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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006842

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006842

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MIMRAN VALENSI - SION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2020, M. A demande au tribunal :

1°) d'annuler les délibérations du conseil municipal de Céreste des 12 juin 2020 et 10 juillet 2020 en ce qu'elles approuvent respectivement les articles 5 et 23 de son règlement intérieur.

2°) de mettre à la charge de la commune de Céreste les dépens ainsi qu'une somme de 500 euros à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'article 5 du règlement intérieur relatif au droit d'expression des élus méconnaît les droits à l'information et à l'expression des conseillers municipaux résultant des dispositions des articles L2121-19 et L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales,

- l'article 23 du règlement intérieur relatif à l'expression des élus minoritaires méconnaît les dispositions de l'article L. 2121-27-1 du même code,

- l'adoption d'une délibération doit nécessairement être précédée d'un débat.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2022, la commune de Céreste, représentée par Me Mimran Valensi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022.

Un mémoire présenté pour la commune de Céreste a été enregistré le 20 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. Durbec, conseiller municipal, demande au tribunal d'annuler les articles 5 et 23 du règlement intérieur adopté par le conseil municipal de la commune de Céreste par délibérations des 12 juin et 10 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-19 du code général des collectivités territoriales, " Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 1 000 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. () ". Aux termes de l'article L. 2121-29 du même code " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. Il donne son avis toutes les fois que cet avis est requis par les lois et règlements, ou qu'il est demandé par le représentant de l'Etat dans le département. Lorsque le conseil municipal, à ce régulièrement requis et convoqué, refuse ou néglige de donner avis, il peut être passé outre. Le conseil municipal émet des voeux sur tous les objets d'intérêt local ".

3. Il appartient au juge saisi d'un recours formé contre le règlement intérieur d'un conseil municipal de vérifier que les restrictions apportées à la liberté d'expression de ses membres sont justifiées par les contraintes d'organisation des séances du conseil municipal.

4. L'article 5 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Céreste, intitulé " Le droit d'expression des élus ", prévoit que " Les membres du conseil peuvent exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Le texte des questions est adressé au Maire 48 heures au moins avant une réunion du conseil et fait l'objet d'un accusé de réception. Lors de cette séance, le Maire répond aux questions posées oralement par les membres du conseil. Afin de permettre l'intervention de tous des élus, la durée d'intervention de chaque membre du conseil est limitée à cinq minutes. Si le nombre, l'importance ou la nature des questions le justifie, le Maire peut décider de les traiter dans le cadre d'une réunion du conseil spécialement organisée à cet effet. Les questions orales portent sur des sujets d'intérêt général et concernant l'activité de la commune et de ses services ".

5. En enfermant dans la limite prédéterminée de 5 minutes le temps de parole des élus, l'article 5 du règlement intérieur du conseil municipal de Céreste porte atteinte à leur liberté d'expression. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-19 et L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales doit être accueilli.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales, " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, lorsque des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal sont diffusées par la commune, un espace est réservé à l'expression des conseillers élus sur une liste autre que celle ayant obtenu le plus de voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal ou ayant déclaré ne pas appartenir à la majorité municipale./ Les modalités d'application du présent article sont définies par le règlement intérieur du conseil municipal ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au conseil municipal de déterminer les conditions de mise en œuvre du droit d'expression des conseillers municipaux dans les bulletins d'information générale portant sur les réalisations et la gestion du conseil municipal et que l'espace réservé aux conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale doit, sous le contrôle du juge, présenter un caractère suffisant et être équitablement réparti.

8. L'article 23 du règlement intérieur de la commune de Céreste intitulé " Expression des élus minoritaires ", prévoit que " La Gazette de Céreste, est le bulletin municipal d'informations de la commune, il paraît tous les deux à trois mois et compte en général de 4 à 8 pages. Un espace rédactionnel est réservé aux conseillers municipaux n'appartenant pas à la majorité municipale. La surface est fixée à 500 signes pour l'opposition (soit environ 1/5 d'une page A4). /Rappel technique. En typographie, un signe est une lettre, un signe de ponctuation ou encore un espace. Le nombre total de signes accordés correspond à la surface qui leur est accordée. L'utilisation d'un titre et/ou d'une ou de plusieurs images, vient en déduction du nombre de signes respectifs. () ".

9. Compte tenu du format réduit du bulletin municipal d'information de la commune comportant 4 à 8 pages, la limitation à 500 signes, y compris une éventuelle photographie, soit environ 1/5 d'une page A4 pour les deux élus d'opposition présente un caractère suffisant. Aucun élément n'établit que l'espace ainsi réservé aux élus d'opposition ne soit pas équitablement réparti. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article sera écarté.

10. En troisième et dernier lieu, M. A affirme que l'adoption d'une délibération doit nécessairement être précédée d'un débat et que l'absence de débat ne doit pas résulter de l'influence que le maire peut exercer sur les élus. Il n'en tire aucune conséquence. Ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la délibération du 12 juin 2020 du conseil municipal de Céreste en tant qu'elle a adopté les dispositions de l'article 5 du règlement intérieur du conseil municipal limitant la durée d'intervention de chaque membre de ce conseil à 5 minutes.

Sur les frais d'instance

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Céreste, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces mêmes dispositions au profit de la commune de Céreste.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du conseil municipal de la commune de Céreste du 12 juin 2020 en ce qu'elle a adopté, dans l'article 5 du règlement intérieur du conseil municipal, une limitation à 5 minutes le temps d'expression des élus, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Céreste.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

Signé

P. Rousselle

La greffière,

Signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2006842

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