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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006623

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006623

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2020, Mme B C, représentée par la SELARL Grimaldi Molina et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2020 de la directrice des maisons de l'enfance et de la famille (A) du département des Bouches-du-Rhône portant sanction de blâme à son encontre, ensemble la décision du 30 juin 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision infligeant le blâme n'est pas suffisamment motivée ;

- le blâme est une sanction disproportionnée au vu des fautes professionnelles reprochées.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2022, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Vivien, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mai 2022.

Des pièces demandées postérieurement à la clôture de l'instruction en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative ont été produites respectivement par le département des Bouches-du-Rhône et par Mme C les 6 et 7 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le décret n°97-487 du 12 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- les observations de Me Radi représentant le département des Bouches-du-Rhône.

Une note en délibéré, présentée par la requérante, a été enregistrée le 12 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été nommée stagiaire de la fonction publique hospitalière au grade d'assistant socio-éducatif au sein de la A, service du département des Bouches-du-Rhône à compter du 1er décembre 2014. Par une décision du 31 janvier 2020, la directrice de la A lui a infligé un blâme. Mme C a formé un recours gracieux par courrier du 26 mars 2020, qui a été rejeté par décision du 30 juin 2020. Elle a alors saisi le tribunal administratif en vue de l'annulation de la sanction prononcée à son égard, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur la légalité de la décision du 31 janvier 2020 :

2. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " L'avis émis par le conseil de discipline est communiqué sans délai au fonctionnaire intéressé ainsi qu'à l'autorité qui exerce le pouvoir disciplinaire. Celle-ci statue par décision motivée ".

3. Par ces dispositions le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. En l'espèce, la décision infligeant le blâme énonce, de façon précise et détaillée, les circonstances de fait et les griefs ayant conduit la A à prononcer la sanction disciplinaire à l'encontre de Mme C ainsi que les considérations de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article 28 de la loi du 13 juillet de 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées ". Selon les dispositions de l'article 29 de la même loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 16 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique hospitalière dispose que " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être infligées aux stagiaires sont : ()2° Le blâme ;() ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. En l'espèce, la A reproche en premier lieu à Mme C d'avoir donné des éléments d'information partiels à la psychologue de service concernant l'une des jeunes filles hébergées lors de son appel du 19 août 2019 et de ne pas avoir ainsi respecté la procédure l'obligeant à prendre connaissance du carnet de liaison lors de la prise de son service. Elle lui reproche, en second lieu, de n'avoir pas personnalisé un rapport de situation d'une jeune mineure non accompagnée en reprenant le contenu d'un rapport concernant une autre mineure pourtant dans une situation différente, et sans avoir en outre averti de la nécessité de recourir à un traducteur.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C n'a pas donné par téléphone à la psychologue le 19 août 2019 des informations pertinentes sur l'état réel et inquiétant de la jeune fille concernée dénommée Lola, qui pourtant figuraient dans le cahier de liaison dont des extraits sont produits, cahier qu'elle a reconnu n'avoir pas lu comme cela est retranscrit dans le rapport de son chef de service du 19 décembre 2019. Elle reconnaît par ailleurs avoir manqué de discernement en procédant à des " copier-coller " entre deux rapports concernant des jeunes mineures non accompagnées et en ne sollicitant pas un traducteur pourtant nécessaire. Ainsi les faits reprochés à Mme C constituent des fautes de nature à justifier une sanction. La sanction retenue à savoir un blâme, sanction de premier groupe, n'est dès lors, au vu des fautes commises, pas disproportionnée à la gravité de ces fautes.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C contre la décision du 31 janvier 2020 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 juin 2020 par laquelle le département des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours gracieux.

Sur les frais d'instance

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à payer à Mme C la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de Mme C le versement d'une somme de 300 euros au département des Bouches-du-Rhône.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera au département des Bouches-du-Rhône la somme de 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2006623

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