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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007088

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007088

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELAS LLC LA VALETTE DU VAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 septembre 2020, le 9 juillet 2021 et le 10 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Boumaza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de Boulbon a retiré la décision de non opposition à déclaration préalable du 21 février 2020 pour la création d'un relais de téléphonie mobile sur pylône sur un terrain cadastré section E n°1279 sis Route de Saint Pierre Mésoargues ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boulbon la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation sur le projet et sur son insertion sur son milieu environnant ;

- la demande de substitution présentée par la commune de Boulbon ne saurait prospérer.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 26 mai 2021, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juillet 2020.

Elle fait valoir que :

- son intervention est recevable ;

- la décision en litige méconnait l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation sur le projet et sur son insertion sur son milieu environnant ;

- la demande de substitution présentée par la commune de Boulbon ne saurait prospérer.

Par deux mémoires, enregistrés le 26 mai 2021 et le 11 janvier 2022, la commune de Boulbon, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 250 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme A ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par Mme A sont infondés ;

- elle demande une substitution de motif sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 21 février 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- les observations de Me Boumaza pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire d'une parcelle cadastrée E 1279 située Route de Saint Pierre de Mésoargues sur le territoire de la commune de Boulbon. Le 21 octobre 2019, ce terrain a fait l'objet d'un contrat de bail au profit de la société Free Mobile. Le 12 novembre 2019, cette société a déposé auprès du maire une déclaration préalable sur une parcelle cadastrée section E n°1279 sise Route de Saint Pierre Mésoargues. Elle est devenue titulaire d'une décision tacite de non opposition, dont le certificat a été délivré le 7 février 2020. Par la présente requête, Mme A et la société Free Mobile demandent au tribunal l'annulation de la décision du 16 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de Boulbon a retiré cette décision de non opposition.

Sur la recevabilité de l'intervention de la Société Free Mobile :

2. La société Free Mobile a intérêt au retrait de la décision attaquée. Par suite, son intervention est recevable et doit être admise.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

3. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours tendant à l'annulation d'une décision de non-opposition à déclaration préalable, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, sans pour autant exiger du requérant qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de son recours.

5. En l'espèce, Mme A justifie être propriétaire du terrain d'assiette et produit un bail du 21 octobre 2019 conclut pour une durée de 12 ans au profit de la société Free Mobile prévoyant l'implantation d'une antenne relais sur son terrain. Pour justifier de son intérêt à agir, elle se prévaut de sa qualité de propriétaire et de bailleur ainsi que de la perte financière induite par le retrait de la décision de non opposition contesté. La commune de Boulbon ne démontre pas que ce bail, dont l'échéance arrive à son terme en 2031, serait caduque. En outre, la circonstance que le bail ne comporterait pas de condition suspensive tiré de l'obtention d'une autorisation d'urbanisme est sans incidence sur l'intérêt à agir de Mme A dans la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir de la requérante doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition () ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. La délivrance antérieure d'une autorisation d'urbanisme sur un terrain donné ne fait pas obstacle au dépôt par le même bénéficiaire de ladite autorisation d'une nouvelle demande d'autorisation visant le même terrain. Le dépôt de cette nouvelle demande d'autorisation ne nécessite pas d'obtenir le retrait de l'autorisation précédemment délivrée et n'emporte pas retrait implicite de cette dernière. ". Aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi. Au plus tard le 30 juin 2022, le Gouvernement établit un bilan de cette expérimentation. ".

7. Il ressort des pièces du dossier de la déclaration préalable que le projet de la société Free Mobile consiste en la création d'un relais de téléphonie mobile sur pylône treillis d'antenne-relais de 30 mètres de hauteur comprenant 3 antennes panneaux multi-bandes de 2.7 m de hauteur implantées en tête de pylône et d'une zone technique placée en son pied. Il résulte des dispositions précitées que, la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable, dont le certificat a été délivré le 7 février 2020, rentrant bien dans le champ d'application des décisions d'urbanisme visées par les dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018, elle ne pouvait faire l'objet d'un retrait. Il suit de là que la société Free Mobile et Mme A sont fondées à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur la demande de substitution de motif :

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

10. Ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 3 du présent jugement, l'arrêté contesté est entaché d'illégalité dès lors qu'il a été pris en méconnaissance de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 qui prévoit que les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. Par suite, la demande de substitution de motif fondée sur le risque inondation pesant sur le terrain d'assiette du projet, qui est d'ailleurs pris en compte par le projet, n'est pas de nature à régulariser la décision illégale. Il s'ensuit que la substitution de motif demandée par la commune tirée de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écartée.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entrainer l'annulation de l'arrêté en litige.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A et la société Free Mobile doivent être accueillies et l'arrêté litigieux annulé.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la commune de Boulbon la somme demandée par elle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Boulbon une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A à ce titre.

DECIDE :

Article 1er : L'intervention de la société Free Mobile est admise.

Article 2 : La décision du 16 juillet 2020 est annulée.

Article 3 : La commune de Boulbon versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Boulbon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la société Free Mobile et à la commune de Boulbon.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Dyèvre, première conseillère,

Mme Le Mestric, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

N°2007088

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