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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006943

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006943

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantTRAPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2020, M. C A, représenté par Me Trapé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de son autorisation d'exploitation des postes d'enregistrement des jeux de loterie et de pronostics sportifs, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 7 septembre 2020 ;

2°) d'annuler la notification d'ouverture d'une enquête du 14 janvier 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le rétablir dans ses droits à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 6 juillet 2020 attaquée a été prise prématurément en méconnaissance de l'article 21 du décret n° 2019-1061 du 17 octobre 2019 qui interdit toute modification des droits et contraintes de l'exploitant avant l'expiration d'un délai de dix-huit mois, soit avant le 18 avril 2021 ;

- elle méconnaît les articles 8, 9 et 10 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période dès lors que les services du ministère de l'intérieur aurait dû suspendre leur enquête jusqu'au 23 juin 2020 ; la notion de sanction n'est retenue comme cause d'exception par l'article 4 de cette ordonnance qu'au motif de la transgression avérée d'une norme applicable et opposable au seul visa d'une décision de justice, qui fait défaut en l'espèce ;

- elle porte atteinte au principe de présomption d'innocence car elle a été prise au stade de la simple enquête préliminaire, non fondée sur une condamnation pénale ;

- elle méconnait le droit à un procès équitable et contrevient aux stipulations de l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le ministre de l'intérieur a usurpé ses pouvoirs en accédant à l'enquête préliminaire, ce qui caractérise un détournement de pouvoir ; seule l'autorité de régulation des jeux était habilitée à le faire conformément " à la procédure n°3 du recueil des procédures tiers autorisés par la commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) " ;

- le ministre ne pouvait prendre une décision sur " risque futur " au vu de faits non encore établis, ni opposables à son égard ;

- il a pris une sanction manifestement disproportionnée, ni le trouble à l'ordre public, ni le trouble à l'ordre privé individuel n'étant établis, l'article 20 du décret du 17 octobre 2019 exigeant cette proportionnalité pour des faits avérés et jugés contrevenants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation du courrier du 14 janvier 2020 ne sont pas recevables dès lors qu'il s'agit d'une mesure préparatoire ;

- le moyen soulevé par M. A tiré de ce que la mesure attaquée est disproportionnée n'est pas fondé ;

- les autres moyens sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2019-1061 du 17 octobre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Trapé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est associé et gérant de la société en nom collectif (SNC) P.V.R, fondée en 2016, qui exploite un bar-tabac sous l'enseigne le " bar-tabac de Sainte-Marthe " à Marseille. Il a signé un contrat d'agrément avec la Française des jeux (FDJ) en juillet 2018 et disposait d'une autorisation d'exploiter des postes d'enregistrement des jeux de loterie et de pronostics sportifs, qui lui avait été délivrée en 2007, au début de l'exploitation du bar-tabac. M. A et ses trois associés ont été mis en cause, à l'initiative du service de renseignement du ministère de l'économie, dit B, dans une procédure judiciaire diligentée en 2018 par la direction interrégionale de la police judiciaire de Marseille, pour des faits de blanchiment d'argent sous couvert d'un mécanisme de rachat de tickets gagnants. Par courrier du 14 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a informé M. A de ce qu'il envisageait de procéder au retrait de son autorisation d'exploiter des postes d'enregistrement des jeux de loterie et de pronostics sportifs. Par courrier du 23 janvier 2020, des observations écrites ont été présentées, au nom des associés de la société P.V.R., sur la mesure envisagée et les associés ont été entendus par les services de police le 30 janvier 2020. Par décision du 6 juillet 2020, le ministre de l'intérieur, se fondant sur les informations obtenues dans le cadre de la procédure judiciaire, a procédé au retrait de ladite autorisation. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 ainsi que du courrier du 14 janvier 2020 lui notifiant l'ouverture d'une enquête.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La lettre datée de 14 janvier 2020 se limite à informer M. A de ce que le ministre de l'intérieur envisage de procéder au retrait ou à la suspension de l'autorisation d'exploiter des postes d'enregistrement des jeux de loterie et de pronostics sportifs et l'invite à présenter ses observations avant le 15 février 2020. Elle constitue, par suite, une simple mesure préparatoire et elle est dépourvue de caractère décisoire. Les conclusions dirigées à l'encontre de ce document sont dès lors irrecevables. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par le ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 6 juillet 2020 :

3. D'une part, l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure dispose que : " I. - Les décisions administratives () d'autorisation () prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant () les emplois privés ou activités privées réglementées relevant des domaines des jeux, paris et courses () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. / Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. () / II. - Il peut également être procédé à de telles enquêtes administratives en vue de s'assurer que le comportement des personnes physiques ou morales concernées n'est pas devenu incompatible avec les fonctions ou missions exercées () au titre desquels les décisions administratives mentionnées au I ont été prises. /III. - Lorsque le résultat de l'enquête fait apparaître que le comportement de la personne bénéficiant d'une décision d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation est devenu incompatible avec le maintien de cette décision, il est procédé à son retrait ou à son abrogation, dans les conditions prévues par les dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables ou, à défaut, dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre II du livre Ier du code des relations entre le public et l'administration. En cas d'urgence, l'autorisation, l'agrément ou l'habilitation peuvent être suspendus sans délai pendant le temps strictement nécessaire à la conduite de cette procédure./ () Ces décisions interviennent après mise en œuvre d'une procédure contradictoire.(). ". Aux termes de l'article 18 du décret du 17 octobre 2019 relatif à l'encadrement de l'offre de jeux de La Française des jeux et du Pari mutuel urbain, applicable à la date de la décision en litige : " () II. - En considération des enjeux d'ordre public, de sécurité publique et de protection de la santé et des mineurs mentionnés au I, et à l'issue d'une procédure contradictoire avec l'exploitant qu'il aura préalablement engagée, le ministre de l'intérieur peut enjoindre à la société de suspendre, pour une durée maximale de six mois, ou de retirer l'autorisation d'exploiter des postes d'enregistrement de jeux de loterie et de paris sportifs délivrée en application du présent décret./Le ministre notifie l'injonction à la société et à l'exploitant. L'exploitant peut en demander les motifs au ministre./Le ministre de l'intérieur informe la société, le cas échéant, du recours administratif ou contentieux formé par l'exploitant ainsi que des suites qui lui sont données. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 21 du décret du 17 octobre 2019 relatif à l'encadrement de l'offre de jeux de La Française des jeux et du Pari mutuel urbain : " I. - Les jeux de loterie et paris sportifs exploités ou autorisés par La Française des jeux à la date d'entrée en vigueur du présent décret sont réputés bénéficier d'une autorisation accordée conformément aux dispositions de celui-ci pendant dix-huit mois à compter de cette même date. Toutefois, les autorisations d'exploiter un jeu ou un pari accordées par le ministre chargé du budget pour une durée limitée ne continuent à produire leurs effets que pour cette durée. /L'ensemble des jeux et paris mentionnés à l'alinéa précédent font l'objet d'une nouvelle demande d'autorisation auprès de l'Autorité nationale des jeux dans un délai de dix-huit mois à compter de la date d'entrée en vigueur du présent décret.".

5. A la date d'entrée en vigueur du décret du 17 octobre 2019, M. A, en sa qualité de gérant du bar-tabac de Sainte-Marthe bénéficiait d'une autorisation d'exploitation des postes d'enregistrement des jeux de loterie et des jeux de pronostic sportifs. L'article 21 du décret du 17 octobre 2019 cité au point précédent est une disposition transitoire qui a seulement vocation à régir les situations en cours. En vertu de cet article, M. A disposait à compter de la date d'entrée en vigueur du décret d'un délai de dix-huit mois pour solliciter une nouvelle demande d'autorisation selon les modalités prescrites par le décret et bénéficiait durant cette période d'une prorogation de son autorisation précédemment délivrée. Cet article est sans incidence sur le pouvoir de retrait que détient le ministre sur le fondement des dispositions des articles L. 114-1 du code de la sécurité intérieure et 18 du décret du 17 octobre 2019 cités au point 3. Par suite, le moyen tiré du caractère prématuré de la décision attaquée en méconnaissance de l'article 21 du décret du 17 octobre 2019 doit être écarté.

6. Selon l'article 8 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Lorsqu'ils n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020, les délais imposés par l'administration, conformément à la loi et au règlement, à toute personne pour réaliser des contrôles et des travaux ou pour se conformer à des prescriptions de toute nature sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er, sauf lorsqu'ils résultent d'une décision de justice. " Selon l'article 9 de cette même ordonnance : " Par dérogation aux dispositions des articles 7 et 8, un décret détermine les catégories d'actes, de procédures et d'obligations pour lesquels, pour des motifs de protection des intérêts fondamentaux de la Nation, de sécurité, de protection de la santé, de la salubrité publique, de sauvegarde de l'emploi et de l'activité, de sécurisation des relations de travail et de la négociation collective, de préservation de l'environnement et de protection de l'enfance et de la jeunesse, le cours des délais reprend. " Selon son article 10 : " I.-Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais :

1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 ; /2° Accordés à l'administration ou à toute personne ou entité et prévus par les dispositions du titre II des première, deuxième et troisième parties du livre des procédures fiscales, à l'exception des délais de prescription prévus par les articles L. 168 à L. 189 du même livre, par les dispositions de l'article L. 198 A du même livre en matière d'instruction sur place des demandes de remboursement de crédits de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que par les dispositions de l'article 67 D du code des douanes ; ".

7. Ainsi qu'il a été dit, par un courrier du 14 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a informé M. A de ce qu'il envisageait de retirer ou suspendre l'autorisation qui lui avait été accordée au vu de manquements constatés et lui a laissé jusqu'au 15 février 2020 pour présenter ses observations. La procédure d'enquête initiée à l'encontre de M. A, préalable à la procédure contradictoire initiée le 14 janvier 2020, ne relève pas du champ d'application de l'article 8 de l'ordonnance du 25 mars 2020 cité au point précédent en l'absence de délai imposé à l'intéressé par l'administration pour réaliser des contrôles postérieurs au 12 mars 2020. Cette procédure ne relève pas davantage du champ d'application de l'article 9 de cette ordonnance, lequel fixe un régime dérogatoire à l'article 8, non applicable ainsi qu'il vient d'être dit. Enfin, le requérant ne saurait se prévaloir de son article 10, seulement applicable aux procédures en matière fiscale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le ministre de l'intérieur en méconnaissance des articles 8 à 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020 doit être écarté.

8. La décision portant retrait d'une autorisation d'exploitation des postes d'enregistrement des jeux de loterie et des jeux de pronostic sportifs ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l'ordre public, de la sécurité publique et de la protection de la santé et des mineurs. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la mesure attaquée, ni le principe de la présomption d'innocence et du droit à un procès équitable, ni les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

9. D'une part, l'alinéa 3 de l'article 11 du code de procédure pénale permet à l'autorité administrative d'obtenir, à sa demande, du procureur de la République la communication des informations de l'enquête préliminaire, sous réserve qu'aucune appréciation ne soit émise sur le bien-fondé des charges retenues en matière pénale. Or, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 4 mai 2020, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille a autorisé le service central des courses et jeux du ministère de l'intérieur à obtenir une copie de la procédure pénale préliminaire et à l'utiliser lors de la procédure contradictoire D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 114-1 du CSI et des f) et g) du 1° de l'article R. 114-3 du même code que les autorisations d'exploiter des postes d'enregistrement des jeux de loterie et de paris sportifs peuvent donner lieu à des enquêtes administratives. En outre, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le ministre de l'intérieur, qui a mené une enquête administrative en vertu de ses pouvoirs de police et dans un but de prévention des troubles à l'ordre public, aurait dû saisir l'autorité de régulation des jeux avant de prendre la mesure en litige. La circonstance que cette autorité de régulation dispose du pouvoir d'accéder aux informations détenues par les opérateurs de jeux ou de paris en ligne, titulaires d'un agrément, est sans incidence sur l'exercice par le ministre de l'intérieur de ses pouvoirs légaux d'enquête. Par suite, le moyen tiré de la violation du secret de l'instruction et du détournement de pouvoir qui en aurait résulté manque en fait.

10. Selon les termes de la décision attaquée, il est reproché à M. A des faits de blanchiment d'argent lié aux rachats de tickets gagnants de la Française des jeux au sein de son établissement, la multiplicité des points de vente valideurs ou payeurs, la présence de deux machines à sous installées dans le bar tabac sans autorisation et son addiction au jeu.

11. Le requérant doit être regardé comme soutenant que le ministre de l'intérieur a commis une erreur d'appréciation en retirant l'autorisation d'exploiter alors qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale définitive pour les faits qui lui sont reprochés. Toutefois, s'agissant des faits de rachat de tickets gagnants de la FDJ, il ressort des pièces du dossier, notamment de la note du procureur de la République du 2 janvier 2018, que, courant 2015 et 2016, le service B a découvert des opérations financières atypiques au sein des deux établissements gérés par M. C A, la SNC JR OZ, dont le gérant était Philippe Oz, dissoute le 31 août 2016, et la SNC PVR, créée en 2016 et également gérée par Philippe Oz. Ces opérations portaient sur un montant total de 253 627,40 euros. Il a été constaté notamment que pendant une période de six mois, une forte augmentation des dépôts d'espèces avait été enregistré sur les comptes des sociétés. En parallèle, divers membres de la famille A bénéficiaient de gains à la FDJ importants et fréquents. Les bénéficiaires des jeux identifiés par B sont notamment Philippe Oz pour un montant de 94 968,20 euros, Frédéric Oz pour 30 635 euros, Jean-Marc Oz pour 18 004 euros, Joseph OZ pour 25 000 euros et Rémi Oz pour 24 820 euros. Le parquet a alors demandé à la police judiciaire d'ouvrir une enquête préliminaire visant M. A à raison de faits de blanchiment d'argent. Il ressort en outre des pièces du dossier que Frédéric Oz, le neveu de Philippe Oz, employé par le tabac Sainte-Marthe, a déclaré lors de son audition par les services de police le 4 décembre 2019 que Philippe ou Joseph Oz lui versaient parfois son salaire en tickets gagnants de la française des jeux et qu'il a estimé les salaires perçus au titre des tickets gagnants à 20 000 euros. Joseph OZ, frère du requérant, employé du tabac de Sainte-Marthe et ancien associé de Philippe Oz, a reconnu quant à lui la pratique du rachat de tickets gagnants. Si le requérant n'a pas personnellement reconnu une telle pratique, il a admis avoir perçu entre 2015 et 2019, 106 gains de la FDJ. En se bornant à nier la pratique du rachat de tickets gagnants et à soutenir qu'il n'a pas été définitivement condamné pour une infraction pénale, M. A ne conteste pas sérieusement la matérialité de ces faits.

12. Le requérant a également reconnu lors de son audition par les services de police être titulaire de deux machines à sous installées dans son établissement, tandis que l'enquête judiciaire a montré que l'une d'entre elles ne comportait aucune vignette ni plaque d'immatriculation et que l'autre comportait une vignette ancienne datée de 2014. Ces machines ont été saisies par le service régional de police judiciaire de Marseille le 4 décembre 2019 ainsi qu'en atteste le procès-verbal joint au dossier.

13. Toutefois, la matérialité des faits d'addiction au jeu reprochés à M. A n'est pas établie par les pièces du dossier. En outre, les faits liés à l'existence de multiples points de vente, qui sont contestés par l'intéressé, ne constituent pas, en l'absence de toute précision tant dans les pièces du dossier qu'en défense, des manquements susceptibles de justifier le prononcé de la décision en litige.

14. Au vu de ce qui précède, seules la pratique du rachat de tickets gagnants facilitant le blanchiment d'argent et la détention de deux machines à sous non autorisées dans les locaux de l'établissement est établie. Au vu de ces seuls manquements, le ministre de l'intérieur a pu, à bon droit, considérer, en raison de la gravité des troubles à l'ordre public qu'ils étaient de nature à engendrer, qu'ils étaient incompatibles avec le maintien de l'autorisation d'exploitation en cause. Dans ce contexte, la mesure de police en litige apparait strictement nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit de protection de l'ordre public. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de l'autorisation d'exploitation des postes d'enregistrement des jeux de loterie et de pronostics sportifs, dont était titulaire M. A, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux et les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. A soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère.

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. D

La présidente,

Signé

P. Rousselle

La greffière

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2006943

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