lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007429 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ALPAVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2020, M. B C, représenté par Me Ducrey-Bompard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 août 2020 par laquelle la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNGPH) l'a suspendu de ses fonctions de praticien hospitalier au centre hospitalier de Gap pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la directrice générale du CNGPH de le rétablir dans ses fonctions statutaires dans un délai de quarante-huit heures et sous astreinte de 500 euros par jour ;
3°) de mettre à la charge du CNGPH la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise selon une procédure irrégulière, étant intervenue plus d'un an et cinq mois après la première décision de suspension du directeur du centre hospitalier et plus d'un an après la remise du premier rapport de l'agence régionale de santé ;
- elle méconnaît, en outre, les dispositions de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique dès lors qu'elle est intervenue plus d'un an et cinq mois après la première décision de suspension du directeur du centre hospitalier et plus d'un an après la remise du premier rapport de l'agence régionale de santé ;
- il n'a pas été mis à même de présenter préalablement ses observations ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les faits reprochés ne revêtent aucun caractère de gravité et qu'il n'existe aucune urgence ni aucune nécessité de service justifiant qu'il soit à nouveau suspendu ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir et méconnaît les dispositions de l'article 6 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 dite " loi Sapin II ".
Par un mémoire, enregistré le 15 septembre 2022, le CNGPH conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 novembre 2022.
La Défenseure des droits, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits, a présenté des observations, enregistrées le 12 janvier 2023.
Un mémoire, présenté par M. C a été enregistré le 13 janvier 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011, notamment son article 33 ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,
- et les observations de Me Ducrey-Bompard pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a exercé des fonctions de praticien hospitalier au sein du service de chirurgie orthopédique du centre hospitalier des Alpes du sud (CHICAS) à partir du 1er juin 2002. Alors qu'il était chef du service de chirurgie orthopédique, il a saisi le directeur de cet établissement par un courrier du 17 avril 2018 d'une " plainte pour faute grave délibérée détachable du service " visant l'un de ses confrères, relative à la réalisation d'une étude clinique menée par ce chirurgien orthopédiste de 2015 à 2017 sur une technique non validée en France et sans information préalable des patients concernés. Malgré la démission présentée par le docteur C de ses fonctions de chef de service le 2 juillet 2018 et une médiation tentée par le directeur de l'établissement, les relations professionnelles entre ces deux praticiens ont continué à fortement se dégrader. Le directeur du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud a alors suspendu M. C de l'ensemble de ses fonctions à titre conservatoire le 4 mars 2019. Par un jugement du 13 juillet 2020, le tribunal administratif de Marseille a annulé cette décision et a enjoint la réintégration de M. C dans ses fonctions, dans le délai d'un mois. Le 4 août 2020, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière a suspendu M. C de ses fonctions pour une durée de six mois, dans l'intérêt du service et à titre conservatoire. M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique : " Dans l'intérêt du service, le praticien qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire peut être immédiatement suspendu par le directeur général du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière pour une durée maximale de six mois. "
3. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision est intervenue plus d'un an et cinq mois après la première décision de suspension du directeur du CHICAS, dans un délai qui n'est pas raisonnable, les dispositions citées au point 2 n'imposent pas au directeur du CNGPH de prendre sa décision dans un délai déterminé après le prononcé d'une mesure de suspension par le directeur de l'établissement hospitalier. Dès lors, la procédure n'étant entachée d'aucune irrégularité, le moyen doit être écarté.
4. En second lieu, la mesure de suspension décidée en application des dispositions précitées, prise à titre conservatoire dans l'intérêt du service, n'a pas un caractère disciplinaire. Par suite le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. La suspension d'un praticien décidée en application de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique cité au point 2 est une mesure conservatoire, prise dans l'intérêt du service lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.
6. En premier lieu, pour prononcer la suspension de M. C, la directrice générale du CNGPH s'est fondée notamment sur un rapport d'inspection, remis au CNG le 1er août 2019, de l'agence régionale de santé (ARS) de Provence Alpes Côte d'Azur, inspection diligentée les 9 et 10 janvier 2019 et dont l'objet était notamment d'analyser le fonctionnement du service de chirurgie orthopédique. A cet égard, le requérant ne démontre pas que le médecin inspecteur de santé publique aurait refusé d'examiner ses éléments d'explication et ses pièces alors qu'il avait par ailleurs été reçu par la mission le 10 janvier 2019. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et notamment de ce rapport de l'ARS, que M. C entretenait des rapports conflictuels avec le docteur dont il avait dénoncé les pratiques mais également avec les autres chirurgiens de son service. Il en est résulté un climat de tension et de peur ressenti par l'ensemble des personnes interrogées, en particulier par les chirurgiens du pôle orthopédique qui ont exprimé une profonde souffrance qu'ils imputent à l'emprise de leur collègue et à ses menaces. La mission a en outre conclu que le retour de l'intéressé dans l'établissement, alors qu'il avait promis la destruction du service d'orthopédie selon les auditions réalisées, entraînerait une perte de sérénité chez les chirurgiens orthopédiques, susceptible de générer un risque dans la prise en charge des patients. Par ailleurs, le directeur de l'établissement, dans son rapport du 8 octobre 2019 adressé à la directrice du CNG, a fait état d'un comportement dénigrant et vindicatif systématique vis-à-vis de l'institution et de certains de ses collègues qui générait des risques psycho-sociaux pour les personnels. La directrice du CNG s'est également fondée sur une lettre collective du 16 décembre 2019 rédigée par quinze membres de la communauté médicale du CHICAS, praticiens, chefs de service, chefs de pôle, qui y dénonçaient le climat délétère entretenu par le requérant au sein de leur établissement, mentionnant qu'il continuait, malgré les rapports internes et les procédures disciplinaires et judiciaires en cours, " d'invectiver, de façon répétée, certains membres de la communauté médicale ", et soulignaient que " les chirurgiens du service d'orthopédie sont épuisés, voire meurtris, par deux années de conflits, d'attaques et de plaintes " et que certains envisageaient de quitter le centre hospitalier. Dans ces conditions, les tensions au sein de l'établissement étant montées crescendo comme l'ont constaté les inspecteurs de l'ARS, et celles-ci risquant de nuire à la bonne organisation du service et, ainsi, à la qualité de la prise en charge des patients, le comportement menaçant imputé à M. C, qui présentait un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité, alors qu'il faisait par ailleurs l'objet d'une procédure disciplinaire, justifiait que sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, la directrice générale du CNG prononce sa suspension dans l'intérêt du service, pour une durée de six mois. A cet égard, les circonstances qu'à la date de la décision en litige, M. C était placé en congé de maladie ordinaire et que les faits allégués étaient anciens sont sans incidence sur sa légalité dès lors que le risque de désorganisation du service que comportait le retour de l'intéressé était actuel à cette date, ainsi qu'il a été décrit ci-dessus.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique dans sa version applicable au litige : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d'un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d'un acte unilatéral d'une organisation internationale pris sur le fondement d'un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance () ". Aux termes de l'article 8 de la même loi : " I. - Le signalement d'une alerte est porté à la connaissance du supérieur hiérarchique, direct ou indirect, de l'employeur ou d'un référent désigné par celui-ci. / En l'absence de diligences de la personne destinataire de l'alerte mentionnée au premier alinéa du présent I à vérifier, dans un délai raisonnable, la recevabilité du signalement, celui-ci est adressé à l'autorité judiciaire, à l'autorité administrative ou aux ordres professionnels. / En dernier ressort, à défaut de traitement par l'un des organismes mentionnés au deuxième alinéa du présent I dans un délai de trois mois, le signalement peut être rendu public () ". En cas de litige, dès lors que la personne présente des éléments de fait qui permettent de présumer qu'elle a relaté ou témoigné de bonne foi un signalement constitutif d'une alerte au sens de l'article 6 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 précitée, il incombe à la partie défenderesse, au vu de ces éléments, de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à la déclaration ou au témoignage de l'intéressé. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles.
8. Bien que M. C se prévale de sa qualité de lanceur d'alerte qui était reconnue, à la date de la décision en litige, par l'association " la maison des lanceurs d'alerte " dans un courrier du 8 juin 2020 avant d'être reconnue par le Défenseur des droits, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éviction du requérant serait directement liée à ses signalements, alors que la dégradation des relations professionnelles de l'intéressé a pour origine les résultats de l'audit du bloc opératoire réalisé en juin 2016. En outre, le climat de tension s'est exacerbé malgré les tentatives de médiation de la direction et ainsi qu'il a été dit au point précédent, en raison des propos dénigrants, insultants et menaçants proférés par M. C, de ses relations conflictuelles avec nombre de ses confrères et des risques que ce climat faisait peser sur le bon fonctionnement du service. Dans ces conditions, la mesure de suspension en litige, prononcée afin de préserver le bon fonctionnement du service, ne peut être regardée comme une mesure de représailles à la suite de la dénonciation des pratiques médicales de son confrère. Par suite, doivent être écartés le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 et celui du détournement de pouvoir.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que celles aux fins d'injonction et, par voie de conséquence, celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière et à la Défenseure des droits.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Journoud, conseillère,
Assistées de Mme Ibram, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
E. A La présidente,
signé
I. HOGEDEZLa greffière,
signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au ministre la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°2007429
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026