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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006320

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006320

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 20 août 2020, 31 octobre 2020 et 23 décembre 2020, M. J D, Mme L D, M. M B, Mme N B née H, M. A F, Mme K C, M. I G et Mme E G, représentés par Me Marques, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Territoire Marseille Provence, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette délibération ;

2°) d'annuler, à titre subsidiaire, la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a classé en zone agricole les parcelles BA n° 14, 15, 18, 19, 20, 69 et 70 appartenant à Mme et M. D, les parcelles BA n° 77, 78, 79 et 80 appartenant à Mme et M. B, les parcelles BA n° 23, 24, 25 et 26 appartenant à M. F et les parcelles BA n° 29, 30 et 31 appartenant à Mme et M. G ;

3°) d'enjoindre à la métropole Aix-Marseille-Provence la communication, au besoin sous astreinte, de l'entier dossier du PLUi du Territoire Marseille Provence ;

4°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de

5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-leur requête est recevable ;

Sur la légalité externe :

- la délibération contestée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que les personnes publiques associées à l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) n'ont pas été régulièrement consultées à l'issue de l'enquête publique, en méconnaissance de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme ;

-elle est irrégulière dès lors que le règlement graphique du PLUi, classant leurs parcelles en zone agricole, est en contradiction avec le contenu du rapport de présentation et le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ;

Sur la légalité interne :

- l'avis du commissaire enquêteur est insuffisamment motivé ;

- le classement en zone A des parcelles en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2020, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Guillini, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la requête est irrecevable ;

-les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 février 2021, a été prononcée en application des articles

R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice admisnirative la clôture immédiate de l'instruction.

Un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2021 après la clôture de l'instruction, pour la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Guillini, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

-les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

-et les observations de Me Marques, pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Les requérants demandent l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a classé en zone agricole les parcelles BA n° 14, 15, 18, 19, 20, 69 et 70 appartenant à Mme et M. D, les parcelles BA n° 77, 78, 79 et 80 appartenant à Mme et M. B, les parcelles BA n° 23, 24, 25 et 26 appartenant à

M. F et les parcelles BA n° 29, 30 et 31 appartenant à Mme et M. G, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé contre cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis : 1° Aux personnes publiques associées à son élaboration mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 () ".

3. Les requérants soutiennent que l'ensemble des personnes publiques associées (PPA) dont la consultation est imposée par l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme n'a pas été consulté à l'issue de l'enquête publique. Toutefois, il ne ressort d'aucun texte législatif ou réglementaire une telle obligation. Alors que les dispositions de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme précitées n'imposent pas à la métropole de saisir de nouveau pour avis les PPA à l'issue de l'enquête publique, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la délibération en litige serait entachée d'un vice de procédure.

4. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement () ".

5. Les requérants soutiennent que le classement de leurs parcelles en zone agricole serait incohérent avec le rapport de présentation qui identifie la zone des Aiguilles, au sein de laquelle leurs terrains s'implantent, comme étant un secteur propice au développement d'activités économiques. Toutefois, il ressort également dudit rapport de présentation que la zone des Aiguilles constitue, outre un secteur propice au développement d'activités, une zone marquée par un vaste paysage agricole, et l'un des derniers que connaît le territoire de la métropole. Par suite, en classant en zone agricole les parcelles des requérants, le classement opéré n'est pas incohérent avec le rapport de présentation.

6. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

7. Il résulte des dispositions précitées que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu et qu'il doit, d'autre part, donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.

8. A l'issue de l'enquête publique, la commission d'enquête a rendu un avis favorable au projet de PLUi, assorti de 18 réserves et de 32 recommandations. Il ressort des pièces du dossier que la commission a recueilli 7 787 demandes distinctes. Son rapport a classé ces nombreuses observations dont celles de M. D par localisation et thématique, classement qui répond à la volonté de les rendre plus lisibles. Il comporte, en outre, un avis motivé de

143 pages, distinct du résumé des observations, ainsi qu'un procès-verbal de synthèse des observations dans lequel la commission d'enquête fait une analyse synthétique des demandes individuelles de constructibilité.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal définit la zone A1 comme : " secteurs agricoles situés dans les espaces proches du rivage et/ ou dans les massifs et dont les enjeux écologiques et/paysagers, en sus des potentialités agronomiques des sols, requièrent de limiter fortement leur constructibilité. () " et la zone A2 comme : " zones correspondant notamment aux autres secteurs agricoles du territoire, notamment en plaine, dans lesquelles l'activité agricole est parfois contrainte par un mitage de l'espace. Dans ces zones, l'objectif consiste à concilier développement de l'activité agricole avec la lutte contre le mitage. () ".

10. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

11. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige, classées en sous-secteur A2, s'implantent au Nord de la zone des Aiguilles marquée par un vaste paysage agricole séparé de la zone d'activité des Aiguilles par l'avenue de la Méditerranée, les photographies aériennes de Géoportail, site officiel accessible tant au juge qu'aux parties, attestant du caractère agricole de ces parcelles. A supposer que ces terrains, vierges de toute construction, soient dépourvus de potentiel agronomique, ce qui n'est au demeurant pas établi, une telle circonstance n'interdit pas aux auteurs du document d'urbanisme de les classer en zone agricole dès lors que, du fait de leurs caractéristiques et de leur localisation, ces parcelles participent à la cohérence de la plaine agricole de Châteauneuf-les-Martigues dans laquelle elles sont insérées. Ainsi, alors même que les parcelles les plus au Sud appartenant à Mme et M. B et à Mme et M. G se situent à proximité de la zone d'activité des Aiguilles et sont recouvertes de gravier pour celles appartenant à Mme et M. G, ces seules circonstances ne suffisent pas à leur ôter tout potentiel agricole. De surcroît, la circonstance que ces mêmes parcelles soient situées à proximité d'installations classées pour la protection de l'environnement ne fait pas, par elle-même, obstacle au classement contesté, alors que certaines d'entre elles accueillent des serres ou des cultures et sont répertoriées comme friches agricoles. Par suite, la délibération contestée ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée du classement des parcelles en cause en zone agricole.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche de mettre à la charge des requérants le paiement d'une somme globale de 1 000 euros à verser à la métropole au titre de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et autres est rejetée.

Article 2 : M. D et autres verseront à la métropole Aix-Marseille-Provence une somme globale de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J D, Mme L D, M. M B, Mme N B née H, M. A F,

Mme K C, M. I G et Mme E G et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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