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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006370

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006370

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSCP GASCHIGNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 août et 14 septembre 2020, Mme B C et l'Institut de paléontologie humaine (IPH), représentés par Me Gaschignard, demandent au tribunal d'annuler la décision du 16 avril 2020 par laquelle le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a refusé d'accorder à Mme C une autorisation d'opération archéologique de prospection avec relevés d'art rupestre.

Ils soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence, dès lors qu'à supposer que le préfet de région ait délégué sa signature au directeur régional des affaires culturelles, ce dernier ne pouvait la subdéléguer au conservateur régional de l'archéologie ;

- cette décision n'est pas motivée en fait ;

- l'administration s'est cru à tort en situation de compétence liée par rapport à l'avis émis par la commission territoriale de la recherche archéologique ;

- la décision en litige repose sur des faits matériellement inexacts et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2021, le préfet de la région PACA conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'institut de paléontologie humaine, en sa qualité de gestionnaire de la subvention, ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire produit pour Mme B C et l'IPH a été enregistré le 21 novembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction fixée au 2 juin 2022, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2010-633 du 8 juin 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, chargée de collection au département de préhistoire du musée de l'Homme, a déposé le 12 décembre 2019 auprès du préfet de la région PACA une demande d'autorisation, au titre des années 2020 à 2022, pour la réalisation de campagnes de prospection avec relevés d'art rupestre sur le site du mont Bego, relevant de la commune de Tende dans les Alpes-Maritimes. Cette demande prévoyait le financement partiel des opérations archéologiques par l'IPH. A la suite de l'avis défavorable émis par la commission territoriale de la recherche archéologique Sud-Est lors de sa session des 10 et 11 mars 2020, le préfet de la région PACA a, par une décision du 16 avril 2020, refusé d'accorder l'autorisation sollicitée. Par la présente requête, Mme C et l'IPH demandent l'annulation de cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 522-1 du code du patrimoine : " Le préfet de région édicte les prescriptions archéologiques, délivre l'autorisation de fouilles et désigne le responsable scientifique de toute opération d'archéologie préventive. Il recueille l'avis de la commission territoriale de la recherche archéologique () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 8 juin 2010 relatif à l'organisation et aux missions des directions régionales des affaires culturelles : " Pour la mise en œuvre des missions énumérées à l'article 2, la direction régionale est notamment chargée de : () 7° Mettre en œuvre la réglementation relative au patrimoine monumental, à l'archéologie, aux musées et à l'architecture () ". D'autre part, aux termes de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de région peut donner délégation de signature () 4° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans la région. () Ces chefs ou responsables de service, ainsi que l'adjoint auprès du directeur régional des finances publiques mentionné au 7°, peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité. () ".

3. Par un arrêté du 21 janvier 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la région PACA a donné délégation à M. A E, directeur régional des affaires culturelles (DRAC) de la région, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à sa direction, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Selon l'article 5 de cet arrêté, M. E peut sous sa responsabilité subdéléguer sa signature aux collaborateurs qu'il aura désignés par arrêté, pris au nom du préfet, pour les domaines relevant de leur activité au sein du service. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 12 février 2019 portant subdélégation de signature de M. E, en cas d'empêchement ou d'absence de ce dernier, la délégation de signature qui lui a été accordée par le préfet de région est alors exercée par M. D F, conservateur régional de l'archéologie, à l'effet de signer les arrêtés de prescription et de fouilles d'archéologie préventive. Par suite, le moyen tiré de ce que M. F, signataire de l'arrêté attaqué, ne disposait pas d'une délégation de signature du DRAC manque en fait.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ () 7°Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ".

5. La décision par laquelle le préfet a refusé d'accorder l'autorisation sollicitée par Mme C est au nombre de celles qui doivent être motivées en vertu des dispositions précitées du 7° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, la décision attaquée se réfère expressément à un extrait de l'avis de la commission territoriale de la recherche archéologique Sud-Est, émis lors de sa session des 10 et 11 mars 2020 et annexé à cette décision. Il ressort de ce document que la commission a rendu un avis défavorable à la demande de Mme C aux motifs qu'elle se situe dans le prolongement des travaux antérieurs menés par le professeur de Lumley jusqu'en 2017 et dont l'autorisation n'a pas été reconduite en 2018, qu'elle ne présente " aucune justification scientifique supplémentaire " par rapport à ces travaux et qu'elle " ne comporte () aucune programmation précise du travail qui resterait à accomplir, aucune localisation des zones qui devraient être traitées ". Selon les motifs de la décision attaquée, l'autorité administrative a décidé de s'approprier les termes de cet avis. Il en résulte que contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces considérations de fait étaient suffisantes pour permettre à Mme C de comprendre les motifs de cette décision et la mettaient à même de pouvoir la contester utilement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait doit être écarté.

6. Il ressort des termes de la décision attaquée, par laquelle le préfet indique qu'il a décidé de suivre l'avis de la commission territoriale de la recherche archéologique Sud-Est, que celui-ci a ainsi exercé son pouvoir d'appréciation et ne s'est pas estimé en situation de compétence liée. Dès lors, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit doit être écarté.

7. Il ressort du dossier de demande d'opération archéologique déposé par Mme C en décembre 2019, que la rubrique intitulée " Méthodologie " et comportant les items " Raisons pour lesquelles la fouille ne peut être évitée (pour les opérations d'archéologique préventive) ", "Etudes préliminaires éventuelles et stratégie générale envisagée " ainsi que " Moyens matériels mis en œuvre (engins mécaniques, pompes, groupes électrogènes, techniques utilisées etc) " n'a pas été renseignée. S'il ressort du résumé du projet scientifique de ce dossier que la demande est justifiée par la nécessité de vérifier le plan des 4 106 roches gravées protohistoriques situées dans 23 zones de la région du mont Bego, les secteurs d'étude ne sont pas clairement identifiés et la programmation n'est pas annoncée. Si les requérants se prévalent d'autres documents qui auraient été remis à l'administration lors de l'instruction de la demande, ils n'apportent aucune précision utile sur la nature de ces documents qui n'ont pas été versés aux débats. La circonstance, à la supposer établie, que la liste des 46 roches gravées découvertes en 2016 a été adressée à plusieurs reprises avec leur localisation précise et qu'il a été justifié de la mise en place d'un système d'information géographique ne saurait en elle-même pallier l'absence de localisation précise dans la demande adressée au préfet de région. Par suite, en retenant, en s'appropriant les termes de l'avis de la commission territoriale de la recherche archéologique Sud-Est, que la demande d'autorisation en vue de la réalisation d'une prospection avec relevé d'art rupestre pluriannuelle sur le site du mont Bego ne comportait pas de programmation précise, ni un exposé clair de la méthodologie mise en œuvre, ni même la localisation des secteurs d'étude envisagés, le préfet de région n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et l'IPH est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à l'Institut de paléontologie humaine et au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. G

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la culture en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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