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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006461

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006461

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2020, Mme C A, représentée par Me Rossi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juin 2020 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations (CDC) lui a refusé le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité (ATI) ;

2°) d'enjoindre à la CDC de lui accorder le bénéfice de l'ATI ;

3°) de mettre à la charge de la CDC une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée ne détaille pas suffisamment les éléments médicaux permettant à la CDC de contredire les avis rendus par les deux experts médicaux qui l'ont examinée ;

- la CDC n'a pas informé la ville de Marseille de sa décision et la ville ne l'a pas informée de cette même décision ;

- la CDC a commis une erreur de fait et une erreur de droit dès lors que le premier expert qui l'a examinée a considéré que sa tendinopathie de la coiffe des muscles rotateurs de l'épaule appartenait au tableau 57 A des maladies professionnelles et que le deuxième expert a fixé son incapacité permanente partielle (IPP) à un taux de 15 % ; ce dernier a également estimé qu'il existait un état antérieur de 8 % en lien avec une périarthrite scapulo-humérale calcifiante lequel a été considéré à tort par la CDC comme remettant en cause l'appartenance de sa maladie au tableau 57 A, alors que cette circonstance avait été reconnue déjà par deux fois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2020, la CDC conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Bongiorno substituant Me Rossi, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative territoriale, exerce les fonctions de gestionnaire de centre aéré pour la ville de Marseille. Par une décision du 1er août 2017, la ville a considéré que la pathologie de la requérante, s'agissant d'une tendinopathie de la coiffe des rotateurs droite, était imputable au service sur le fondement du tableau des maladies professionnelles 57 A " Affections péri-articulaires provoquées par certains gestes et postures de travail ". Par un arrêté du 16 décembre 2019, la ville de Marseille a attribué l'ATI à la requérante. Par une décision ultérieure mais non datée, la CDC a refusé d'octroyer cette allocation à Mme A dont le recours gracieux du 28 mai 2020 a été rejeté par une décision du 26 juin 2020. La requérante doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision de refus non datée de la CDC ainsi que sa décision du 26 juin 2020 et d'enjoindre à la caisse de lui accorder le bénéfice de l'ATI.

Les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la décision refusant à un fonctionnaire le bénéfice de l'ATI doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens des dispositions précitées du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. La décision de refus d'attribution en litige vise le décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière et mentionne que Mme A ne remplit pas les conditions requises pour bénéficier de l'ATI au titre d'une maladie professionnelle appartenant au tableau 57 A au motif que sa maladie est de nature calcifiante. Elle indique par ailleurs que son taux d'IPP évalué à 15 % ne lui permet pas de se voir attribuer l'ATI au titre de l'existence d'un lien direct entre sa maladie et son travail habituel dès lors que le taux minimal requis est de 25 %. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la CDC n'a pas informé de sa décision la ville de Marseille qui n'a pas pu l'informer à son tour, il résulte de l'instruction que la requérante ayant adressé un recours gracieux par lettre du 28 mai 2020, elle a nécessairement eu connaissance de la décision attaquée. Par ailleurs, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 2 mai 2005 : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée, dans les conditions fixées par le présent décret, aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et qui sont affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par le conseil médical prévu par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. / Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la CDC, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; / b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées par les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; / c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions mentionnées aux alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale [devenus les alinéas 6 et 7], sous réserve des dispositions de l'article 6 du présent décret ". Aux termes de l'article R. 461-1 du code de la sécurité sociale : " () Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé () ". Aux termes de l'article R. 461-8 du même code : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

7. S'agissant des dispositions du a) de l'article 2 du décret du 2 mai 2005, Mme A ne conteste pas qu'elle a été victime d'une maladie, reconnue imputable au service, et non d'un accident de service. Par suite, elle ne remplit pas les conditions précitées pour se voir attribuer l'ATI. S'agissant des dispositions du b) du même article, il résulte de l'expertise médicale réalisée le 23 novembre 2017 que le médecin requis a considéré que Mme A présentait une maladie entrant dans le champ du tableau 57 A des maladies professionnelles. Toutefois, la tendinopathie inflammatoire chronique, calcifiée avec une tendinopathie calcifiante du supra-épineux diagnostiquée par l'expert ne relève ni de la tendinopathie aiguë non rompue non calcifiante avec ou sans enthésopathie de la coiffe des rotateurs, ni de la tendinopathie chronique non rompue non calcifiante avec ou sans enthésopathie de la coiffe des rotateurs objectivée par imagerie par résonance magnétique (IRM), ni de la rupture partielle ou transfixiante de la coiffe des rotateurs objectivée par IRM, seules pathologies appartenant à ce tableau pour les maladies de l'épaule. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le médecin qui a réalisé une nouvelle expertise le 12 juillet 2012 a diagnostiqué une tendinopathie inflammatoire chronique calcifiante avec enthésopathie calcifiante du supra épineux qui n'entre pas non plus dans le champ du tableau 57 A des maladies professionnelles. Dans ces conditions, la pathologie subie par Mme A doit être regardée comme n'appartenant à ce tableau, malgré les avis des deux experts médicaux, notamment en raison de son caractère calcifiant. S'agissant des dispositions du c) du décret du 2 mai 2005, s'il est constant que la pathologie de Mme A a été reconnue comme maladie professionnelle, il ne résulte pas de l'instruction que cette maladie est à l'origine d'une IPP fixé à au moins 25 % en application des articles R. 461-1 et R. 461-8 du code de la sécurité sociale.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision non datée par laquelle la CDC a refusé l'attribution de l'ATI à Mme A ainsi que de la décision du 26 juin 2020 rejetant son recours gracieux du 28 mai 2020 doivent être rejetées.

Les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la CDC, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme C A et à la Caisse des dépôts et consignations.

Copie en sera adressé à la ville de Marseille.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. B

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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