lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2005594 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HACHEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 juillet 2020, 20 octobre 2020, 16 juin 2022 et 13 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Hachem, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 13028 19 B0111 du 27 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de la Ciotat a délivré un permis de construire à Mme C ;
2°) d'annuler l'arrêté n° PC 13028 19 B0111 M01 du 19 avril 2022 par lequel le maire de la commune de la Ciotat a délivré un permis de construire modificatif à Mme C ;
3°) de mettre à la charge de la commune de la Ciotat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et UD11 du règlement du plan local d'urbanisme communal (PLU) ;
- il méconnaît les articles L. 121-1 et suivants du code de l'urbanisme dès lors que le projet constitue une extension de l'urbanisation ;
- le projet d'extension s'appuie sur une construction initiale qui n'a pas fait l'objet d'une autorisation et cette extension est de nature à aggraver la méconnaissance de l'article UD 7 du règlement du PLU et, à supposer même que la construction initiale ait été autorisée, le projet ne la rend pas plus conforme aux règles précitées ;
- la commune devait surseoir à statuer sur ce projet eu égard aux dispositions du futur PLU intercommunal (PLUi), le projet méconnaissant notamment les article UP 1, UP 2, UP 4 et UP 7 de son règlement.
- le dossier de permis de construire est entaché d'une fraude de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet ;
- le permis de construire modificatif méconnaît l'article Up1 du règlement du PLUi.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2022, la commune de la Ciotat, représentée par la SCP Borel et Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés les 29 octobre 2020, 8 septembre 2022 et 9 novembre 2022, Mme C, représentée par Me Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 décembre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Par une lettre du 15 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré, sur le fondement de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, de l'irrecevabilité du moyen nouveau, présenté à l'encontre du permis de construire initial plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense et tiré de ce que le maire aurait dû assortir son arrêté délivrant le permis de construire initial de prescription de nature à respecter l'avis des architectes des bâtiments de France.
Par courrier du 16 avril 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Une note en délibéré a été produite pour le requérant le 22 avril 2024 et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guasch, représentant du requérant, de Me Giordano, représentant de commune de la Ciotat et de Me Chavalarias, représentant de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° PC 13028 19 B0111 du 27 janvier 2020, le maire de la commune de la Ciotat a délivré un permis de construire à Mme C en vue de la restructuration et de l'extension d'une maison existante, de l'édification d'un bâtiment de gardien et d'une annexe sur la parcelle BL97 sis 442 avenue de Fontsainte. M. A a formé un recours gracieux notifié le 26 mars 2020 à l'encontre de cette décision qui a été implicitement rejeté. Par un arrêté n° PC 13028 19 B0111 M01 du 19 avril 2022, le maire de la commune de la Ciotat a délivré un permis de construire modificatif à Mme C. M. A demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. En l'espèce, M. A est propriétaire d'une maison d'habitation sur la parcelle BL98 qui jouxte le terrain d'assiette du projet et doit ainsi être considéré, eu égard à sa localisation, voisin immédiat du projet. Si la défense expose que la façade nord de la construction principale ne sera pas surélevée, il n'en demeure pas moins que le projet prévoit la création de nombreuses fenêtres ouvrant de nouvelles vues sur la propriété de M. A. Dans ces conditions, le projet de construction est de nature à affecter les conditions d'utilisation et de jouissance du bien de M. A, qui justifie ainsi d'un intérêt à agir. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur la recevabilité d'un moyen :
5. D'une part, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ". D'autre part, l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative dispose : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai. () ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la cristallisation des moyens intervient à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense produit dans l'instance par l'un quelconque des défendeurs et que cette communication doit être réputée effectuée au plus tard deux jours après la mise à disposition par le greffe du tribunal de ce premier mémoire en défense, attestée par l'accusé de mise à disposition délivré par l'application informatique dédiée accessible par le réseau internet et mentionnée à l'article R. 414-1 du même code.
7. Il ressort des pièces du dossier que le premier mémoire en défense, présenté par la pétitionnaire, a été mis à disposition du conseil du requérant le 29 octobre 2020 par le greffe dans l'application informatique. Le moyen tiré de ce que le maire aurait dû assortir son arrêté délivrant le permis de construire initial de prescriptions de nature à respecter l'avis des architectes des bâtiments de France a été enregistré le 16 juin 2022, postérieurement au délai ouvert pour présenter de nouveaux moyens. Ce moyen est, par suite, irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le permis de construire initial :
8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans son mémoire en réplique produit devant le tribunal le 16 juin 2022, M. A a expressément abandonné le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD 11 du règlement du PLU, alors applicable : " Compte tenu de leur situation, les constructions ne doivent pas porter atteinte par leur aspect, leur architecture et leurs dimensions, au caractère des paysages naturels et urbains avoisinants. L'organisation des volumes bâtis doit s'adapter à la topographie existante. Les travaux de terrassement, d'affouillement et d'exhaussement sont strictement limités et justifiés par une insertion paysagère de qualité. En outre : dans un site classé ou inscrit, les constructions doivent respecter le caractère du site ; à proximité d'un bâtiment inscrit ou classé, les constructions ne doivent pas nuire à la conservation du caractère de l'édifice () ". Ces dispositions ont le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
10. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.
11. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé dans le site inscrit " Fontsainte - Le Liouquet ", à proximité immédiate de la plage de Fontsainte et de la Baie de la Vierge. Les constructions implantées dans cette zone sont majoritairement des maisons individuelles ou des petits collectifs en R+1. Si le requérant expose que le projet ne s'intègre pas dans son environnement dès lors qu'il est composé de 3 constructions en lieu et place de la maison existante, celles-ci sont cependant en rez-de-chaussée ou en R+1 pour la construction principale. L'avis de l'architecte des bâtiments de France a d'ailleurs rendu un avis favorable à la suite des modifications apportées par le permis de construire modificatif du 19 avril 2022. Dans ces conditions, alors qu'il est constant que le projet s'implante dans un site de caractère, il s'intègre dans son environnement et respecte les prescriptions posées par l'article UD 11 du règlement du PLU.
12. En troisième lieu, un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés et affectés à un usage non conforme aux documents et règles générales d'urbanisme n'est pas par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.
13. Le requérant soutient que les plans de la façade nord sur la partie conservée de la construction ne représenteraient pas fidèlement la réalité de sorte à faire croire aux services instructeurs qu'aucun travaux ne sera réalisé. Toutefois, il ressort du dossier de permis de construire modificatif, notamment de la notice descriptive, que cette partie de la construction ne sera plus modifiée et, à supposer même que les plans ne fassent pas état d'une légère différence de hauteur, l'autorisation d'urbanisme délivrée n'a pas pour objet d'autoriser une modification sur cette partie de la construction. Dans ces conditions, le risque que celle-ci subisse une transformation n'est pas, par elle-même et en l'absence de fraude démontrée par le requérant, de nature à affecter la légalité de l'arrêté attaqué.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage () ". Pour l'application de ces dispositions, ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significative de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces. L'espace à prendre en considération pour déterminer si un projet de construction concerne un espace urbanisé au sens de ces dispositions est constitué par l'ensemble des espaces entourant le sol sur lequel doit être édifiée la construction envisagée ou proche de celui-ci, quels qu'en soient les propriétaires.
15. Il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles citées au point précédent.
16. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité d'une autorisation d'urbanisme avec ces dispositions compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral. Dans le cas où le territoire de la commune est couvert par une directive territoriale d'aménagement (DTA), ou par un document en tenant lieu, cette conformité doit s'apprécier au regard des éventuelles prescriptions édictées par ce document d'urbanisme, sous réserve que les dispositions qu'il comporte sur les modalités d'application des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code de l'urbanisme soient, d'une part, suffisamment précises et, d'autre part, compatibles avec ces mêmes dispositions.
17. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, sur lequel est implantée une construction dont une partie sera démolie et réhabilitée, est bordé, au sud, par la mer Méditerranée et se situe, sans que cela soit contesté par la défense, dans la bande des cents mètres à compter de la limite haute du rivage. Ce terrain est situé à proximité immédiate, à l'est et à l'ouest, de plusieurs constructions, notamment de maisons individuelles et d'immeubles d'habitation ainsi qu'au nord par une route départementale. Il s'insère ainsi dans un secteur particulièrement urbanisé et anthropisé au regard de la configuration des lieux et de la voie publique qui le borde au nord. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réhabilitation de la maison existante, la création d'une maison de gardien et de chambres annexes, quand bien même cela augmenterait la surface de plancher de 187 m² à 816 m², serait de nature à entraîner une densification significative de l'espace urbanisé auquel appartient le terrain d'assiette du projet au sens et pour l'application des dispositions ci-dessus rappelées. Dans ces conditions, alors que le schéma de cohérence territorial Marseille-Provence et la directive territoriale d'aménagement des Bouches-du-Rhône ne comportent aucune indication suffisamment précise sur l'application de la loi littorale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le projet méconnait l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.
18. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / () ". Aux termes de l'article L. 121-24 du même code : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 121-24 de ce code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : / () / 7° Les parties naturelles des sites inscrits ou classés en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement, des parcs nationaux créés en application de l'article L. 331-1 du code de l'environnement et des réserves naturelles instituées en application de l'article L. 332-1 du code de l'environnement ; / () ".
19. S'il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe dans le site inscrit " Fontsainte - Le Liouquet ", la protection particulière prévu par les articles L. 121-23 et suivants du code de l'urbanisme ne s'applique qu'aux parties naturelles de ces sites. Or, ainsi qu'il a été dit au point 17, la parcelle s'implante dans un secteur urbanisé et anthropisé faisant obstacle à l'application de ces dispositions. Au surplus, il ressort de la carte du littoral de la directive territoriale d'aménagement des Bouches-du-Rhône que le secteur dans lequel s'insère le projet n'est pas identifié comme un espace remarquable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
20. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () / 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ; () ".
21. Il résulte de ces dispositions qu'une construction n'est regardée comme existante légalement que si elle a été construite avant la loi du 15 juin 1943 instaurant le permis de construire ou conformément à une autorisation délivrée depuis lors. Il appartient à l'auteur de l'autorisation d'urbanisme et au pétitionnaire d'apporter la preuve de la régularité de la construction. Enfin, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment.
22. En l'espèce, le permis de construire modificatif a régularisé le vice, à supposer établi, tiré de ce que la partie la plus au nord de la construction initiale n'avait pas fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme, en prévoyant sa démolition. Il ressort en outre de la photographie satellite produite par la pétitionnaire, datée de 1926, que la deuxième partie, au nord de la construction, était d'ores-et-déjà construite à cette époque. Dans ces conditions, cette construction bénéficie d'une présomption d'existence légale dès lors qu'elle a été construite avant 1943, le moyen tiré du défaut d'autorisation ne peut ainsi être accueilli.
23. En septième lieu, aux termes de l'article UD 7 du règlement du PLU, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Dans les conditions définies à l'article 7 du titre 1 de la 2ème partie, la distance comptée horizontalement de tout point d'un bâtiment au point de la limite séparative qui en est le plus proche, doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans être inférieure à 4 mètres. : () ".
24. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.
25. Il ressort des pièces du dossier que deux parties préexistantes de la construction principale sont accolées à la limite séparative en méconnaissance des dispositions de l'article UD 7 du règlement du PLU. Toutefois, le permis de construire modificatif prévoit, d'une part, que la partie la plus au nord sera démolie et a ainsi régularisé ce vice et, d'autre part, que la deuxième partie ne fera plus l'objet de modifications. Ainsi, les travaux procédant à l'extension, sur la partie arrière, de la construction mal implantée sont étrangers à une règle imposant l'implantation des constructions à une certaine distance de la limite séparative. Il en résulte que le projet est conforme aux dispositions précitées.
26. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () Il peut également être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 121-22-3 () du présent code ". Aux termes de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
27. D'une part, le permis de construire initial a été accordé par un arrêté du 27 janvier 2020, soit la veille de l'entrée en vigueur du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du territoire Marseille-Provence applicable pour la commune de La Ciotat. Il en résulte que les débats sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable du futur PLU avait nécessairement déjà eu lieu.
28. D'autre part, le terrain d'assiette du projet se situe en zone UP1 du futur PLUi. Les dispositions applicables à cette zone prévoient notamment à son article 1er que la surface de plancher ne doit pas excéder 300 m² de la surface totale du terrain, alors que la superficie du projet en cause représente 816m², le PLU en vigueur à la date de la décision ne prévoyant pas de limitation de cette nature. En outre, l'article UP 4 du futur PLUi impose que l'emprise au sol ne dépasse pas les 10% de la surface du terrain, soit 419 m² en l'espèce. Or, le projet prévoit 720 m² d'emprise au sol. Dans ces conditions, ce projet contrevient de façon manifeste aux dispositions réglementaires envisagées par le futur PLUi, alors même qu'il s'agirait de deux zone U dès lors que la futur zone UP1, qui a une étendue limitée, a précisément vocation à réduire la densification urbaine. Par suite, en s'abstenant d'user de la faculté, que lui ouvre l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer sur la demande dont il était saisi, et qui était de nature à compromettre l'exécution du futur plan, le maire de la Ciotat a commis une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le moyen propre du permis de construire modificatif :
29. Aux termes de l'article UP1 du PLUi, en vigueur à la date du permis de construire modificatif : " () / h) sont admis les affouillements et exhaussements du sol à condition : que la partie supérieures ou égales à 2 mètres de haut ne dépassent pas 100 m² de surface et qu'ils soient nécessaires : - à l'adaptation au terrain des constructions autorisées dans la zone ; - ou à l'aménagement de dispositifs techniques induits par ces constructions ; - ou à l'aménagement ou restauration de restanques. / () ".
30. Il ressort des pièces du dossier que l'implantation des chambres annexes a été modifiée par le permis de construire modificatif. S'il est constant que des travaux d'affouillement de la restanque auront lieu, cette construction ne représente, au regard du plan de masse, qu'environ 40 m². Ainsi, contrairement à ce que soutien le requérant, elle ne dépasse pas les
100 m² prescrit par les dispositions précitées. Les autres conditions n'étant pas contestées, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UP1 doit être écarté.
31. Il résulte des points 26 à 28 du présent jugement que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2020 délivrant un permis de construire à Mme C ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du 19 avril 2022 délivrant un permis de construire modificatif à la pétitionnaire.
Sur les frais liés au litige :
32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune et par la pétitionnaire sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de la Ciotat une somme totale de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 27 janvier 2020 et 19 avril 2022 sont annulés.
Article 2 : La commune de la Ciotat versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de la Ciotat et de Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la Commune de la Ciotat et à Mme C.
Délibéré après l'audience du 22 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
A. FAYARD
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026