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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006015

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006015

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PLANTARD ROCHAS VIRY & ROUSTAN BERIDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 10 août 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 27 janvier 2020 par lequel le maire du Rove a accordé à M. A un permis de construire n° PC 013 088 19 00031 portant sur la construction d'une maison individuelle avec garage sur une parcelle cadastrée section C n° 348 correspondant au lot n° 10 du lotissement Le Grand Vallon situé Traverse Magran, ainsi que la décision implicite du maire du Rove rejetant son recours gracieux.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de la consultation de la commission départementale de la nature, des sites et des paysages ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors qu'il se situe en dehors d'un espace urbanisé et en frange de massif ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il autorise une construction sur une parcelle se situant dans une zone d'aléa très fort à exceptionnel concernant le risque incendie tel qu'il ressort du porter à connaissance du 23 mai 2014 et modifié en 2017 ;

- le maire du Rove a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne prononçant pas un sursis à statuer sur la demande, en application des dispositions de l'article L.153-11 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Taupenas conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens du déféré n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, la commune du Rove, représentée par Me Rouillier, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens du déféré n'est fondé.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 2 juin 2022 par application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Taupenas représentant M. A, pétitionnaire et de Me Tramier représentant la commune du Rove.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 janvier 2020, le maire du Rove a accordé à M. B A un permis de construire n° PC 013 088 19 00031 portant sur la construction d'une maison individuelle avec garage sur le lot n°10 du lotissement Le Grand Vallon situé Traverse Magran au Rove sur une parcelle cadastrée section C n° 348. Par son déféré, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision implicite du maire du Rove rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : " () / Lorsque le lotissement a fait l'objet d'un permis d'aménager, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de délivrance du permis d'aménager, et ce pendant cinq ans à compter de l'achèvement des travaux constaté dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ".

3. Il ne résulte ni de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que le maire ne puisse légalement refuser de délivrer un permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sur une parcelle ayant fait l'objet d'une autorisation de lotir. Ainsi, la circonstance que le maire du Rove ait, par un arrêté du 18 mai 2015, délivré un permis d'aménager diverses parcelles dont celle constituant le terrain d'assiette du projet en litige, n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à l'application de l'article R. 111-2 du même code dans le cadre de l'instruction de la demande de permis présentée par M. A.

4. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

5. Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants du projet pour lequel le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Pour apprécier si ces risques justifient un refus de permis sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'abord, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent, ensuite d'estimer, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, si des prescriptions spéciales, n'apportant pas au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, ne permettraient pas d'accorder légalement le permis en assurant sa conformité aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

6. Par un " porter à connaissance " du 23 mai 2014, modifié le 4 janvier 2017, le préfet des Bouches-du-Rhône a attiré l'attention des autorités de plusieurs communes, dont celle du Rove, sur le risque incendie auquel est soumis tout ou partie de leurs territoires, et a invité les maires à faire usage des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser ou assortir de prescriptions un permis de construire qui comporterait un risque pour la sécurité publique. Il a notamment recommandé, en zones d'aléa très fort et exceptionnel, une interdiction générale pour toutes les occupations du sol nouvelles, qu'elles soient ou non à usage d'habitation.

7. En l'espèce, il ressort de la carte de l'aléa départemental que le terrain d'assiette du projet se situe dans une zone d'aléas subis d'un niveau exceptionnel pour la moitié de sa surface et d'un aléa faible à moyen pour le reste de cette surface. Il ressort également des pièces du dossier et notamment des photographies aériennes que la parcelle se situe à proximité d'une zone boisée, sans construction au Nord, à l'Est et au Sud. La circonstance que le projet se situe au sein d'un lotissement déjà construit à l'Ouest, desservi par une voie interne et incluant une aire de retournement pour les secours ne peut être regardée comme un coupe-feu efficace ou permettant une bonne défense du terrain contre l'incendie. En outre, le maire du Rove avait nécessairement connaissance, à la date de délivrance du permis de construire en litige, de ce que ce risque d'incendie avait conduit le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence à classer en zone inconstructible la parcelle terrain d'assiette du projet, par délibération du 19 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal du territoire de Marseille-Provence. Il en résulte qu'au regard de l'existence de cet aléa exceptionnel concernant le risque d'incendie, de la localisation du terrain, et de la nature du projet en litige, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que des prescriptions spéciales auraient pu permettre d'accorder un permis qui respecterait l'article R. 111-2 sans devoir être l'objet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, le maire du Rove a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.

9. Il résulte de ce qu'il précède que le préfet des Bouches-du-Rhône est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire du Rove du 27 janvier 2020 et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes demandées par la commune du Rove et par M. A sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune du Rove en date du 27 janvier 2020 et la décision par laquelle il a rejeté le recours gracieux formé à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône sont annulés.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Rove et M. A tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches-du-Rhône, à M. B A et à la commune du Rove.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

M. Peyrot, premier conseiller,

Assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

P. CLa présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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