jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOLLET & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2020 sous le numéro 2007207, et un mémoire complémentaire enregistré le 25 août 2022, l'association Maison de la famille D, représentée par Me Pinatel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 de l'inspecteur du travail de la 3ème section de l'unité de contrôle 4 " Marseille Centre " de l'unité départementale D refusant d'autoriser le licenciement de Mme A ;
2°) d'enjoindre à l'inspection du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement qu'elle a présentée, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de Mme A et de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit ;
- elle n'avait d'autre choix que d'engager la procédure pour interrompre le délai de prescription des faits fautifs, nonobstant le congé de maternité de Mme A, et les diligences devaient être effectuées selon les délais prescrits ;
- la salariée a commis des fautes graves.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Zaoui, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association Maison de la famille D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.
II- Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2020 sous le numéro 2009956, et deux mémoires complémentaires enregistrés les 5 novembre 2021 et 16 septembre 2022, l'association Maison de la famille D, représentée par Me Pinatel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'inspecteur du travail de la 3ème section de l'unité de contrôle 4 " Marseille Centre " de l'unité départementale D, a implicitement rejeté la demande d'autorisation de licenciement de Mme A qu'elle a formée le 20 août 2020 ;
2°) d'enjoindre à l'inspection du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement qu'elle a présentée, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de Mme A et de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision implicite de rejet est nécessairement entachée d'illégalité pour défaut de motivation ;
- l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit ;
- elle n'avait d'autre choix que d'engager la procédure pour interrompre le délai de prescription des faits fautifs, nonobstant le congé de maternité de Mme A, et les diligences devaient être effectuées selon les délais prescrits ;
- la salariée a commis des fautes graves.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2021, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la demande du 20 août 2020 est identique à la demande du 2 juin 2020, les faits reprochés à la salariée étant les mêmes et la procédure interne réalisée par l'entreprise pendant le congé de maternité n'ayant pas été reprise ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2022, Mme A, représentée par Me Zaoui, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association Maison de la famille D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.
III- Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021 sous le numéro 2100588, et deux mémoires, enregistrés les 13 juillet et 25 août 2022, l'association Maison de la famille D, représentée par Me Pinatel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail de la 3ème section de l'unité de contrôle 4 " Marseille Centre " de l'unité départementale D a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A ;
2°) d'enjoindre à l'inspection du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement qu'elle a présentée, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de Mme A et de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- la salariée a commis des fautes graves.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2021, la DREETS de Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, Mme A, représentée par Me Zaoui, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association Maison de la famille D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 août 2022.
IV- Par une requête, enregistrée le 19 mars 2021 sous le numéro 2102446, et un mémoire, enregistré le 25 août 2022, l'association Maison de la famille D, représentée par Me Pinatel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre du travail a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 24 juillet 2020 par laquelle l'inspecteur du travail de la 3ème section de l'unité de contrôle 4 " Marseille Centre " de l'unité départementale D a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A ;
2°) d'enjoindre au ministre du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement qu'elle a présentée, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de Mme A et de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision n'est pas motivée ;
- l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit ;
- elle n'avait d'autre choix que d'engager la procédure pour interrompre le délai de prescription des faits fautifs, nonobstant le congé de maternité de Mme A, et les diligences devaient être effectuées selon les délais prescrits ;
- la salariée a commis des fautes graves.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, Mme A, représentée par Me Zaoui, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association Maison de la famille D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.
Par trois décisions du 5 octobre 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans les instances n°S 2007207, 2100588 et 2102446.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,
- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Stephan, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A a été recrutée par l'association Maison de la famille en qualité d'assistante d'animation le 27 septembre 2011 puis embauchée au titre d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er mai 2013. Elle a été désignée conseillère prud'homale au sein du conseil de prud'hommes de Marseille à compter du 1er janvier 2018. Jusqu'au 14 novembre 2019, Mme A était également membre de la délégation unique du personnel, du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et déléguée syndicale. Du 2 septembre au 2 décembre 2019, Mme A a été placée en arrêt de travail pour maladie liée à sa grossesse, puis en congé de maternité du 2 décembre 2019 au 31 mai 2020. Elle a été convoquée à un entretien préalable à une procédure de licenciement fixé le 19 mai 2020, tout en faisant l'objet d'une suspension à titre conservatoire. Le 26 mai 2020, son employeur a sollicité de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) l'autorisation de la licencier, au motif de fausses déclarations de ses heures d'activité au conseil de prud'hommes. Par une décision du 24 juillet 2020, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement, au motif que Mme A bénéficiait de la protection liée au congé de maternité. L'association Maison de la famille a présenté un recours hiérarchique à la ministre du travail à l'encontre de cette décision par un courrier du 21 septembre 2020. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la ministre sur cette demande. Une nouvelle demande d'autorisation de licenciement présentée par l'association par courrier du 20 août 2020 reçu le 24 août suivant a donné lieu à une décision implicite de rejet par l'inspecteur du travail. Enfin, par convocation du 21 août 2020, l'association Maison de la famille D a de nouveau entrepris une procédure de licenciement à l'encontre de Mme A, à raison des mêmes faits, et a sollicité par courrier du 21 septembre 2020, l'autorisation de l'inspection du travail de licencier cette salariée. L'inspecteur du travail a opposé un refus à cette dernière demande d'autorisation de licenciement, par une décision du 24 novembre 2020.
2. Par la requête n° 2007207, l'association demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 24 juillet 2020 ayant refusé d'autoriser le licenciement de Mme A. Par la requête n° 2102446, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre du travail à l'encontre du recours hiérarchique qu'elle a formé le 21 septembre 2020 à l'encontre de cette décision. Par la requête n° 2009956, l'association demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande d'autorisation de licenciement de Mme A née du silence gardé par l'inspecteur du travail sur sa demande du 24 août 2020. Par la requête n° 2100588, l'association demande l'annulation de la décision expresse de refus du 24 novembre 2020. Ces requêtes de l'association présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions en annulation de la décision de refus de l'inspecteur du travail du 24 juillet 2020, de la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé le 21 septembre 2020 et de la décision implicite de l'inspecteur du travail rejetant la demande de licenciement présentée le 20 août 2020 :
3. En premier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 2421-3 du code du travail : " La demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié. () ". Il résulte de ces dispositions que l'inspecteur du travail compétent pour se prononcer sur une demande d'autorisation de licencier un salarié protégé est celui dans le ressort duquel se trouve l'établissement disposant d'une autonomie de gestion suffisante où le salarié est affecté ou rattaché. A défaut, l'inspecteur du travail compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le siège social de l'entreprise qui emploie le salarié protégé, même lorsque cette entreprise appartient à un groupe.
4. Il ressort des pièces du dossier que le lieu de travail habituel de Mme Zuena, conseillère prud'homale, se trouvait à la crèche " Les Mirabelles " sise 8/10 rue Camoin Jeune, dans le quatrième arrondissement de Marseille. Il ressort de la décision du 28 août 2020 relative à l'affectation des agents de contrôle dans les sections, à l'organisation des unités de contrôle et aux intérims des agents de contrôle pour le département D, publiée au recueil des actes administratifs le 29 août 2020, que Mme B, inspectrice du travail, était affectée au sein l'unité de contrôle n°13-04 " Marseille Centre " sur la troisième section n° 13-04-13, géographiquement compétente sur l'ensemble du 4ème arrondissement de Marseille par décision du DIRECCTE du 29 juillet 2019 relative à la localisation et à la délimitation des unités de contrôle et des sections. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'inspectrice du travail doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si l'association requérante établit avoir demandé, le 17 décembre 2020, en application de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, les motifs de la décision implicite de refus de l'inspectrice du travail née sur sa demande du 20 août 2020, il résulte du courrier du 6 janvier 2021 par lequel l'administration lui a indiqué que la nouvelle demande d'autorisation de licenciement de Mme A était identique à la précédente demande, que la procédure de licenciement a été engagée pendant son congé maternité en méconnaissance de la réglementation du travail et que cette demande était en conséquence refusée, que l'obligation de motivation imposée par les dispositions des articles R. 2421-5 et R. 2421-12 du code du travail a été respectée.
6. En troisième lieu, lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement formée par l'employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur. Dès lors, les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions dirigées contre cette décision. Par suite, et dans la mesure où la décision de rejet d'autorisation de travail du 24 juillet 2020 est suffisamment motivée, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite de rejet du ministre est inopérant et doit être écarté.
7. En quatrième lieu, l'article L. 1225-4 du code du travail dispose que : " Aucun employeur ne peut rompre le contrat de travail d'une salariée lorsqu'elle est en état de grossesse médicalement constaté, pendant l'intégralité des périodes de suspension du contrat de travail auxquelles elle a droit au titre du congé de maternité, qu'elle use ou non de ce droit, et au titre des congés payés pris immédiatement après le congé de maternité ainsi que pendant les dix semaines suivant l'expiration de ces périodes. / Toutefois, l'employeur peut rompre le contrat s'il justifie d'une faute grave de l'intéressée, non liée à l'état de grossesse, ou de son impossibilité de maintenir ce contrat pour un motif étranger à la grossesse ou à l'accouchement. Dans ce cas, la rupture du contrat de travail ne peut prendre effet ou être notifiée pendant les périodes de suspension du contrat de travail mentionnées au premier alinéa ". Aux termes de l'article L. 1225-19 du même code : " Lorsque, avant l'accouchement, la salariée elle-même ou le foyer assume déjà la charge de deux enfants au moins ou lorsque la salariée a déjà mis au monde au moins deux enfants nés viables, le congé de maternité commence huit semaines avant la date présumée de l'accouchement et se termine dix-huit semaines après la date de celui-ci. / () La période de huit semaines de congé de maternité antérieure à la date présumée de l'accouchement peut être augmentée d'une durée maximale de deux semaines. La période de dix-huit semaines postérieure à la date de l'accouchement est alors réduite d'autant ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1225-24 du code du travail : " Le congé de maternité entraîne la suspension du contrat de travail. La salariée avertit l'employeur du motif de son absence et de la date à laquelle elle entend y mettre fin ". Enfin, il résulte de l'article L. 1225-70 du code du travail que toute convention contraire aux articles précités est nulle.
8. Il résulte de ces dispositions qu'un employeur ne peut rompre le contrat de travail d'une salariée enceinte, même pour faute grave non liée à l'état de grossesse, si la rupture du contrat de travail prend effet ou est notifiée pendant les périodes de suspension du contrat de travail auxquelles elle a droit. La protection absolue ainsi accordée par ces dispositions exclut également que l'employeur exécute les mesures préparatoires au licenciement pendant le congé de maternité.
9. En l'espèce, pour prendre la décision de refus d'autorisation de licenciement du 24 juillet 2020, l'inspecteur du travail a retenu que la convocation à entretien préalable remise par huissier de justice à Mme A le 12 mai 2020, l'entretien préalable du 19 mai 2020, la consultation du comité social et économique du 22 mai 2020 et la demande d'autorisation de licenciement présentée le 26 mai 2020, qui constituent des mesures préparatoires au licenciement, ont été réalisées entre le 19 mai et le 26 mai 2020, soit pendant la période de protection pour maternité de l'intéressée qui s'est étendue en l'espèce entre le 2 décembre 2019 et le 31 mai 2020. Dès lors que la Maison de la famille D ne conteste pas que Mme A bénéficiait de son congé de maternité à ces dates, cette situation faisait obstacle à ce que l'inspecteur du travail autorise le licenciement demandé, sans qu'ait d'incidence à cet égard le délai imposé à l'employeur applicable en matière de faute grave ni le délai de deux mois prévu par l'article L. 1332-4 du code du travail pour engager la procédure de licenciement. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur de droit et celui tiré de l'erreur d'appréciation de l'inspecteur du travail ne peuvent qu'être écartés.
10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point précédent, et dès lors que, préalablement à la demande présentée par la Maison de la famille le 20 août 2020, fondée sur les mêmes faits que celle présentée le 26 mai précédent, l'employeur n'a pas renouvelé les actes préparatoires de la procédure de licenciement effectués lors de la période de congé de maternité, lesquels ont ainsi servi de fondement à cette nouvelle demande, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'inspecteur du travail sur cette demande serait entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.
11. Par suite, l'association Maison de la famille n'est pas fondée à soutenir que les décisions explicite et implicite de l'inspecteur du travail intervenues sur ses demandes des 26 mai et 20 août 2020 et la décision implicite de rejet née du silence gardé par la ministre du travail sur le recours hiérarchique formé contre cette décision explicite seraient entachées d'illégalité.
Sur les conclusions en annulation de la décision de refus de l'inspecteur du travail du 24 novembre 2020 :
12. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
13. En premier lieu, conformément aux motifs retenus aux points 3 et 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'inspectrice du travail doit être écarté.
14. En deuxième lieu, en vertu des dispositions des articles R. 2421-4 et R. 2421-11 du code du travail, l'inspecteur du travail saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé doit, quel que soit le motif de la demande, procéder à une enquête contradictoire. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir reçu la demande d'autorisation de licenciement présentée le 21 septembre 2020, l'inspectrice du travail a procédé le 13 octobre 2020 à l'audition de la directrice de l'association Maison de la famille D, et qu'elle a demandé des précisions et des pièces complémentaires, notamment les statuts de l'association, les délégations de pouvoirs, les relevés de remboursement pour l'année 2019 au titre du mandat de conseiller prud'homal de Mme A et les agendas de la crèche. L'administration fait également valoir sans être contestée que les courriels communiqués par la salariée ont été transmis à l'association qui pouvait faire part de ses observations à ce titre, qu'elle a procédé à des investigations complémentaires, notamment un déplacement sur le lieu de travail de Mme A le 20 octobre 2020, un déplacement au conseil de prud'hommes de Marseille et des auditions des 28 et 29 octobre 2020 des directrice et directrice adjointe de la crèche " Les Mirabelles ", responsables directes de Mme A, et qu'elle a enfin adressé à l'employeur une synthèse de ces auditions et de sa visite du site. Si l'association déplore le court délai, en l'espèce de l'ordre de 48 heures, qui lui a été imparti pour répondre à deux courriels des 19 octobre et 18 novembre 2020, transmettant des compléments d'information produits par l'avocat de Mme A et des courriels de celle-ci adressés à son employeur et portant sur ses jours d'absence, ce seul élément n'est pas de nature à caractériser l'absence de nature contradictoire de l'enquête.
15. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un manque d'impartialité de l'inspectrice du travail serait établi. Ainsi, l'association n'est pas fondée à se prévaloir de vices de la procédure préalable à l'édiction de la décision du 24 novembre 2020.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 3171-2 du code du travail : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés. ". L'article D. 3171-8 du même code précise que " Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : / 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; / 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié ". Aux termes de l'article L. 3171-3 du code du travail : " L'employeur tient à la disposition de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 les documents permettant de comptabiliser le temps de travail accompli par chaque salarié ".
17. Au soutien de sa demande d'autorisation de licenciement présentée aux services de l'inspection du travail, l'association a fait valoir que Mme A avait commis des fautes graves en s'étant " délibérément soustraite à l'obligation de présence résultant de son contrat ", en " déclarant un nombre d'heures d'absence au titre de son mandat largement supérieur au nombre d'heures réellement imposées par ses fonctions ", soit en l'espèce, pour la période de janvier 2018 à juillet 2019, un total de 1 522,50 heures, supérieur au nombre d'heures réellement effectuées au titre de son mandat, révélant ainsi des absences non justifiées de 1 398,50 heures, ramenées à 985 heures dans un courrier du 20 novembre 2020, ce comportement constituant un manquement grave à l'obligation de loyauté inhérente au contrat de travail et à l'obligation de présence résultant de ce même contrat. Pour refuser l'autorisation sollicitée, l'inspectrice du travail a relevé que l'association requérante n'établissait pas la matérialité des faits reprochés ni la réalité du nombre d'heures d'absences injustifiées.
18. Il ressort des mentions de la décision attaquée et des pièces du dossier que l'association requérante a déterminé le nombre d'heures d'absences non justifiées de Mme A, sur la période précitée, à partir, d'une part, des courriels que lui adressait cette dernière dans lesquels il était indiqué qu'elle était absente tout le mois et, d'autre part, des relevés, que lui a adressés le greffe du conseil des prud'hommes, des vacations que sa salariée a effectuées. Il résulte de l'analyse des bulletins de salaire, des plannings de l'association, des modalités de suivi de la durée du travail des salariés, des éléments résultant de l'entretien de l'inspectrice du travail avec la direction de l'association, de l'examen des courriels envoyés par le greffe du conseil des prud'hommes de Marseille, des relevés mensuels d'heures effectués par le Mme A au titre de son mandat auprès de cette juridiction et de ceux conjointement renseignés par l'employeur et la salariée et adressés par l'employeur au conseil des prud'hommes, ainsi que des constatations opérées par l'inspectrice du travail lors de son déplacement au greffe du conseil des prud'hommes afin d'apprécier les modalités de prise en charge des heures de délégation des conseillers, que Mme A a négligé de déclarer à son employeur certaines heures effectuées auprès du conseil des prud'hommes, en l'absence d'utilisation des " bons de délégation " dédiés au décompte des heures consacrées à l'exercice de son mandat.
19. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'enquête contradictoire, qu'alors que la crèche " Les Mirabelles " compte cinq unités ayant chacune une autonomie d'horaires et que les salariés exerçant au sein de ces unités relèvent également d'horaires différents, la direction de la crèche a confirmé l'absence de décomptes individuels du temps de travail de ses salariés. En outre, les agendas sur lesquels étaient reportées les absences des salariés, qui ont été archivés, n'ont pu être mis à la disposition de l'inspectrice du travail. Par suite, dès lors que l'association n'a pas assuré le suivi des heures de présence de ses salariés, en particulier de Mme A, l'inspectrice n'a pas été mise à même de procéder à une vérification exhaustive des absences de la salariée alléguées par l'association. Mme A fait également valoir sans être utilement contestée qu'ainsi qu'elle l'a exposé à l'inspectrice du travail, elle avait adressé à son employeur de février à juin 2019, des courriels faisant état de son absence pour le " mois complet ", à la demande de la directrice de crèche, afin de permettre de ne pas lui attribuer la charge d'un groupe d'enfants et ne pas désorganiser la crèche compte tenu de ses absences liées à l'exercice de ses mandats. Par ailleurs, l'inspecteur du travail a également relevé que, pendant la période en cause, Mme A, outre son mandat de conseillère prud'homale, était membre de la délégation unique du personnel, membre du CHSCT et déléguée syndicale CGT et bénéficiait d'heures de délégation pour l'exercice de ces mandats, justifiant ainsi des absences à ce titre, et il ressort d'échanges de courriels entre Mme A et son employeur que l'intéressée a été absente au cours de la période concernée pour les besoins de l'exécution de ses autres mandats. Enfin, les deux attestations établies le 26 juin 2020 par deux animatrices d'éveil travaillant dans la même crèche que Mme A ne sont pas suffisamment précises pour établir la réalité des absences de l'intéressée ni leur caractère injustifié.
20. D'autre part, ainsi que l'inspectrice du travail l'a relevé, l'employeur de Mme A a attendu le mois de juin 2019 pour solliciter pour la première fois du conseil des prud'hommes les remboursements des salaires relatifs aux absences de celle-ci au titre de l'année 2018 et des cinq premiers mois de l'année 2019, et n'a demandé à Mme A de renseigner ses relevés mensuels qu'au mois de septembre 2019, alors qu'elle était en arrêt de travail pour grossesse à risques. L'association requérante n'a pas rempli les " bons de délégation " et n'a pas davantage saisi le conseil des prud'hommes afin d'établir la non-conformité de l'utilisation du temps de délégation avec l'objet du mandat de sa salariée. Contrairement à ce qu'elle soutient par ailleurs, il ne résulte pas des échanges de courriels avec le conseil des prud'hommes des mois de septembre 2019 à mai 2020, qui portent sur les difficultés relatives aux déclarations de relevés d'heures, que les absences reprochées à Mme A seraient établies. L'association ne saurait également utilement reprocher à celle-ci l'absence de production de ses agendas sur la période litigieuse. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier des bulletins de salaire produits, que Mme A a cependant parallèlement bénéficié chaque mois d'une prime d'assiduité et a régularisé en juillet 2020 les relevés mensuels des temps d'activité dans la juridiction prud'homale notamment pour la période des mois de janvier à juillet 2019. Par suite, au vu de l'ensemble des circonstances qui précèdent, l'inspectrice du travail n'a pas commis d'erreur en considérant que la matérialité des faits fautifs reprochés à Mme A n'était pas établie et en refusant d'autoriser pour ce motif son licenciement.
21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée dans l'instance n° 2009956, que l'association requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions visées au point 2, par lesquelles l'inspectrice du travail a explicitement et implicitement rejeté ses demandes d'autorisation de licenciement pour faute grave, et de la décision implicite par laquelle le ministre du travail a implicitement rejeté le recours hiérarchique formé contre la première de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'association la Maison de la famille, n'implique pas nécessairement d'enjoindre à l'inspection du travail de réexaminer les demandes d'autorisation de licenciement qu'elle a présentées. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que les sommes réclamées sur leur fondement par l'association Maison de la famille D soient mises à la charge de l'Etat et de Mme A, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, et alors que Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle dans trois des quatre instances, de mettre à la charge de l'association Maison de la famille une somme à lui verser au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de l'association Maison de la famille D sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de Mme A tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Maison de la famille D, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme C A.
Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La rapporteure,
signé
E. Felmy
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026