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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006591

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006591

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPUIGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er septembre 2020, le 1er décembre 2021 et le 29 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Puigrenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2020 par laquelle le directeur de Campus Nature Provence a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonction pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au directeur de Campus Nature Provence de prononcer sa réintégration effective, juridique et administrative, à compter du 1er septembre 2020, et de reconstituer sa carrière pour la période d'exécution de la sanction, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Campus Nature Provence la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que son dossier individuel, qui lui a été communiqué dans des délais anormalement long, est incomplet, ce qui a été de nature à influer sur le sens de la décision ;

- la composition du conseil de discipline est irrégulière en ce qu'elle ne respecte pas l'exigence de parité de ses membres ;

- sa saisine est irrégulière dès lors qu'elle aurait dû se tenir avant son entretien préalable ;

- l'enquête administrative a été partiale ;

- les faits qui lui sont reprochés ne peuvent être qualifiés de fautes disciplinaires ;

- la sanction infligée est manifestement disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, Campus Nature Provence, représenté par Me Jean-Pierre, conclu au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juin 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Une note en délibéré présentée par Mme B a été enregistrée le 24 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n°2014-364 du 21 mars 2014 ;

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période.

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public ;

- et les observations de Me Puigrenier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée le 23 novembre 2012 par l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole " Campus Nature Provence " par contrat de droit public à durée déterminée puis, à compter du 1er septembre 2015, par contrat de droit public à durée indéterminée. Elle a été principalement chargée de fonction relevant de la catégorie C d'assistante pédagogique et administrative dans les services des ressources humaines, a occupé des fonctions d'assistante de prévention et a détenu des mandats syndicaux au sein de cet établissement. Par décision du 24 janvier 2020, elle a été suspendue de ses fonctions à titre conservatoire suite à des conflits avec des agents du service et à la diffusion de données personnelles et confidentielles d'agents de l'établissement. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision du 10 août 2020 par laquelle le directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole " Campus Nature Provence " lui a infligé la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 44 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " L'agent non titulaire à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous documents annexes et à se faire assister par les défenseurs de son choix. / L'administration doit informer l'intéressé de son droit à communication du dossier ".

3. Si Mme B soutient que son dossier individuel lui a été communiqué dans un délai anormalement long, il ressort des pièces du dossier qu'elle a formulé sa demande de communication le 3 mars 2020 et que l'administration lui a répondu le 8 mars 2020 qu'elle pourrait consulter son dossier le 13 mars 2020. Un nouveau rendez-vous lui a été proposée le 25 juin 2020 après la période de confinement et conformément à l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 susvisée. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En outre, en se bornant à soutenir que son dossier individuel a été numéroté en dépit du bon sens et pour les besoins de la cause et qu'il comprenait une sanction qui ne pouvait y figurer et qui avait en outre été retirée, sans produire aucune pièce au soutien de ces moyens, Mme B n'établit pas ses allégations. Par ailleurs, la circonstance que son dossier ne comprenait que ses notations 2017 et 2019 alors qu'elle travaille dans l'établissement depuis 2012, aussi regrettable que cela soit, n'induit pas que son dossier soit incomplet dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ce sont les seules évaluations de Mme B réalisées depuis son recrutement au sein de l'établissement public. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'irrégularité et l'incomplétude de son dossier individuel a eu une incidence sur le sens de la décision contestée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Dans toutes les administrations de l'Etat et dans tous les établissements publics de l'Etat, il est institué, par arrêté du ministre intéressé ou par décision de l'autorité compétente de l'établissement public, une ou plusieurs commissions consultatives paritaires comprenant en nombre égal des représentants de l'administration et des représentants des personnels mentionnés à l'article 1er. (). ".

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il ressort du procès-verbal de la commission consultative paritaire régionale du 8 juillet 2020 que 7 représentants de l'administration et de 4 représentants du personnel siégeaient et que 4 représentants syndicaux et 4 représentants de l'administration ont effectivement participé au vote. Ainsi, compte tenu du respect du principe de parité au moment du vote tel qu'exigé par les dispositions précitées, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée d'une garantie et que l'irrégularité alléguée de ladite commission aurait influé sur le sens de la décision.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 47-2 du décret du 17 janvier 1986 précité : " La consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 1-2 doit intervenir avant l'entretien préalable mentionné à l'article 47 en cas de licenciement d'un agent : 1° Siégeant au sein d'un organisme consultatif au sein duquel s'exerce la participation des fonctionnaires et agents de l'Etat ".

9. Le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission paritaire avant la tenue de son entretien préalable à licenciement doit être écarté dès lors qu'il est indiqué dans le courrier du 24 février 2020 qu'une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement a été engagée à son encontre en vertu de l'article 1-2 du décret du 17 janvier 1986 et non une procédure de licenciement relevant de l'article 47-2 du décret précité.

10. En quatrième lieu, en l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir.

11. En l'espèce, la requérante soutient que seuls les procès-verbaux d'audition à charge figurent à son dossier disciplinaire tandis que le procès-verbal d'audition à décharge n'a pas été joint et que ces auditions ont été menées postérieurement à la mesure de suspension conservatoire prononcée à son encontre et faisant obstacle à ce qu'elle puisse se rendre sur son lieu de travail. Toutefois, ces seules circonstances ne sont pas de nature à elles-seules à démontrer le caractère déloyal de l'enquête administrative menée dans le cadre de la procédure disciplinaire. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'enquête administrative a été partiale.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 43-1 du décret n°86-83 précité dans sa version en vigueur à la date du litige : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ". Et aux termes de l'article 43-2 dudit décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents non titulaires sont les suivantes () 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ".

13. Il appartient au juge administratif, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

14. Pour infliger à Mme B la sanction d'exclusion temporaire des fonctions d'une durée de trois mois, le directeur de Campus Nature Provence a tout d'abord considéré que l'intéressée a fait preuve d'un comportement inapproprié en adoptant une attitude provocatrice, menaçante et agressive à l'égard de ses collègues de travail, notamment les 21 et 29 janvier 2020. Il ressort des pièces du dossier que le 21 janvier 2020, Mme B a contacté par téléphone un collègue à propos de l'achat de matériel et que ce dernier a mis fin unilatéralement à cet appel, se sentant dénigré et agressé verbalement. Mme B s'est alors présentée dans son bureau, a dénigré son travail à haute voix et a refusé de sortir en dépit de la demande de son collègue. Le 29 janvier 2020, Mme B s'est présentée dans le bureau d'une collègue en raison d'une erreur commise par cette dernière sur sa paie. Les attestations des personnes présentes dans le bureau ainsi que de la collègue objet de l'altercation relèvent un comportement agressif tant verbalement que physiquement ainsi qu'un dénigrement à haute voix du travail de la personne, y compris en dehors du bureau. La requérante fait valoir, par la production d'attestations de la part de ses collègues, que les personnes en cause ont fait preuve d'exagération et qu'elle est au contraire restée très calme dans les situations évoquées. Peu circonstanciées, ces attestations ne sont pas de nature à remettre en cause les nombreux témoignages très étayés et précis recueillis par l'administration et qui relèvent également de manière générale que l'intéressée peut avoir de manière récurrente un comportement pouvant paraitre agressif à ses collègues. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur dans la matérialité des faits en reprochant à l'intéressée un manquement aux obligations de dignité, de réserve et de correction et par suite une faute.

15. Pour infliger à Mme B la sanction litigieuse, le directeur de Campus Nature Provence s'est également fondé sur la circonstance que Mme B a téléchargé des documents administratifs confidentiels oubliés par un agent sur un scanner et a diffusé en interne et en externe ces documents confidentiels contenant des informations personnelles non anonymisées et couvertes par le secret de la vie privée des agents de l'établissement scolaire.

16. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui reconnait les faits, a enregistré sur son ordinateur et transmis à des agents du service et à des représentants syndicaux nationaux, des éditions récapitulatives des cotisations de janvier 2020, du livre de paie et du montant des prélèvements à la source opérée par agent. Les bulletins de salaire sont des documents administratifs communicables à toute personne qui en fait la demande en application de la loi du 17 juillet 1978 et sous réserve que soit préalablement occultée les mentions qui porteraient atteinte à la protection de la vie privée des agents, ce que Mme B a omis de faire. La circonstance qu'elle ait transmis ces documents en vue de signaler des erreurs commises sur les taux de prélèvement à la source ne faisait pas obstacle à ce qu'elle supprime les données personnelles et confidentielles desdits documents. Ses fonctions de représentant syndical et son expérience en matière de gestion des ressources humaines auraient dû induire de sa part un comportement plus réfléchi et plus prudent ainsi qu'un strict respect des procédures en la matière. Par suite, le directeur de l'établissement n'a pas commis d'erreur sur la matérialité des faits en lui reprochant d'avoir violé ses obligations de secret et de discrétion professionnelle.

17. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'absence de faute commise par l'intéressée doit être écartée.

18. En dernier lieu, Mme B estime que la sanction infligée est disproportionnée. Toutefois, les faits mentionnés ci-dessus, dont la matérialité est établie et reconnue par l'intéressé, sont constitutifs de fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire dans la mesure où ils constituent des manquements aux obligations déontologiques de l'agent, à savoir l'obligation de dignité, de réserve et de correction et plus gravement à l'obligation de secret et de discrétion professionnelle. Par conséquent, l'établissement Campus Nature Provence n'a pas pris une sanction disproportionnée en prononçant à l'encontre de Mme B une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Campus Nature Provence qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros au même titre à verser à Campus Nature Provence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à Campus Nature Provence une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur de Campus Nature Provence.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2022.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

La présidente,

Signé

Mme C La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au directeur de Campus Nature Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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