutefois, s'il résulte de ce qui a été dit au point 49 que le débit réservé fixé par l'arrêté en litige est insuffisant, les zones humides, les écosystèmes, et la température adéquate seront préservés dès lors que le débit réservé sera suffisant. L'arrêté en litige prévoit en outre les modalités de prévention des pollutions accidentelles, et il ne résulte pas de l'instruction que la morphologie du cours d'eau serait singulièrement modifiée. Enfin, si le dossier de demande d'autorisation environnementale mentionne l'existence d'un captage en eau potable situé au lieu-dit " Pré Poncet ", à proximité du bâtiment de production électrique, il ne résulte pas de l'instruction que le projet de microcentrale hydroélectrique ait un impact sur ce captage. Il résulte de tout ce qui précède, et alors que la valorisation de l'eau comme ressource énergétique participe également à la gestion équilibrée de la ressource en eau, que l'arrêté en litige doit être modifié en tant seulement qu'il ne prévoit pas un débit réservé suffisant.
57. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " () II. -L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent également : / () 8° La prise en compte des critères mentionnés à l'article L. 311-5 du code de l'énergie, lorsque l'autorisation environnementale tient lieu de l'autorisation d'exploiter une installation de production d'électricité en application de l'article L. 311-1 de ce code () ". Aux termes de l'article L. 311-5 du code de l'énergie : " () L'autorisation d'exploiter (une installation de production d'électricité) doit être compatible avec la programmation pluriannuelle de l'énergie ".
58. Les requérantes soutiennent que l'arrêté critiqué méconnaît la programmation pluriannuelle de l'énergie, adoptée par le décret du 21 avril 2020 visé ci-dessus, et qui prévoit que le développement de nouveaux projets de centrales hydroélectriques de faible puissance doit être évité sur les sites présentant une sensibilité environnementale particulière. Toutefois, alors que la société EDSB expose que la puissance des microcentrales qu'elle exploite actuellement ne peut être simplement augmentée ainsi que cela peut être le cas pour des centrales plus conséquentes, il ne résulte pas d'une analyse globale de la programmation pluriannuelle de l'énergie qui valorise les énergies renouvelables et envisage une augmentation de l'hydroélectricité, que l'arrêté en litige serait incompatible avec la programmation pluriannuelle de l'énergie.
59. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " II.- L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent également : / () 9° La préservation des intérêts énumérés par l'article L. 112-1 du code forestier et celle des fonctions définies à l'article L. 341-5 du même code, lorsque l'autorisation environnementale tient lieu d'autorisation de défrichement () ". Aux termes de l'article L. 112-1 du code forestier : " Les forêts, bois et arbres sont placés sous la sauvegarde de la Nation, sans préjudice des titres, droits et usages collectifs et particuliers. / Sont reconnus d'intérêt général : / 1° La protection et la mise en valeur des bois et forêts ainsi que le reboisement dans le cadre d'une gestion durable ; / 2° La conservation des ressources génétiques et de la biodiversité forestières ; / 3° La protection de la ressource en eau et de la qualité de l'air par la forêt dans le cadre d'une gestion durable ; / 4° La préservation de la qualité des sols forestiers, notamment au regard des enjeux de biodiversité, ainsi que la fixation, notamment en zone de montagne, des sols par la forêt () ". Aux termes de l'article L. 341-5 de ce code : " " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : / 1° Au maintien des terres sur les montagnes ou sur les pentes ; / 2° A la défense du sol contre les érosions et envahissements des fleuves, rivières ou torrents ; / 3° A l'existence des sources, cours d'eau et zones humides, et plus généralement à la qualité des eaux ; () / 8° A l'équilibre biologique d'une région ou d'un territoire présentant un intérêt remarquable et motivé du point de vue de la préservation des espèces animales ou végétales et de l'écosystème ou au bien-être de la population ; / 9° A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches ". Et aux termes de l'article L. 341-6 de ce même code : " () l'autorité administrative compétente de l'Etat subordonne son autorisation à l'une ou plusieurs des conditions suivantes : / 1° L'exécution, sur d'autres terrains, de travaux de boisement ou reboisement pour une surface correspondant à la surface défrichée, assortie, le cas échéant, d'un coefficient multiplicateur compris entre 1 et 5, déterminé en fonction du rôle économique, écologique et social des bois et forêts objets du défrichement, ou d'autres travaux d'amélioration sylvicoles d'un montant équivalent. Le représentant de l'Etat dans le département peut imposer que le boisement compensateur soit réalisé dans un même massif forestier ou dans un secteur écologiquement ou socialement comparable ; / 2° La remise en état boisé du terrain lorsque le défrichement a pour objet l'exploitation du sous-sol à ciel ouvert ; / 3° L'exécution de mesures ou de travaux de génie civil ou biologique en vue de réduire les impacts sur les fonctions définies à l'article L. 341-5 et exercées soit par les bois et forêts concernés par le défrichement, soit par le massif qu'ils complètent ; / 4° L'exécution de travaux ou mesures visant à réduire les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches. / L'autorité administrative compétente de l'Etat peut également conditionner son autorisation à la conservation sur le terrain de réserves boisées suffisamment importantes pour remplir les rôles utilitaires définis à l'article L. 341-5. / Le demandeur peut s'acquitter d'une obligation mentionnée au 1° du présent article en versant une indemnité équivalente, dont le montant est déterminé par l'autorité administrative et lui est notifié en même temps que la nature de cette obligation () ".
60. Il résulte des termes de l'arrêté en litige qu'il prévoit une autorisation de défrichement pour une surface totale de 750 m². Si, ainsi qu'il est soutenu par les associations requérantes, le dossier de demande d'autorisation environnementale, et en particulier sa pièce 6, intitulée " demande de défrichement ", fait état de plusieurs emprises, l'annexe 1 - plans du défrichement, montre que des emprises provisoires de chantier, de stockage, ou d'accès seront reboisées en fin de chantier, et ne sont donc pas concernés par l'autorisation de défrichement définitif. Par ailleurs, l'arrêté contesté mentionne également une surface de 2 300 m² de surface de coupe d'arbres suivies de reboisements en fin de chantier, ainsi qu'une mesure de compensation sous forme de travaux sylvicoles. Dès lors, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que les mesures prévues par l'arrêté du 4 février 2020 sont insuffisantes en ce qui concerne la protection des forêts et autre végétaux.
61. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté en litige doit être modifié en tant seulement qu'il fixe le débit réservé au seuil de 181 litres par secondes, inférieur à la valeur du débit mensuel d'étiage atteint pendant une période de cinq ans.
Sur l'éventuelle suspension de l'exécution de l'autorisation :
62. En vertu du II de l'article L. 181-18 du code de l'environnement : " En cas d'annulation ou de sursis à statuer affectant une partie seulement de l'autorisation environnementale, le juge détermine s'il y a lieu de suspendre l'exécution des parties de l'autorisation non viciées ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le juge qui sursoit à statuer pour permettre la régularisation de l'autorisation a la faculté de suspendre l'exécution de celle-ci et, d'autre part, que lorsque le vice qui motive le sursis ne concerne qu'une partie divisible de l'autorisation, cette faculté concerne à la fois cette partie et les parties non viciées.
63. Il ne résulte pas de l'instruction que les travaux de construction de la microcentrale hydroélectrique du Petit Tabuc aient débuté. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de la seule modification de l'article 3-2 de l'arrêté en litige, il n'y a pas lieu de faire usage de la faculté prévue par les dispositions précitées de suspendre l'exécution de l'autorisation délivrée à l'exploitant.
Sur les frais liés au litige :
64. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre des associations requérantes, qui ne sont pas parties perdantes. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de l'Etat et de la société Energie développement service du briançonnais le versement de la somme de 1 000 euros chacun aux associations requérantes.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention du syndicat France Hydroélectricité est admise.
Article 2 : A l'article 3-2 de l'arrêté du 4 février 2020 de la préfète des Hautes-Alpes portant autorisation environnementale, la valeur de " 181 l/s " de débit réservé à l'aval de l'ouvrage est remplacée par la valeur de " 233 l/s ".
Article 3 : L'Etat et la société Energie développement service du briançonnais verseront chacun la somme de 1 000 (mille) euros aux associations requérantes.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les amis du Casset, première dénommée en application de l'article R. 751-3 du code de justice, pour l'ensemble des requérantes, à la société anonyme d'économie mixte locale Energie développement services du Briançonnais, au préfet des Hautes-Alpes et au syndicat France hydroélectricité.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. B
Le président,
signé
J-M. LasoLe greffier,
signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026