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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005949

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005949

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL AVOCATS JURISCONSEIL MARSEILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2020, Mme B E, Mme C H, Mme F D, M. A I et M. G I, représentés par Me Palacci, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence en ce qu'il prévoit un espace boisé classé sur leurs terrains ;

2°) d'enjoindre à la métropole Aix-Marseille-Provence de modifier ce classement en supprimant l'espace boisé, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 500 euros à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le rapport de présentation est insuffisant s'agissant du classement des espaces boisés et les documents composant le PLUi sont incohérents ;

- la commission départementale de la nature n'a pas rendu d'avis préalable ;

- le classement en espace boisé classé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2020, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Le mémoire en désistement, enregistré pour les requérants le 9 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Palacci, représentant les requérants, et celles de Me Chavalarias, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, Mme C H, Mme F D, M. A I et M. G I sont propriétaires indivis des parcelles cadastrées 850 section D n° 21 et 34, situées avenue de la Panouse dans le 9ème arrondissement de Marseille. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d'annuler la délibération du 19 décembre 2019, par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence en tant qu'il prévoit sur leur parcelle un espace boisé classé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 151-4, le rapport de présentation : / 1° Expose les principales conclusions du diagnostic sur lequel il s'appuie ainsi que, le cas échéant, les analyses des résultats de l'application du plan prévues par les articles L. 153-27 à L. 153-30 et comporte, en annexe, les études et les évaluations dont elles sont issues ; / 2° Analyse les capacités de densification et de mutation des espaces bâtis identifiés par le schéma de cohérence territoriale en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 141-3 ainsi que des autres espaces bâtis identifiés par le rapport lui-même en vertu du troisième alinéa de l'article L. 151-4 ; / 3° Analyse l'état initial de l'environnement, expose la manière dont le plan prend en compte le souci de la préservation et de la mise en valeur de l'environnement ainsi que les effets et incidences attendus de sa mise en œuvre sur celui-ci ". Selon l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : / 1° La cohérence des orientations d'aménagement et de programmation avec les orientations et objectifs du projet d'aménagement et de développement durables ; / 2° La nécessité des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables et des différences qu'elles comportent, notamment selon qu'elles s'appliquent à des constructions existantes ou nouvelles ou selon la dimension des constructions ou selon les destinations et les sous-destinations de constructions dans une même zone ; / 3° La complémentarité de ces dispositions avec les orientations d'aménagement et de programmation mentionnées à l'article L. 151-6 ; / 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; / 5° L'institution des zones urbaines prévues par l'article R. 151-19, des zones urbaines ou zones à urbaniser prévues par le deuxième alinéa de l'article R. 151-20 lorsque leurs conditions d'aménagement ne font pas l'objet de dispositions réglementaires ainsi que celle des servitudes prévues par le 5° de l'article L. 151-41 ; / 6° Toute autre disposition du plan local d'urbanisme pour laquelle une obligation de justification particulière est prévue par le présent titre. / Ces justifications sont regroupées dans le rapport ".

3. D'une part, il résulte des dispositions que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est un document d'ordre général qui, à partir de l'exposé de la situation existante, analyse les perspectives d'évolution de l'urbanisation et justifie de la compatibilité du plan avec les dispositions législatives et réglementaires qui lui sont applicables. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité compétente de fournir, parcelle par parcelle, les motifs des classements qu'elle opère. D'autre part, selon le rapport de présentation du PLUi, les espaces boisés classés " Nature en ville " sont des " espaces boisés ou à planter de qualité qu'il est nécessaire de préserver car insérés dans un milieu très anthropisé, () Ces espaces constituent un réseau vert de proximité jouant de multiples rôles : social, environnemental, et paysager ". Le PADD vise comme objectif de " préserver et restaurer dans la ville des espaces verts (parcs, boisements et jardins publics ou privés, végétation en cœur d'îlots, certaines friches et landes boisées) composant la trame verte écologique, et présentant également une valeur paysagère et/ ou sociale, à la fois en cœur de ville et à l'intérieur des corridors de liaison avec les grands massifs ". Par ailleurs, si les requérants font valoir qu'il ressort du rapport de la commission d'enquête que des classements EBC nécessitent un examen au cas par cas, certaines demandes de déclassement pouvant être satisfaites, il ressort de ce rapport que la commission a estimé que dans " la très grande majorité des cas, les requêtes visent à supprimer des parties arborées pour dégager plus de constructibilité. Ces requêtes vont à l'encontre des objectifs du PADD de préserver la trame verte des espaces verts et des jardins qui participe à la préservation de la biodiversité, de la qualité de vie et de la qualité de l'air si souvent évoquée par les habitants eux-mêmes ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que, s'agissant du classement des espaces boisés, le rapport de présentation serait insuffisant ou qu'il existerait des incohérences entre les documents d'urbanisme de nature à entacher d'illégalité le PLUi.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements ". Aux termes de l'article L. 121-27 du même code : " Le plan local d'urbanisme classe en espaces boisés, au titre de l'article L. 113-1, les parcs et ensembles boisés existants les plus significatifs de la commune ou du groupement de communes, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ".

5. En l'espèce, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites a rendu un avis le 27 septembre 2018 sur le classement des espaces boisés classés les plus significatifs, en application de l'article L. 121-27 du code de l'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement de l'espace boisé objet du présent litige ait été réalisé au titre de cet article. Par suite, le moyen tiré de ce que le classement est entaché d'irrégularité à défaut de saisine préalable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites est inopérant et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste au regard du parti d'aménagement et de la vocation de la zone retenus.

7. Il ressort des pièces du dossier que le classement en espace boisé classé en cause concerne le sud-ouest de la parcelle n° 34 des requérants, qui correspond effectivement à un espace boisé d'après les photographies transmises par la métropole en défense et non sérieusement contredites. Par ailleurs, ce classement concerne également une petite partie des parcelles limitrophes n° 82 et n° 242. Sur cette dernière partielle, au sud de l'espace boisé en cause, se situe le château de Chloris, immeuble classé compte tenu de sa valeur architecturale et paysagère. La circonstance que les requérants seraient titulaires d'un permis d'aménager est sans incidence sur le classement en cause. Compte tenu des caractéristiques de la parcelle et de son environnement, le moyen tiré de ce que son classement en espace boisé classé serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la métropole Aix-Marseille-Provence au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme E et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la métropole Aix-Marseille-Provence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, Mme C H, Mme F D, M. A I, M. G I et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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