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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006143

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006143

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2020, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation ;

2°) d'enjoindre à la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- la procédure suivie au terme de laquelle a été prise la décision attaquée est entachée de vices tenant à ce que la présence de son avocat a été refusée lors de l'entretien préalable à la sanction, à ce qu'il n'apparaît pas que la commission paritaire régionale siégeant en conseil de discipline aurait reçu une information complète et qu'elle ait siégé dans une composition conforme et à ce que d'autres propositions de sanction n'ont pas été mises aux voix après l'avis défavorable émis sur la révocation ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une inexactitude des faits reprochés ;

- la sanction est disproportionnée au regard de la gravité des faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 19 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2010-853 du 23 juillet 2010 ;

- la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 ;

- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements consulaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, rapporteure,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Ceccaldi pour la requérante et de Me Schwing pour la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent administratif de la chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence, titulaire depuis le 1er janvier 2005, a fait l'objet de la sanction disciplinaire de révocation par une décision du 6 juillet 2020 prise par le président de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Elle demande au tribunal l'annulation de cette décision, dont, au regard d'une circonstance nouvelle tenant à la condamnation de l'intéressée par jugement correctionnel rendu le 25 octobre 2021 par le tribunal judiciaire de Marseille, le juge des référés du présent tribunal a autorisé l'exécution par une ordonnance n° 2109885 du 9 décembre 2021 mettant fin aux effets d'une précédente ordonnance de suspension n° 2006142 rendue le 9 septembre 2020.

Sur les conclusions en annulation :

2.Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

3. D'une part, aux termes de l'article 2 de la loi susvisée du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique : " I. - Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction.// Lorsqu'ils estiment se trouver dans une telle situation : () 4° Les personnes chargées d'une mission de service public placées sous l'autorité d'un supérieur hiérarchique le saisissent ; ce dernier, à la suite de la saisine ou de sa propre initiative, confie, le cas échéant, la préparation ou l'élaboration de la décision à une autre personne placée sous son autorité hiérarchique.//() ". D'autre part, l'article 36 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie dispose : " Les mesures disciplinaires applicables aux agents titulaires sont :/ 1° L'avertissement, /2° Le blâme avec inscription au dossier,/ 3° L'exclusion temporaire sans rémunération d'un à quinze jours, / 4° L'exclusion temporaire sans rémunération pour une durée de seize jours à six mois maximum (),/ 5° La rétrogradation (avec baisse de l'indice de qualification et/ou de la rémunération) sous réserve du respect simultané des deux conditions suivantes : A - que le positionnement de l'emploi occupé par l'agent déterminé par la classification nationale des emplois le permette, B - que la baisse de la rémunération brute totale n'excède pas 10%./ En tout état de cause, la rétrogradation ne peut avoir pour effet une baisse de la rémunération en deçà du SMIC légal./ 6° la révocation ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir notamment exercé des fonctions de conseillère développement durable rattachées à un emploi coté IQ 500 niveau 7, Mme A a été nommée le 1er octobre 2019 sur des fonctions de " chef de projets " rattachées à un emploi de même catégorie que le précédent, sous la responsabilité du directeur de l'innovation et du développement de l'entrepreneuriat de la chambre de commerce et d'industrie. Il est constant qu'avant même cette nomination, elle était chargée de la coordination et de la communication du projet appelé " 4Hélix+ ", programme européen destiné à subventionner des initiatives industrielles et commerciales dans l'économie bleue, dont elle était une des deux référentes au sein de la chambre de commerce et d'industrie. Elle avait ainsi en charge, à tout le moins, une partie importante de l'administration de ce programme, et il ressort des pièces du dossier qu'elle a transmis au comité de sélection final seulement 6 des 8 candidatures reçues par la chambre de commerce et d'industrie sur ce programme, dont celle de son compagnon. Mme A avait ainsi un intérêt familial et pécuniaire à la candidature de son compagnon à ce programme, qui permettait de bénéficier d'une somme de 10 000 euros, ainsi qu'il ressort notamment du rapport d'évaluation versé au dossier par la défenderesse. Il est également constant que Mme A n'a adressé aucun écrit officiel à son employeur sur sa situation maritale avec l'un des candidats au programme. Dès lors, ces faits, qui sont ceux reprochés par la décision en litige, sont matériellement établis et traduisent une situation de conflit d'intérêts, au sens des dispositions précitées de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, dans laquelle s'est placée Mme A. Comme l'a relevé la décision attaquée, ils constituent une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire, alors qu'ils ont par ailleurs été sanctionnés par le tribunal judiciaire de Marseille dans son jugement correctionnel rendu le 25 octobre 2021, actuellement frappé d'appel, qui l'a reconnue coupable de " prise illégale d'intérêts par chargé de mission de service public dans une affaire dont il assure l'administration ou la surveillance " et l'a condamnée pour ce délit à une peine de trois mois de prison assortie d'un sursis total.

5. Cependant, il ressort aussi des pièces du dossier, notamment du règlement du programme " 4Hélix+ " tel que la requérante l'explicite dans ses écritures sans être contredite sur ce point, que la somme de 10 000 euros bénéficiant à l'entreprise lauréate du programme, à l'instar de celle gérée par son compagnon, n'est pas versée à cette entreprise, mais permet à la chambre de commerce et d'industrie de rémunérer, sur justificatifs établis par l'entreprise retenue, un expert qu'elle aura choisi et qui l'aura aidée à développer, durant une mission d'accompagnement de 24 semaines, une activité innovante dans l'économie bleue. Or la chambre de commerce et d'industrie ne soutient ni même n'allègue que l'expert choisi par l'entreprise du compagnon de Mme A aurait un lien financier quelconque avec elle. Certes, comme la chambre de commerce et d'industrie l'affirme, sa crédibilité, notamment vis-à-vis des autorités en charge des financements européens soutenant le programme " 4Hélix+ " a pu être affectée par le comportement de Mme A. Mais, alors que la commission paritaire régionale, consultée le 30 juin 2020 sur la révocation envisagée dans le cadre de l'article 37 du statut du personnel des chambre de commerce et d'industrie, a émis un avis défavorable à cette sanction, et que la progression de carrière de l'intéressée au sein de la chambre de commerce et d'industrie ne permet pas de supposer que son travail aurait suscité des critiques avant l'engagement de la procédure disciplinaire en litige, le manquement au devoir de loyauté commis par Mme A ne revêt pas un caractère de gravité tel qu'il puisse justifier la révocation attaquée, eu égard, en outre, à l'éventail des sanctions disciplinaires prévues par le statut et rappelées ci-dessus. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la sanction en litige n'est pas proportionnée à la gravité de sa faute, et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à demander son annulation pour ce motif.

Sur les conclusions en injonction :

6. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 du président de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte d'Azur prononçant la révocation de Mme A implique, en l'absence de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au dit président de prononcer la réintégration de cet agent à compter de la date d'effet de son exclusion du service et de tirer toutes les conséquences de cette réintégration, notamment en ce qui concerne la reconstitution de sa carrière, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Cette réintégration ne fait pas obstacle d'une part, à ce que la chambre de commerce et d'industrie compétente, si elle le souhaite, prenne non-rétroactivement une nouvelle sanction disciplinaire, mieux proportionnée, à l'encontre de Mme A, et d'autre part, à ce que cette dernière obtienne réparation intégrale du préjudice qu'elle a effectivement subi, durant la période d'éviction illégale, du fait de la mesure illégalement prise à son encontre, y compris au titre de la perte des rémunérations auxquelles elle aurait pu prétendre si elle était restée en fonctions, laquelle correspond à la différence entre les revenus qu'elle aurait perçus si elle n'avait pas été révoquée et les revenus d'activité ou de remplacement effectivement perçus durant la période d'éviction illégale.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte d'Azur sur ce fondement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce et sur le même fondement, il y a lieu de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Provence Alpes Côte d'Azur la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 6 juillet 2020 du président de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte d'Azur prononçant la révocation de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte d'Azur de procéder à la réintégration de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans les conditions exposées au point 6.

Article 3 : La chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte d'Azur versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre de commerce et d'industrie Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller.

assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente de la 2ème chambre,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière ne chef,

Le greffier.

7

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