mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2006365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BENALLOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 août 2020 et 6 juin 2022, M. A B, représenté par Me Benalloul, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 mars 2020 par laquelle le maire de la commune de Marseille a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 8 janvier 2020 l'informant du non renouvellement de son contrat à durée déterminée ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de condamner la commune de Marseille à lui verser une somme de 8 576,44 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait du refus de renouveler son contrat ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de renouveler son contrat ne reposant pas sur l'intérêt du service, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision en litige repose en réalité sur une discrimination illégale à raison de son état de santé ;
- en ne respectant pas la procédure de notification de fin de contrat prévue aux articles 38 et 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988, la commune de Marseille a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;
- ainsi, l'administration ne l'a pas informé avec un délai de préavis de deux mois de son intention de ne pas renouveler son contrat, en méconnaissance de l'article 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable, en méconnaissance de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- les mentions du certificat de travail qui lui a été délivré sont erronées et méconnaissent l'article 38 du décret du 15 février 1988 ;
- du fait de l'illégalité de la décision contestée, il a subi un préjudice économique, un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence devant être évalués à une somme globale de 8 576,44 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre la " décision " du 8 janvier 2020 sont irrecevables dès lors que ce courrier a un simple caractère informatif ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Garron, rapporteur,
- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Benalloul, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté en qualité d'attaché territorial contractuel au sein du service de la santé publique et des handicapés de la commune de Marseille, par des contrats successifs à durée déterminée conclus sur la période du 4 février 2015 au 3 février 2020. A l'issue de son dernier contrat, le maire de la commune de Marseille l'a informé, par un courrier du 8 janvier 2020, de son intention de ne pas renouveler son engagement. M. B a formé le 20 février 2020 un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du 24 mars 2020. Par une réclamation préalable du 3 juin 2020, M. B a sollicité de la commune de Marseille l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du non-renouvellement de son engagement. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 24 mars 2020 et de condamner la commune de Marseille à lui verser une somme de 8 576,44 euros en réparation de ses préjudices.
Sur l'étendue du litige :
2. Il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du maire de la commune de Marseille du 24 mars 2020 rejetant son recours gracieux doivent, par suite, être regardées comme étant aussi dirigées contre le refus du 8 janvier 2020 de renouveler son contrat de travail.
Sur la légalité des décisions attaquées :
3. Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / () 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / () ". Aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de cet article, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent () ".
4. La survenance du terme d'un contrat à durée déterminée ne crée au profit de son bénéficiaire aucun droit à renouvellement. Ainsi, l'autorité compétente peut toujours, pour des motifs tirés de l'intérêt du service, décider de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée d'un agent et mettre fin à ses fonctions. Il appartient au juge, en cas d'absence de reconduction de l'agent dans ses fonctions, de vérifier que cette décision est bien fondée sur des considérations tirées de l'intérêt du service.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration reconnaît, d'une part, qu'elle n'a pas respecté le délai de préavis de deux mois applicable à la situation de M. B, prévu à l'article 38-1 précité du décret du 15 février 1988, et d'autre part, que l'intéressé aurait dû bénéficier d'un entretien préalable en application des mêmes dispositions. Toutefois, la méconnaissance de ces obligations procédurales, qui ne constituent pas des garanties pour l'agent contractuel, et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait exercé, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision contestée, n'est pas susceptible d'entraîner l'annulation de la décision contestée. Par suite, à supposer que le requérant ait entendu invoquer ces vices de procédure à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision du maire de la commune de Marseille du 8 janvier 2020, de tels moyens doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment d'une note établie par son supérieur hiérarchique le 7 janvier 2020, que pour décider, le 8 janvier 2020, de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de M. B, l'administration ne s'est pas fondée sur l'état de santé de l'intéressé mais sur la circonstance que son absence prolongée et continue depuis septembre 2018, soit pendant une durée de plus de quinze mois à la date de la décision contestée, avait perturbé le bon fonctionnement du service. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé à soutenir ni que cette décision serait entachée d'une erreur de droit ni qu'elle reposerait sur un motif constitutif d'une discrimination illégale.
6. En troisième et dernier lieu, la commune de Marseille fait valoir, sans être utilement contredite par M. B qui ne produit aucune pièce en sens contraire, que l'absence prolongée de l'intéressé à compter de septembre 2018 l'avait contrainte à une réorganisation du service ayant engendré le redéploiement de ses missions, qui ont été définitivement attribuées aux autres agents de l'équipe. Si M. B soutient que la collectivité aurait procédé, à la suite de son éviction, à une campagne de recrutement destinée à pourvoir son poste par un agent contractuel, il ne produit aucun élément ni pièce utile à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, le motif d'intérêt général tiré des répercussions de ces absences prolongées sur le fonctionnement du service doit être regardé comme étant établi, la circonstance que sa manière de servir ait été considérée comme satisfaisante étant sans incidence sur la légalité du refus de renouveler son contrat. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant le renouvellement de son contrat, l'autorité territoriale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Marseille, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du maire de la commune de Marseille du 8 janvier 2020 ni, par suite, de la décision du 24 mars 2020 rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, les conclusions de M. B à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
S'agissant de la responsabilité pour faute de la commune :
8. S'il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la méconnaissance des obligations procédurales prévues à l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 n'est pas susceptible d'entraîner l'annulation du refus de renouveler son contrat, elle est en revanche de nature à engager la responsabilité de l'administration sur le fondement de la faute.
9. En revanche, si le certificat de travail délivré à M. B, en application de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988, comporte la mention erronée de son embauche au sein des services municipaux de Marseille à compter du " 19 septembre 2019 ", au lieu du 4 février 2015, cette mention ne résulte que d'une simple erreur de plume et ne saurait être regardée comme constitutive d'une faute. En tout état de cause, à supposer même que M. B ait vainement demandé la délivrance d'un certificat de travail comportant la mention exacte de la date du début de ses fonctions, ce qu'il n'établit pas, il résulte pas de l'instruction que l'erreur commise par l'administration lui aurait causé un préjudice dans ses recherches d'emploi.
10. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la responsabilité de la commune de Marseille ne saurait être engagée qu'en raison de la méconnaissance de ses obligations procédurales relatives au délai de prévenance et à la conduite d'un entretien préalable.
S'agissant de la réparation des préjudices invoqués :
11. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la décision refusant de renouveler le contrat de M. B, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation formelle, reposait sur un motif tiré de l'intérêt du service et était, dès lors, légalement justifiée. Par suite, dès lors que l'autorité territoriale aurait pris la même décision si elle avait respecté les formalités prescrites par l'article 38-1 du décret du 15 février 1988, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander le versement d'une somme de 4 576,44 euros au titre de la différence entre son revenu de remplacement et la rémunération qu'il aurait perçue en cas de reconduction de son contrat pour un an.
12. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. B avait cinq ans d'ancienneté dans son emploi d'attaché territorial et était âgé de 49 ans à la date de son éviction. S'il ne pouvait légitimement s'attendre à la reconduite de son contrat pour une durée indéterminée dès lors qu'il ne remplissait pas les conditions posées à l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction alors applicable, la méconnaissance du délai de prévenance et l'absence d'entretien préalable à la notification de la fin de son contrat lui ont nécessairement causé un préjudice moral, alors même que l'intéressé n'établit pas avoir subi de troubles dans ses conditions d'existence spécifiques en lien avec sa situation de congé de maladie. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B en lui allouant une somme de 1 000 euros au titre de ce chef de préjudice.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de la commune de Marseille à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur les frais du litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Marseille est condamnée à verser une somme de 1 000 euros à M. B en réparation de son préjudice moral.
Article 2 : La commune de Marseille versera une somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Marseille.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
M. Garron, premier conseiller,
Mme Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
F. Garron
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
Le greffier
signé
C. Alves
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026