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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006428

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006428

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOURANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août 2020 et 12 juin 2022,

M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 février 2020 par laquelle la société publique d'aménagement (SPLA) Pays d'Aix Territoires a décidé de préempter le lot de copropriété n° 110 de l'immeuble " La Résidence des Facultés ", situé 31 avenue de l'Europe, cadastré CO n° 36, sur la commune d'Aix-en-Provence ;

2°) d'enjoindre à la SPLA Pays d'Aix Territoires de saisir le juge du contrat afin de faire constater la nullité de la vente intervenue ou à venir et de lui proposer la vente ;

3°) de condamner la SPLA Pays d'Aix Territoires aux dépens et de mettre à sa charge les frais intervenus en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le lot n°110 sera impacté par les futurs travaux de réhabilitation de l'ensemble immobilier " La Résidence des Facultés " en méconnaissance de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision est illégale en ce qu'elle ne concerne pas un logement en méconnaissance de la concession d'aménagement pour le projet de renouvellement urbain du quartier d'Encagnane n°19/0094 ;

- la décision de préemption ne précise pas suffisamment la nature du projet envisagé et n'est donc pas suffisamment motivée au regard de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 mai et 21 novembre 2022, la SPLA Pays d'Aix Territoires, représentée par Me Courant, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. A une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Courant, représentant la SPLA Pays d'Aix Territoires.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 décembre 2019, la Métropole Aix-Marseille-Provence a délégué de manière permanente à la société publique d'aménagement (SPLA) Pays d'Aix Territoires le droit de préemption urbain renforcé sur la résidence des Facultés. Le

24 janvier 2020, une promesse de vente concernant une place de parking et les vingt-quatre/cent millièmes de la propriété du sol et des parties communes générales d'un immeuble et des parties communes (lot de copropriété n° 110) de l'immeuble " La Résidence des Facultés ", situé

31 avenue de l'Europe, cadastré CO n° 36, sur la commune d'Aix-en-Provence, a été signée au bénéfice de M. A. Par une décision du 24 février 2020, la SPLA Pays d'Aix Territoires a exercé le droit de préemption sur ce bien. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de la décision de préemption en litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. " Aux termes de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. " Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'Etat a lancé en 2015 un plan de sauvegarde de la copropriété " Les Facultés ", située sur la commune d'Aix-en-Provence, compte tenu de sa dégradation et de ses dysfonctionnements. Par une délibération du 13 décembre 2018, la Métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé une concession d'aménagement avec la SPLA Pays d'Aix Territoires relative à l'opération de renouvellement urbain du quartier Encagnane sur la commune d'Aix-en-Provence, quartier dans lequel se situe " Les Facultés ", projet cofinancé par l'agence nationale pour la rénovation urbaine. Ainsi, la préemption en cause s'inscrit dans le cadre d'une opération de renouvellent urbain de ce quartier. Il est constant que la concession d'aménagement mentionne expressément la réhabilitation de la copropriété des Facultés par le moyen d'un plan de sauvegarde, la poursuite de l'acquisition des logements et l'engagement de travaux de restriction et de réhabilitation. Dans ces conditions, le droit de préemption urbain en litige répond aux objets définis à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de préemption notifiée au vendeur, pris en la personne du notaire chargé de la vente en application de l'article L. 300-1, figurait dans le dossier de préemption adressé à M. A et comportait la convention de concession d'aménagement du quartier Encagnane, la délibération déléguant le droit de préemption à la SPLA Pays d'Aix Territoires et l'avis de France Domaine. Elle mentionnait en outre les dispositions du code de l'urbanisme utilement applicables et était donc suffisamment motivée au regard de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, rappelé au point 2.

5. En troisième lieu, un relevé de décision du 1er février 2020, établi dans le cadre de l'opération de renouvellement urbain du quartier et spécifique au plan de sauvegarde de la résidence des Facultés, précise au demeurant que la mise en place des mesures de sécurité incendie implique des travaux, notamment sur les lots de parking en sous-sol, certains devant être transformés en parties communes ou modifiés pour l'aménagement de dispositifs coupe-feu, d'issues et de désenfumage. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3, la circonstance que la concession d'aménagement mentionne l'acquisition de logements, et non de garages, est sans incidence sur la légalité de la préemption en litige, laquelle répond aux objectifs de réhabilitation de la copropriété des Facultés. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait la concession d'aménagement pour le projet de renouvellement urbain du quartier Encagnane n°19/0094 doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En dernier lieu, en se bornant à supposer que la SPLA Pays d'Aix Territoires pourrait rechercher, par la décision en litige, un bénéfice tiré de l'augmentation du prix des garages dans le quartier Encagnane compte tenu de sa rénovation en cours, le requérant n'établit pas l'existence d'un détournement de pouvoir.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision d'exercer le droit de préemption, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SPLA Pays d'Aix Territoires, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme sollicitée par la SPLA Pays d'Aix Territoires au titre des frais de même nature.

10. D'autre part, la présente instance n'a généré aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées sur ce point par M. A doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SPLA Pays d'Aix Territoires sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société publique d'aménagement Pays d'Aix Territoires.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. ARNIAUD

La présidente,

signé

I. HOGEDEZ

Le greffier,

signé

A. BRÉMOND

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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