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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006728

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006728

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGOUTALAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2020, et deux mémoires complémentaires enregistrés les 11 juin et 14 juillet 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société par actions simplifiée Boulangeries BG, représentée par Me Goutaland, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2020 par laquelle l'inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de la direction de la protection des populations des Bouches-du-Rhône lui a enjoint pour l'établissement qu'elle exploite à Istres :

- d'une part, en application de l'article L. 521-1 du code de la consommation, dans un délai de deux semaines à compter de la réception de la décision d'injonction, d'afficher les prix des produits mis en vente dès l'ouverture de l'établissement aux clients et de présenter un écriteau indiquant comme titre " prix du pain " visible à l'extérieur de l'établissement ;

- d'autre part, en application de l'article L. 521-5 du code de la consommation, dans un délai de deux semaines à compter de la réception de la décision d'injonction, de procéder au nettoyage et à la désinfection des équipements et des locaux de la zone de production et de stockage de l'établissement, de stocker les produits de manière à ce qu'ils soient protégés des risques de contamination, de mettre en place un suivi pour s'assurer du respect des mesures de nettoyage et de désinfection, d'inscrire sur toutes les denrées alimentaires, préemballées, utilisées dans la préparation et/ou la fabrication la date d'ouverture de l'emballage, de respecter les indications fournies par le fabricant pour les denrées alimentaires préemballées, et d'indiquer l'état " décongelé " de manière visible, à proximité de l'ensemble des pâtisseries mises en vente.

2°) d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle la directrice départementale de la protection des populations des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours hiérarchique ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'inspecteur n'était pas compétent pour adresser des injonctions dès lors que la situation constatée ne présentait pas un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs ;

- la décision est insuffisamment motivée en droit dès lors que les textes cités ne permettent pas de retrouver les infractions qui fondent l'injonction, et en fait dès lors que l'approximation de certains manquements relevés ne permet pas d'apprécier la réalité de ceux-ci ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que l'inspecteur n'a pas démontré que les produits fabriqués, détenus ou mis sur le marché présentent ou sont susceptibles de présenter un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs ;

- l'inspecteur a commis une erreur en retenant que la date d'ouverture de l'emballage d'une denrée alimentaire ferait partie des informations obligatoires que l'exploitant doit être en mesure de fournir lors du contrôle ;

- le stockage des produits est conforme aux dispositions légales ;

- les salissures constatées lors de la visite du 11 février 2020 sont susceptibles de relever de l'activité quotidienne normale d'une boulangerie ;

- le datage systématique des denrées à l'ouverture a été réalisé ;

- les préconisations des fabricants des denrées alimentaires ont été respectées ;

- l'information sur les denrées décongelées se situe à proximité immédiate des produits concernés, de sorte que les informations sont données de manière correcte ;

- l'affichage des prix a été réalisé, en particulier concernant le prix du pain ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la mise en place des mesures correctives en réponse à la lettre d'information préalable aurait dû conduire à surseoir à la mesure d'injonction ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors qu'en l'absence de contre-visite, elle ouvre la possibilité d'utiliser la procédure de l'amende administrative afin de sanctionner de manière autonome des infractions relevant du Parquet.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 6 mai et 1er juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale concernant le manquement relatif au datage des denrées ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n°178/2002 du 28 janvier 2002 du Parlement et du Conseil ;

- le règlement (UE) n°852/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le règlement (UE) n°1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 ;

- le code de la consommation ;

- l'arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l'information du consommateur sur les prix ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- les observations de Me Goutaland, pour la SAS Boulangeries BG,

- et les observations de Mme A, pour la direction de la protection des populations des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. La boulangerie Marie Blachère située au 52, rue de l'Equerre à Istres, gérée par la société Boulangeries BG, a fait l'objet d'un contrôle le 21 février 2020 par l'inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. A la suite de ce contrôle, l'inspecteur a fait parvenir à la société une lettre d'information préalable à une injonction administrative du 3 mars 2020 l'invitant à présenter ses observations sous huit jours, cette lettre étant accompagnée d'un procès-verbal de constatations. Par une décision du 3 juin 2020, l'inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de la direction de la protection des populations des Bouches-du-Rhône lui a enjoint, dans un délai de deux semaines à compter de la réception de la décision d'injonction, d'une part, en application de l'article L. 521-1 du code de la consommation, d'afficher les prix des produits mis en vente dès l'ouverture de l'établissement aux clients et de présenter un écriteau indiquant le prix du pain visible à l'extérieur de l'établissement, d'autre part, en application de l'article L. 521-5 du même code, de procéder au nettoyage et à la désinfection des équipements et des locaux de la zone de production et de stockage de l'établissement, de stocker les produits de manière à ce qu'ils soient protégés des risques de contamination, de mettre en place un suivi pour s'assurer du respect des mesures de nettoyage et de désinfection, d'inscrire sur toutes les denrées alimentaires, préemballées, utilisées dans la préparation et/ou la fabrication la date d'ouverture de l'emballage, de respecter les indications fournies par le fabricant pour les denrées alimentaires préemballées, et d'indiquer l'état " décongelé " de manière visible, à proximité de l'ensemble des pâtisseries mises en vente. La société Boulangeries BG a formé un recours hiérarchique le 23 juin 2020 auprès de la directrice départementale de la direction de la protection des populations des Bouches-du-Rhône, qui a été rejeté par décision du 7 juillet 2020. La société Boulangeries BG demande au tribunal d'annuler les deux décisions du 3 juin et du 7 juillet 2020.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la procédure préalable :

2. L'article L. 512-1 du code de la consommation dispose que : " Sous réserve de dispositions spécifiques, les dispositions du présent chapitre s'appliquent à la recherche et à la constatation des infractions et des manquements ainsi qu'à l'exercice des contrôles administratifs. " et son article L. 512-2 prévoit que : " Les infractions et les manquements sont constatés par des procès-verbaux, qui font foi jusqu'à preuve contraire. ". Aux termes de l'article R. 512-1 de ce code : " Les procès-verbaux constatant une infraction ou un manquement établis par les agents habilités énoncent la nature, la date et le lieu des constatations ou des contrôles effectués./ Ils sont signés par les agents ayant procédé aux constatations ou au contrôle ".

3. Contrairement à ce que soutient la requérante, le procès-verbal de manquement du 28 février 2020 accompagnant la lettre d'information préalable expose l'existence d'un danger ou de la possibilité d'un danger, découlant notamment d'un défaut d'hygiène. Ce procès-verbal signé par l'inspecteur chargé du contrôle, qui cite les textes pertinents sur lesquels il se fonde pour chaque manquement relevé et, quand bien même il comporterait un rappel du chapitre VI de l'annexe II du règlement n°852/2004 portant sur les déchets alimentaires qui ne correspond à aucun manquement répertorié, comprend l'ensemble des énonciations exigées à l'article R. 512-1 du code de la consommation, tient lieu de procès-verbal de constatation et permettait à la société requérante de connaître et, par suite, de discuter les éléments de faits constatés lors de la visite de contrôle.

4. En outre, si la requérante soutient qu'elle a fourni, lors de la phase contradictoire, à l'appui de son courrier du 12 mars 2020 en réponse à la lettre d'information préalable, des photographies des locaux et des équipements nettoyés, le descriptif détaillé des mesures de formation mises en place concernant notamment le rangement et la protection des denrées alimentaires et la feuille d'émargement des personnes ayant suivi cette formation les 7 et 10 mars 2020, des mesures de formation pour assurer la pérennité du nettoyage et de la désinfection des locaux, notamment l'application d'un plan de nettoyage, pour assurer la traçabilité des matières premières, le respect des préconisations des fabricants de matières premières en matière de durée de vie de leurs produits avec datage systématique des denrées à l'ouverture, et sur l'affichage de l'information concernant les produits décongelés, ces éléments ces éléments ne faisaient pas obstacle à ce que l'administration prenne ultérieurement une décision d'injonction. La société requérante n'est par ailleurs pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû diligenter un nouveau contrôle pour s'assurer de la mise en conformité de l'entreprise avec ses obligations avant de prendre la décision attaquée, dès lors qu'aucune disposition du code de la consommation n'impose un tel contrôle sur place entre l'envoi de la lettre d'information préalable et le prononcé d'une injonction.

En ce qui concerne la loyauté de l'information donnée aux consommateurs :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de la consommation, dans sa rédaction issue de l'ordonnance du 14 mars 2016 relative à la partie législative du code de la consommation : " Lorsque les agents habilités constatent un manquement ou une infraction avec les pouvoirs prévus au présent livre, ils peuvent, après une procédure contradictoire, enjoindre à un professionnel, en lui impartissant un délai raisonnable qu'ils fixent, de se conformer à ses obligations ".

6. En premier lieu, si la requérante soutient qu'elle a fourni, lors de la phase contradictoire, dans son courrier du 12 mars 2020, une information relative à l'action de formation spécifique sur l'affichage des prix qu'elle a réalisée le 7 mars 2020 et un rappel des règles de l'affichage du prix du pain auprès du personnel concerné, ainsi qu'un tableau d'affichage de prix visible de l'extérieur de la boulangerie, il ressort de la décision d'injonction du 3 juin 2020 que l'inspecteur a pris en compte ces observations. En outre, de tels éléments, qui relèvent de simples renseignements, déclarations et photographies, dont les dates et lieux ne sont au demeurant pas vérifiables, ne permettent pas de remettre en cause les constatations opérées par l'inspecteur conformément aux dispositions de l'article L. 512-2 du code de la consommation précitées, alors par ailleurs que la rectification des défauts d'affichage de prix ne porte que sur une partie des produits en cause et qu'aucune précision n'est donnée quant à la formation que les employés auraient reçue sur l'application des règles d'affichage de prix. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de l'administration sur ce point doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le point 1 de la partie A de l'annexe VI du règlement (UE) n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 précise que la denrée alimentaire comporte ou est assortie d'une mention relative à l'état physique dans lequel elle se trouve ou au traitement spécifique qu'elle a subi, par exemple surgelé, au cas où l'omission de cette information serait susceptible d'induire l'acheteur en erreur. Le point 2 de cette annexe précise que dans le cas spécifique des denrées qui ont été congelées avant la vente et sont vendues décongelées, la dénomination est accompagnée de la mention " décongelé ". Aux termes de l'article R. 412-11 du code de la consommation : " La dénomination, au sens du règlement (UE) n° 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 modifié concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, de toute denrée alimentaire présentée non préemballée sur les lieux de vente au consommateur final, et, le cas échéant, les autres mentions obligatoires qui doivent l'accompagner, sont indiquées sur la denrée elle-même ou à proximité de celle-ci de façon qu'il n'existe aucune incertitude quant à la denrée à laquelle elles se rapportent ".

8. Il ressort du procès-verbal de constats du 28 février 2020 établi par l'administration et de l'annexe 7 du courrier d'observations du 12 mars 2020 de la requérante, que l'information relative au traitement de congélation-décongélation, que la SAS Boulangeries BG a choisi de porter à la connaissance des consommateurs par l'emploi conjoint d'un pictogramme et d'une affiche donnant l'explication de ce pictogramme et des modalités d'utilisation de la congélation lors de l'élaboration des produits, était visible, en ce qui concerne l'affiche explicative, sur une pancarte relative aux tarifs des boissons, placée à près de deux mètres de hauteur alors que les pâtisseries concernées sont exposées dans des vitrines basses. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'information sur les denrées décongelées, lesquelles se distinguent des denrées surgelées vendues, elles, en l'état de congélation, bien que se situant à moins de deux mètres des produits concernés, aurait été donnée conformément aux dispositions précitées. Si elle soutient qu'un tel affichage n'était pas rendu nécessaire compte tenu de l'absence de risque lié à la recongélation des produits visés, en l'espèce des bugnes et des tartes tropéziennes, l'obligation de faire apparaître une telle mention n'est pas liée, aux termes des dispositions visées au point 7, à l'existence d'un tel risque mais seulement à l'état de la denrée au moment de sa vente, que ces pâtisseries aient été à l'origine congelées ou surgelées. En outre, et alors même qu'aucun élément au dossier ne permet d'établir que la recongélation de ces produits n'aurait pas d'effets qui nuisent à leur qualité ou à la sécurité du consommateur, c'est sans erreur de droit que l'inspecteur a pu décider de prononcer une injonction sur ce point en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de la consommation, et non de l'article L. 521-5 du même code.

9. Ainsi, dès lors que l'administration a poursuivi, par les décisions attaquées, les objectifs garantis notamment par les dispositions du règlement (UE) n°1169/2011 du 25 octobre 2011 d'une information claire des consommateurs sur les caractéristiques des données alimentaires et qu'il n'est pas établi, contrairement à ce que soutient la société requérante, que, compte tenu de ce qui précède et au regard de l'absence de démonstration de la cessation des manquements à la date de la décision attaquée, les étiquetages litigieux respecteraient les règles de l'Union européenne ci-dessus mentionnées, cette société n'est pas fondée à soutenir qu'en prescrivant les mesures d'injonction contestées concernant l'étiquetage de produits qu'elle commercialise, l'administration aurait pris des mesures qui n'étaient pas adaptées, nécessaires et proportionnées à la finalité poursuivie, ou que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la mise en place de mesures correctives en réponse à la lettre d'information préalable.

En ce qui concerne la sécurité alimentaire :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la consommation : " La recherche et la constatation des infractions et des manquements mentionnés au présent code sont effectuées conformément aux habilitations et aux pouvoirs d'enquête définis au présent livre ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code : " Les agents de la concurrence et de la répression des fraudes sont habilités à rechercher et constater les infractions ou les manquements aux dispositions mentionnées à la présente section dans les conditions définies par celles-ci. ". Aux termes de l'article L. 521-5 du code de la consommation: " Lorsque du fait d'un manquement à la réglementation prise pour l'application des dispositions du livre IV ou d'un règlement de l'Union européenne, les conditions de fonctionnement d'un établissement sont telles que les produits fabriqués, détenus ou mis sur le marché présentent ou sont susceptibles de présenter un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs, les agents habilités peuvent ordonner toutes mesures correctives, notamment le renforcement des autocontrôles, des actions de formation du personnel, la réalisation de travaux ou d'opérations de nettoyage. /En cas de nécessité, l'autorité administrative peut prononcer par arrêté la fermeture de tout ou partie de l'établissement ou l'arrêt d'une ou de plusieurs de ses activités ". Aux termes de l'article L. 521-2 de ce code : " Les agents habilités peuvent, dans les mêmes conditions, enjoindre à tout professionnel de cesser agissement illicite ou de supprimer toute clause illicite ou interdite () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la procédure de l'injonction peut être mise en œuvre afin de faire cesser tout manquement ou infraction mentionné au code de la consommation.

11. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 521-5 du code de la consommation que la seule possibilité qu'un produit fabriqué, détenu ou mis sur le marché présente un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs fonde la compétence de l'inspecteur pour prendre les mesures d'injonction en cas de manquement constaté à la réglementation. Par suite, et alors que l'article précité n'opère pas de distinction quant au caractère mineur ou majeur du danger encouru, le moyen tiré de ce que l'inspecteur n'était pas compétent pour adresser des injonctions dès lors que la situation constatée ne présentait pas effectivement un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs doit être écarté.

12. En deuxième lieu, selon l'article 18 du règlement du Parlement européen et du Conseil du 28 janvier 2002 relatif à la traçabilité, " 1. La traçabilité des denre´es alimentaires, des aliments pour animaux, des animaux producteurs de denre´es alimentaires et de toute autre substance destine´e a` e^tre incorpore´e ou susceptible d'e^tre incorpore´e dans des denre´es alimentaires ou des aliments pour animaux est e´tablie a` toutes les e´tapes de la production, de la transformation et de la distribution. / 2. Les exploitants du secteur alimentaire et du secteur de l'alimentation animale doivent e^tre en mesure d'identifier toute personne leur ayant fourni une denre´e alimentaire, un aliment pour animaux, un animal producteur de denre´es alimentaires ou toute substance destine´e a` e^tre incorpore´e ou susceptible d'e^tre incorpore´e dans des denre´es alimentaires ou dans des aliments pour animaux. / A` cet effet, ces exploitants disposent de syste`mes et de proce´dures permettant de mettre l'information en question a` la disposition des autorite´s compe´tentes, a` la demande de celles-ci. (). ". Aux termes de l'article 5 du règlement CE) n° 852/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires : " 1. Les exploitants du secteur alimentaire mettent en place, appliquent et maintiennent une ou plusieurs proce´dures permanentes fonde´es sur les principes HACCP. / 2. Les principes HACCP sont les suivants : a) identifier tout danger qu'il y a lieu de pre´venir, d'e´liminer ou de ramener a` un niveau acceptable ; () d) e´tablir et appliquer des proce´dures de surveillance efficace des points critiques de contro^le ; ()/ 4. Les exploitants du secteur alimentaire : de´montrent aux autorite´s compe´tentes qu'ils se conforment au paragraphe 1 en respectant les exigences de l'autorite´ compe´tente, en fonction de la nature et de la taille de l'entreprise ; () ".

13. Il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article 18 du règlement du 28 janvier 2002 relatif à la traçabilité, contrairement à ce que l'inspecteur a retenu dans la décision en litige, que la boulangerie aurait été contrainte de faire apparaître les dates d'ouverture des emballages des denrées alimentaires utilisées par elle. Toutefois, il est possible à l'administration, lorsqu'elle a pris une décision sur un fondement juridique erroné, de demander une substitution de base légale. Il résulte des dispositions de l'article 5 du règlement européen du 29 avril 2004 citées au point précédent que l'exploitant du secteur alimentaire doit établir des procédures internes afin de contrôler le respect de la durée de vie de la denrée alimentaire. L'activité de boulangerie de la société requérante consiste en la transformation, le reconditionnement ou la modification de denrées alimentaires et implique l'utilisation de denrées alimentaires préemballées. Elle est ainsi soumise au respect des consignes de durée de vie après ouverture déterminées par le fabricant et doit s'assurer que les conditions dans lesquelles ces denrées sont utilisées ne créent pas de risques pour la santé des consommateurs, en évitant le dépassement de la date limite de consommation sans risque pour la santé. Par suite, et quand bien même l'entreprise aurait respecté les préconisations des fabricants des denrées alimentaires, l'inspecteur n'a pas commis d'erreur en retenant que la date d'ouverture de l'emballage d'une denrée alimentaire devait faire partie des informations obligatoires que l'exploitant du secteur alimentaire doit être en mesure de fournir lors du contrôle, conformément aux dispositions précitées. Ainsi, à défaut pour elle d'établir toute autre procédure de nature à permettre ce contrôle, notamment par le plan de maîtrise sanitaire qu'elle évoque sans le produire, la requérante ne démontre pas qu'elle respectait les dispositions précitées, et ne conteste pas valablement la légalité de l'injonction visant à ce que la date d'ouverture de l'emballage soit inscrite sur toutes les denrées alimentaires préemballées, utilisées dans la préparation et/ou la fabrication de ses produits et à ce que les indications fournies par le fabricant pour les denrées alimentaires préemballées soient respectées.

14. En troisième lieu, en vertu du 2 a) du chapitre I de l'annexe II du règlement n° 852/2004 du 29 avril 2004 susmentionné relatif aux dispositions ge´ne´rales applicables aux locaux utilise´s pour les denre´es alimentaires, les locaux utilisés pour les denrées alimentaires doivent pouvoir e^tre convenablement entretenus, nettoye´s et/ou de´sinfecte´s, pre´venir ou re´duire au minimum la contamination ae´roporte´e et offrir un espace de travail suffisant pour l'exe´cution hygie´nique de toutes les ope´rations. Il ressort du procès-verbal de constats que la salissure relevée par l'inspecteur a été constatée à 10 heures, soit en milieu de journée, et qu'elle ne pouvait résulter de la seule activité du jour dès lors que la saleté constatée dans les zones de production boulangerie et plonge, et dans la zone de production rapide et fours, révèle un processus d'accumulation impliqué par l'absence de nettoyage récent. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les salissures constatées lors de la visite du 21 février 2020 étaient susceptibles de résulter de l'activité quotidienne normale d'une boulangerie, et que l'injonction prononcée sur ce point est de ce fait injustifiée.

15. En quatrième lieu, pour les motifs retenus aux points 10 à 14, et dès lors l'inspecteur a démontré que les produits fabriqués, détenus ou mis sur le marché présentent ou sont susceptibles de présenter un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs au sens de l'article L. 521-5 du code de la consommation, les décisions en litige ne sont pas entachées d'erreur de droit.

16. En sixième et dernier lieu, si la société requérante soutient que l'injonction administrative est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors qu'en l'absence de contre-visite, elle " ouvre la possibilité d'utiliser la procédure de l'amende administrative afin de sanctionner de manière autonome des infractions relevant du Parquet ", il résulte toutefois des dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-5 du code de la consommation que les mesures d'injonction ainsi prononcées ne constituent pas des sanctions, mais des mesures de police administrative destinées à prévenir, en l'espèce, tout risque sanitaire lié à la commercialisation d'un produit alimentaire. En outre, ainsi que le préfet le fait valoir, aucune des mesures d'injonction prononcées n'ouvre en l'espèce la possibilité pour l'administration de sanctionner la requérante par une amende administrative en cas de non-respect. Il suit de là que le moyen tiré du détournement de procédure et celui tiré du détournement de pouvoir, au demeurant imprécis, ne peuvent qu'être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est fondée à demander l'annulation ni de la mesure d'injonction prise à son égard le 3 juin 2020, ni de la décision du 7 juillet 2020 portant rejet de son recours hiérarchique.

Sur les frais du litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée sur leur fondement par la société Boulangeries BG soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Boulangeries BG est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Boulangeries BG et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

E. Felmy

La présidente,

Signé

M.-L. Hameline

La greffière,

Signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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