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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005858

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005858

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL DIRECTION PARIS LA DEFENSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 et 28 août 2020, ainsi que les 14 février, 25 avril et 30 mai 2022, la société civile immobilière (SCI) La Roserie, représentée par la SCP d'avocats Charles Sirat - Jean-Paul Gilli et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a délivré à la société Carrières et bétons Bronzo Perasso une autorisation environnementale pour l'extension et le renouvellement de l'autorisation d'exploiter une carrière au lieu-dit " Sainte-Marthe " sur le territoire de la commune de Marseille, valant autorisation au titre de la loi sur l'eau et autorisation de défrichement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté en litige est incomplet dès lors qu'il ne mentionne pas les accès relatifs à la carrière ;

- l'avis du commissaire-enquêteur est irrégulier ;

- la demande d'autorisation de la société Carrières et bétons Bronzo Perasso est frauduleuse, faute pour cette société d'avoir mentionné un accès inexistant ;

- l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de consultation préalable de l'architecte des bâtiments de France en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 621-32 et L. 630-1 du code du patrimoine, et de l'article L. 341-10 du code de l'environnement, ainsi que du schéma départemental des carrières ;

- le commissaire-enquêteur a émis un avis défavorable à propos de la déclaration d'utilité publique du projet de requalification du chemin des Bessons ;

- l'étude d'impact est insuffisante, et l'appréciation de la mission régionale d'autorité environnementale n'a pas été fidèlement reproduite par le commissaire-enquêteur ;

- l'arrêté en litige résulte d'une méconnaissance des articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement, en l'absence de demande de dérogation à la protection des espèces protégées et de leurs habitats, et ne prévoit aucune mesure compensatoire ;

- l'autorisation environnementale critiquée méconnaît le I et les 3° et 5° du II de l'article L. 181-3 du code de l'environnement, ainsi que l'article L. 511-1 du même code, en portant atteinte au domaine de la Roserie, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, aux objectifs de conservation du site Natura 2000 ainsi qu'à la sécurité des riverains et les nuisances du fait de la circulation des camions ;

- la desserte des installations est insuffisante.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 janvier et 20 avril 2022, la société en nom collectif (SNC) Carrières et bétons Bronzo-Perasso, représentée par Me Santoni, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI La Roserie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour la requérante de justifier d'un intérêt à agir suffisamment direct ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, la régularisation des illégalités éventuellement retenues devra être prononcée en application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mars et 23 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022 par une ordonnance du 2 mai précédent.

Un mémoire a été enregistré pour la SNC Carrières et bétons Bronzo-Perasso le 20 juin 2022, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sirat pour la SCI La Roserie, ainsi que celles de Me Tonani pour la société Carrières et bétons Bronzo Perasso.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 février 2010, la société Carrières et bétons Bronzo Perasso (CBBP) a été autorisée à poursuivre l'exploitation à ciel ouvert d'une carrière de calcaire d'une superficie totale d'environ 28,1 hectares, implantée dans le 14e arrondissement de la commune de Marseille, autorisée depuis 1982. La SCI La Roserie conteste l'arrêté du 22 juin 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a délivré à la société Carrières et bétons Bronzo Perasso une autorisation environnementale pour l'extension de cette carrière et le renouvellement de l'autorisation de l'exploiter au lieu-dit " Sainte-Marthe ", valant également autorisation au titre de la loi sur l'eau et autorisation de défrichement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. A l'appui de sa demande, la SCI La Roserie soutient que l'arrêté en litige ne comporte aucune mention relative à l'accès à la carrière, et qu'il a été établi sur le fondement d'une demande d'autorisation dans laquelle la SNC CPPB aurait frauduleusement mentionné qu'elle bénéficiait d'un accès à la carrière via la propriété de la SCI La Roserie. Il résulte de l'instruction que la Cour de cassation, dans son arrêt du 4 novembre 2014, a jugé que la convention du 1er juillet 1990 par laquelle la SCI La Roserie accordait un droit de passage menant aux carrières exploitées en dernier lieu par la SNC CPPB, ne constituait pas un bail commercial et avait pu ainsi être dénoncée par la SCI. Toutefois, par une ordonnance du 11 octobre 2013, le juge des référés du tribunal de grande instance de Marseille a interdit à la SCI La Roserie de limiter ou d'interdire l'accès à la carrière via la route située sur sa propriété. Il résulte également de l'instruction que le chemin des Bessons, utilisé pour l'accès à la carrière, est ouvert à la circulation publique depuis a minima l'année 1992. Dans ces conditions, la SCI La Roserie n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté a été pris à l'issue d'une déclaration frauduleuse de la SNC CPPB, ni qu'il est irrégulier à propos de la question de l'accès à la carrière.

3. La SCI La Roserie soutient que l'avis du commissaire-enquêteur est irrégulier dès lors qu'ainsi que l'a relevé la mission régionale d'autorité environnementale, il a considéré que le conflit l'opposant à la SNC CBBP concernant l'accès à la carrière ne constituait pas un obstacle à la délivrance de l'autorisation en litige. Toutefois, le commissaire enquêteur a rappelé l'historique de l'accès à la carrière ainsi que le contentieux existant, et il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'accès à la carrière est maintenu et ne saurait constituer un obstacle à la délivrance de l'arrêté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du commissaire-enquêteur doit être écarté.

4. L'avis défavorable du commissaire enquêteur à la déclaration d'utilité publique du projet de création d'une voie de desserte sur le chemin des Bessons n'est, en outre, pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté portant autorisation environnementale en vue de l'extension et du renouvellement de l'autorisation d'exploiter une carrière au lieu-dit Sainte-Marthe. Dès lors, le moyen soulevé doit être écarté.

5. La SCI La Roserie soutient ensuite que la procédure à l'issue de laquelle l'autorisation en litige a été délivrée méconnaît les articles L. 341-10 du code de l'environnement ainsi que les articles L. 621-32 et L. 630-1 du code du patrimoine. Toutefois, alors que ces articles prévoient la nécessité de recueillir une autorisation préalable ou une autorisation spéciale soumise à l'accord de l'architecte des bâtiments de France, lorsque des travaux modifient l'aspect extérieur d'un immeuble protégé au titre des abords ou se situent dans le champ de visibilité d'un édifice inscrit au titre des monuments historiques, et prévoient la protection des sites et monuments naturels, l'article R. 181-2 du code de l'environnement dispose : " I. - L'autorisation environnementale tient lieu, y compris pour l'application des autres législations, des autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments suivants, lorsque le projet d'activités, installations, ouvrages et travaux relevant de l'article L. 181-1 y est soumis ou les nécessite : / () 12° Autorisations prévues () par les articles L. 621-32 et L. 632-1 du code du patrimoine et par l'article L. 6352-1 du code des transports, lorsqu'elles sont nécessaires à l'établissement d'installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent ". Enfin, aux termes de l'article aux termes de l'article R. 181-32 du code de l'environnement, dans sa version en vigueur à la date de l'autorisation : " Lorsque la demande d'autorisation environnementale porte sur un projet d'installation de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent, le préfet saisit pour avis conforme : () 3° L'architecte des Bâtiments de France si l'autorisation environnementale tient lieu des autorisations prévues par les articles L. 621-32 et L. 632-1 du code du patrimoine () ".

6. Il résulte de l'instruction que la carrière exploitée par la SNC CBBP se situe à moins de 500 mètres du domaine de la Roserie, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 12 juin 1991. Toutefois, il résulte des dispositions combinées de l'article L. 632-2 du code du patrimoine et de l'article R. 181-2 du code de l'environnement que l'autorisation environnementale ne tient lieu de l'autorisation préalable prévue au titre de la protection des abords des monuments historiques, et n'est donc subordonnée à l'accord de l'architecte des bâtiments de France, que dans le cas des installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent. En tout état de cause, il résulte de l'instruction d'une part que l'extension projetée de la carrière se situe à l'opposé du domaine de la Roserie par rapport à l'exploitation actuelle, et d'autre part que seront conservés le merlon végétalisé et les éperons rocheux destinés à masquer la carrière depuis le sud. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'extension de la carrière modifierait les abords du domaine de la Roserie, et le moyen tiré de l'absence de consultation préalable de l'architecte des bâtiments de France doit être écarté dans toutes ses branches.

7. La SCI La Roserie se prévaut également de l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale pour faire valoir que l'étude d'impact est insuffisante. Toutefois, la requérante n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, notamment quant à l'influence que ces insuffisances auraient pu exercer sur le sens de la décision en litige, ou quant à un éventuel manque d'information du public. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact pour ce motif doit être écarté.

8. Aux termes du II de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent également : / () 5° Le respect des objectifs de conservation du site Natura 2000, lorsque l'autorisation environnementale tient lieu d'absence d'opposition mentionnée au VI de l'article L. 414-4 () ".

9. La SCI La Roserie expose que l'arrêté en litige méconnaît le II de l'article L. 181-3 du code de l'environnement, faute d'assurer le respect des objectifs de conservation du site Natura 2000, et se prévaut particulièrement de l'avis du 3 juin 2019 de la mission régionale d'autorité environnementale, qui indique que l'extension de la carrière apparaît en contradiction avec la remise en état du réservoir de biodiversité ainsi que de l'avis de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du 14 février 2019, qui souligne que le projet entrainera des incidences significatives sur le site Natura 2000 " Chaîne de l'Etoile - massif du Garlaban ". Il résulte toutefois de l'instruction que les mesures d'évitement et de réduction des impacts du projet sur la biodiversité, imposées par l'article 2.5.3 de l'arrêté en litige, conduisent à réduire les impacts résiduels de ce projet à des niveaux " faible " ou " inexistant ". Par ailleurs, l'arrêté contesté prévoit également la mesure de réduction R5 d'ouverture de milieux sur une surface globale de dix hectares, pour toute la durée de l'autorisation soit pendant trente ans. Dans sa contribution complémentaire du 12 avril 2019, la DDTM expose que cette nouvelle mesure R5 " améliore sensiblement le dossier d'évaluation des incidences Natura 2000 ". Dans ces conditions, et alors que le commissaire-enquêteur a conclu à l'absence d'incidence notable du projet sur les habitats et espèces d'intérêt communautaire ayant justifié le placement de la zone d'extension de la carrière en zone spéciale de conservation (ZSC), le moyen tiré de la méconnaissance des objectifs de conservation du site Natura 2000, prévus par le 5° du II de l'article L. 181-3 du code de l'environnement, doit être écarté. Si la requérante se prévaut également du 3° du II de ce même article, ce dernier concerne les sites classés, et ne peut être utilement invoqué en l'espèce, le domaine de la Roserie n'étant pas classé mais inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

10. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces () ; / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique () ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces ; / 4° La destruction, l'altération ou la dégradation des sites d'intérêt géologique, notamment les cavités souterraines naturelles ou artificielles, ainsi que le prélèvement, la destruction ou la dégradation de fossiles, minéraux et concrétions présents sur ces sites () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : / () 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : / () c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement () ".

11. Pour demander l'annulation de la décision portant autorisation environnementale, la SCI La Roserie soutient ensuite que le projet envisagé porte atteinte aux espèces protégées et à leur habitat et aurait dû faire l'objet d'une demande de dérogation à l'altération de ces espèces en application des articles L. 411-1 et L. 411-2 précités du code de l'environnement, qui n'aurait, selon la requérante, pas pu être délivrée compte tenu de l'absence d'intérêt public majeur du projet. Toutefois, il résulte en premier lieu de l'instruction que le projet d'extension de la carrière répond à une raison impérative d'intérêt public majeur, dès lors que les chantiers actuels et projetés sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence, à proximité immédiate du site du projet, sont nombreux, que le gisement actuel est épuisé et que le schéma départemental des carrières, remplacé depuis 2021 par le schéma régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, fait état de besoins constants en granulats. Par ailleurs, ainsi que l'a relevé le commissaire-enquêteur, la carrière offre une possibilité de stockage et de recyclage des matériaux de construction, permettant d'éviter la prolifération de décharges sauvages. En second lieu, l'étude d'impact, dans son volet naturaliste, a estimé que le projet avait un impact fort sur le traquet oreillard, dès lors que cet oiseau niche sur l'emprise de la carrière actuelle, qu'il existe un risque de destruction d'individus de cette espèce et de son habitat, mais également en raison de la très faible abondance des couples nicheurs au sein de la commune de Marseille et à plus grande échelle, au sein de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Toutefois, cette même étude naturaliste expose ensuite que les mesures de réduction R1, R3 et R4, consistant en l'adaptation du calendrier des travaux, la recréation d'habitat favorable pour le traquet oreillard et la limitation de l'émission de poussières, ainsi que les mesures d'accompagnement A5 (entretien de la végétation du merlon paysager post-restauration par pastoralisme -automne et hiver principalement- ou gyrobroyage -novembre à février) et A7 (application de préconisations en faveur de l'avifaune rupestre), sont de nature à réduire les impacts du projet de forts à faibles. Dans ces conditions, et alors que la SCI requérante ne conteste pas le respect de la condition tendant à l'absence de solution de substitution raisonnable pour l'implantation du projet, le moyen tiré de l'absence de demande de dérogation à l'interdiction de nuire aux espèces protégées ou à leur habitat doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 122-3 du code de l'environnement : " I. - Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités d'application de la présente section. / II. - Il fixe notamment : / () 2° Le contenu de l'étude d'impact qui comprend au minimum : / () c) Une description des caractéristiques du projet et des mesures envisagées pour éviter, les incidences négatives notables probables sur l'environnement, réduire celles qui ne peuvent être évitées et compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites () ".

13. Pour contester l'arrêté du 22 juin 2020, la SCI La Roserie soutient qu'il méconnaît l'article L. 122-3, faute de prévoir des mesures de compensation. Toutefois, alors que cet article prévoit les mentions devant figurer au sein de l'étude d'impact, il résulte de l'instruction que l'étude d'impact a proposé la mise en place de mesures d'évitement et de réduction ayant pour conséquence des impacts résiduels faibles ou nuls sur les espèces, qui ont d'ailleurs été intégrées à l'arrêté en litige. Dans ces conditions, les incidences négatives notables probables sur l'environnement ont été évitées ou réduites, et le moyen tiré de l'absence de prescription de mesures compensatoires dans l'arrêté litigieux doit être écarté.

14. Aux termes du I de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I.- L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. / Les dispositions du présent titre sont également applicables aux exploitations de carrières () ".

15. La SCI La Roserie soutient que les passages de camions sur le chemin des Bessons notamment constituent des nuisances importantes pour la commodité du voisinage, dès lors que l'autorisation d'exploiter la carrière et les installations de traitement de déchets inertes pour une circulation moyenne annuelle de 280 rotations de camions par jour. Il résulte toutefois de l'instruction que la fixation du nombre de 280 rotations journalières en moyenne annuelle fixé par l'article 2.3.7 de l'arrêté en litige tient compte de la capacité d'extraction de matériaux et d'accueil de déchets inertes, tout en limitant l'augmentation constatée entre les années 2017 et 2019, en particulier par l'utilisation de la technique du double fret. Si la SCI requérante craint que le seuil fixé ne soit pas respecté par l'exploitante, le respect des prescriptions fixées par l'arrêté relève de l'exécution de l'autorisation environnementale et est sans incidence sur sa légalité. De même, s'il résulte des observations formulées dans le cadre de l'enquête publique que les nuisances liées au passage des camions sont nombreuses, notamment le bruit, les vibrations pouvant parfois conduire à la fissuration des murs de clôture, la dégradation et la saturation de la voie du fait de le non-respect de la vitesse de circulation, d'une part, la réduction de la vitesse des camions sur les voies ouvertes à la circulation publique relève des pouvoirs de police de la circulation et, d'autre part, il résulte de l'article 2.3.7 de l'arrêté contesté que les camions sortants sont recouverts d'une bâche afin de limiter les émissions de poussière, et l'article 3.2.4 de ce même arrêté prévoit le lavage des roues, ou encore l'aspersion des matériaux fins pour éviter les envol et dépôt de poussières ou boues sur les voies de circulation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté.

16. Par ailleurs, alors que la carrière est en grande partie masquée par des merlons végétalisés, et à supposer que la carrière soit visible depuis le domaine de la Roserie, il ne résulte pas de l'instruction que le projet entrainerait, par rapport à la perception de cet édifice, des nuisances visuelles particulières. Dans ces circonstances, la SCI requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte au domaine de La Roserie de nature à entacher d'illégalité l'autorisation en litige.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la SCI La Roserie n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté portant autorisation environnementale pour l'extension et le renouvellement de l'autorisation d'exploiter une carrière au lieu-dit " Sainte-Marthe " à Marseille.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la SCI La Roserie tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Carrières et bétons Bronzo-Perasso sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI La Roserie est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Carrières et bétons Bronzo-Perasso sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière La Roserie, au préfet des Bouches-du-Rhône et à la société en nom collectif (SNC) Carrières et bétons Bronzo-Perasso.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. A

Le président,

Signé

J-M. Laso

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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