jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2005862 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | COURANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 août 2020 et 9 février 2022, la société française du radiotéléphone (SFR), représentée par Me Cloëz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2020 par lequel le maire de Châteauneuf-les-Martigues s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle avait déposée et portant sur la réalisation d'un relais téléphonique mobile sur la parcelle cadastrée BL n°24 située 14 boulevard Henri d'Attilio sur le territoire de ladite commune ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-les-Martigues la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué doit être requalifié en arrêté de retrait d'une décision de non-opposition tacite ;
- cet arrêté de retrait est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnait les dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;
- il méconnaît l'article L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- en tout état de cause, le projet querellé ne méconnait pas l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme, dans toutes ses dispositions.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 et 28 octobre 2021, la commune de Châteauneuf-les-Martigues, représentée par Me Courant, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 100 euros soit mise à la charge de la société SFR en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir :
- à titre principal, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, qu'elle entend se prévaloir d'une substitution de motif, en ce qu'elle aurait été fondée à s'opposer à la déclaration préalable en ce que les travaux projetés ne rendent pas l'immeuble plus conformes aux règles méconnues du plan local d'urbanisme.
Par ordonnance du 22 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-539 du 7 mai 2020 ;
- le décret n° 2020-536 du 7 mai 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,
- et les observations de Me Courant pour la commune de Châteauneuf-les-Martigues.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 mai 2020, la société française du radiotéléphone (SFR) a déposé une déclaration préalable portant sur la pose d'un relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée BL n°0024 située 14 boulevard Henri d'Attilio dans la commune de Châteauneuf-les-Martigues. Par arrêté du 18 juin 2020, le maire de la commune s'est opposé à cette déclaration préalable. La société SFR demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens soulevés par la société SFR :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévues par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () ". Il résulte également de l'article R. 423-19 du même code que le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. Enfin, aux termes du a) de l'article R. 424-1 du même code : " À défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction () le silence gardé par l'autorité compétente vaut () décision de non-opposition à la déclaration préalable ".
3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, " les délais à l'issue desquels une décision " d'une autorité administrative " peut ou doit intervenir ou est acquise implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er " et " le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir " pendant la période d'urgence sanitaire " est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ". Aux termes de l'article 9 de la même ordonnance, par dérogation aux dispositions de son article 7, et sans préjudice des dispositions de son article 12 ter prévoyant, pour les autorisations d'urbanisme, la reprise des délais à compter du 24 mai 2020, " un décret détermine les catégories d'actes, de procédures et d'obligations pour lesquels, pour des motifs de protection des intérêts fondamentaux de la Nation, de sécurité, de protection de la santé, de la salubrité publique, de sauvegarde de l'emploi et de l'activité, de sécurisation des relations de travail et de la négociation collective, de préservation de l'environnement et de protection de l'enfance et de la jeunesse, le cours des délais reprend ". Selon l'article 1er du décret du 7 mai 2020 portant dérogation au principe de suspension des délais pendant la période d'urgence sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, publié au Journal officiel du 8 mai 2020, pris en application du premier alinéa de l'article 9 de l'ordonnance du 25 mars 2020, " reprennent leur cours à la date d'entrée en vigueur du présent décret les délais concernant les décisions " des administrations prises " en vue de la construction, de l'installation, de l'aménagement et des travaux concernant les infrastructures de communications électroniques, en application des articles L. 332-8, L. 421-1 à L. 421-3, R. 421-9, R. 421-11, R. 421-17 et R. 423-51 du code de l'urbanisme, des articles L. 2213-1 à L. 2213-6-1 du code général des collectivités territoriales et des articles L. 45-9, L. 46 et L. 47 du code des postes et des communications électroniques ".
4. Il est constant que la société SFR a déposé en mairie sa déclaration préalable pour l'installation d'une station relais de téléphonie mobile le 7 mai 2020 et que le délai d'instruction d'un mois prévu par l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, y compris le délai imparti à l'administration pour vérifier le caractère complet du dossier, a été immédiatement suspendu pour démarrer le 9 mai 2020, date d'entrée en vigueur du décret n° 2020-536 du 7 mai 2020 précité, et s'achever le 9 juin 2020. À défaut de réponse à cette échéance, la société requérante bénéficiait donc d'une décision tacite de non-opposition à cette date. Dès lors, l'arrêté contesté du 18 juin 2020, présenté formellement comme une décision d'opposition, doit être regardé comme portant retrait de la décision tacite de non-opposition dont la société SFR était titulaire depuis le 9 juin 2020.
5. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi () ".
6. Il résulte des dispositions précitées que les décisions ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées par l'autorité administrative. Par suite, la société SFR est fondée à soutenir que l'arrêté du 18 juin 2020 par lequel le maire de Châteauneuf-les-Martigues a retiré la décision implicite de non-opposition dont elle était titulaire a été pris en méconnaissance de l'article 222 précité.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " aux termes de l'article L.122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. " Et aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que l'arrêté attaqué constitue une décision de retrait d'une décision créatrice de droit et figure ainsi au nombre des actes devant être motivés et faisant l'objet d'une procédure contradictoire en application des articles L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société SFR ait été mise en mesure de présenter ses observations préalables à l'édiction de la décision attaquée, alors que cette procédure constitue, pour l'intéressée, une garantie. En tout état de cause, la décision de retrait du 18 juin 2020 ne pouvait légalement intervenir, conformément à ce qui a été dit au point 4 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit également être accueilli.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement de la zone UP relatif à la hauteur des constructions : " a) Lorsque ni la hauteur totale ni la hauteur de façade ne sont définies par le règlement graphique (par une prescription de hauteur ou un polygone constructible), la hauteur de façade des constructions est inférieure ou égale à : () pour les autres sous-destinations de la destination " Equipement d'intérêt collectif et services publics ", 10 mètres (). b) Si elle n'est pas définie par le règlement graphique (par une prescription de hauteur ou un polygone constructible), la hauteur totale des constructions est inférieure ou égale à la hauteur de façade constatée augmentée de 3 mètres. () c) Peuvent surmonter une toiture plate (pente 10 %) des installations et constructions qui ne génèrent pas de surface de plancher telles que des éléments architecturaux (pergolas par exemple), des installations techniques ou encore des locaux techniques. Excepté pour les antennes nécessaires au fonctionnement de services publics (pompier, gendarmerie) et pour les cheminées, ces installations ou constructions doivent s'inscrire dans le volume de la 5e façade () ". Il ressort de la définition du volume de la cinquième façade donnée par le lexique du règlement du document d'urbanisme : " volume défini au-dessus d'une toiture plate dans lequel l'ensemble des éléments architecturaux (pergolas par exemple) et des installations techniques (à l'exception des cheminées, des antennes et des silos oui installations assimilées) qui surmontent la toiture doivent s'inscrire. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige porte sur la réalisation d'un relais de téléphonie mobile composé de 6 antennes panneau, intégrées dans deux fausses cheminées, ainsi que l'installation d'un coffret technique et de modules radio, sur le toit plat d'un immeuble existant situé 14 boulevard Henri d'Attilio. De tels travaux sont sans effet pour l'application des dispositions du a) et du b) de l'article 5 de la zone UP, tant sur la hauteur de la façade que sur la hauteur du bâtiment existant. En outre, par les dispositions du c) de l'article 5 précité, les auteurs du document d'urbanisme n'ont pas entendu exclure de l'obligation de réaliser dans le volume de la cinquième façade les seules antennes nécessaires au fonctionnement des services publics de secours et de gendarmerie, mais bien l'ensemble des antennes nécessaires aux services publics, notamment celui des télécommunications dont la société SFR a la charge. Par suite, en retenant que le projet en litige méconnaissait l'article 5 du règlement de la zone UP du plan local d'urbanisme, dans toutes ses dispositions, la commune a entaché sa décision d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la demande de substitution de motifs présentée par la commune de Châteauneuf-les-Martigues :
11. Si la commune de Châteauneuf-les-Martigues fait valoir qu'elle aurait pu fonder la décision attaquée sur un autre motif, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de retrait, qui ne pouvait légalement être prise, pour quelque motif que ce soit. Il n'y a, dès lors, pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par la commune.
12. Il résulte de ce qui précède que la société SFR est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2020 par lequel le maire de Châteauneuf-les-Martigues a retiré la décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société SFR qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Châteauneuf-les-Martigues demande au titre des frais de procédure. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société SFR tendant à l'application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 juin 2020 par lequel le maire de Châteauneuf-les-Martigues a retiré la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société SFR est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Châteauneuf-les-Martigues sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société française du radiotéléphone et à la commune de Châteauneuf-les-Martigues .
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Busidan, première conseillère,
M. Peyrot, premier conseiller,
Assistés de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
P. A
La présidente,
signé
I. HogedezLe greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
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01/06/2026