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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007479

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007479

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CHARREL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er octobre 2020 et 14 mars 2022, Mme E D épouse B, M. A B et Mme C D, représentés par Me Ladouari, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 4 août 2020 par laquelle la métropole Aix-Marseille-Provence a refusé de modifier le zonage du plan local d'urbanisme de la commune d'Aix-en-Provence sur le secteur de Lignane, à tout le moins sur les parcelles NE 0136 et NE 0137;

2°) d'enjoindre à la métropole Aix Marseille-Provence, à titre principal, de modifier le zonage du secteur de Lignane, à tout le moins sur les parcelles NE 0136 et NE 0137 afin de les classer en zone U, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande de modification du plan local d'urbanisme, dans les mêmes conditions :

3°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le classement des parcelles NE 0136 et NE 0137 en zone 2AU est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les parcelles NE 0136 et NE 0137 devraient être classée en zone U.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 octobre 2021 et 25 avril 2022, la métropole-Aix-Marseille Provence, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 octobre 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bezol, représentant des requérants, et de Me Costantini, représentant de la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 23 juillet 2015, le conseil municipal d'Aix-en-Provence a approuvé son plan local d'urbanisme (PLU). Par courrier du 29 mai 2020, notifié le 3 juin 2020, M. et Mme B ont demandé à la métropole Aix-Marseille Provence de procéder à la modification du zonage du secteur Lignane, à tout le moins des parcelles NE 0136 et NE 0137. M. et Mme B ainsi que Mme D demandent au tribunal d'annuler la décision de la métropole rejetant implicitement leur demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme comportant notamment les orientations d'aménagement et de programmation de la zone. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les secteurs à caractère naturel de la commune peuvent être ouverts à l'urbanisation selon des modalités différentes en fonction du caractère suffisant ou insuffisant des voies publiques et des réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate de la zone à urbaniser - dite zone AU - pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone. Lorsque les voies et réseaux existant à la périphérie immédiate des terrains ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de la zone, celle-ci est ouverte à l'urbanisation et les constructions y sont autorisées dans les conditions fixées par le deuxième alinéa de l'article R. 123-6. Au cas contraire, en application du troisième alinéa du même article, le plan local d'urbanisme peut soit subordonner l'ouverture à l'urbanisation de la zone à une modification ou à une révision de ce plan, soit fixer immédiatement les règles de constructibilité applicables dans la zone en subordonnant la possibilité d'autoriser des constructions à la réalisation des voies et réseaux nécessaires à la périphérie immédiate de la zone. En outre, Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.

4. D'une part, le secteur de Lignane, qui se situe à environ 8 km du centre-ville d'Aix-en-Provence, se caractérise par une urbanisation diffuse, sous forme d'habitat pavillonnaire, qui s'est développé le long de la route d'Avignon. Il s'ouvre au nord et à l'est par un vaste espace agricole, le sud étant une zone urbanisée, comportant également majoritairement de l'habitat pavillonnaire. Le rapport de présentation du PLU expose en outre que la campagne aixoise s'est ouverte à l'urbanisation de manière désordonnée et que l'un de ses objectifs est de lutter contre l'étalement urbain, objectif également affirmé dans le projet de développement et d'aménagement durable (PADD). Dans ces conditions, la commune n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant le secteur de Lignane en zone à urbaniser.

5. D'autre part, il ressort de la lecture du chapitre du règlement du PLU régissant la zone 2AU qu'en soumettant l'urbanisation des terrains classés dans cette zone à une modification du document d'urbanisme, la commune a estimé que, selon les dispositions précitées, les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate de cette zone n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone.

6. En l'espèce, les requérants soutiennent que des investissements d'ampleur auraient été menés par la commune d'Aix-en-Provence depuis 2011 afin de permettre le raccordement d'eau potable du secteur de Lignane. Toutefois, s'ils exposent que leur parcelle est raccordée à un tel réseau, il n'est pas établi que celui-ci serait d'une capacité suffisante pour desservir l'ensemble de la zone et il n'est d'ailleurs pas allégué qu'un réseau d'électricité serait également suffisant. Dans ces conditions, alors même que cette zone est desservie par une voie ouverte au public, la commune n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en procédant à un classement en zone 2 AU.

7. En deuxième lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Dès lors que le classement en litige ne repose pas, ainsi qu'il a été dit ci-dessus sur une appréciation manifestement erronée, le moyen tiré de la rupture d'égalité de traitement issu de la circonstance que certaines parcelles auraient fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme alors qu'elles étaient classées en zone 2AU, est, en tout état de cause, inopérant.

8. En troisième lieu, si les requérants font valoir que les parcelles en cause auraient dû entièrement être classées en zone agricole, il n'appartient pas au juge de la légalité de rechercher si les auteurs du plan auraient pu adopter un autre classement, mais seulement de vérifier que le classement retenu n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des critères énoncés au point 3. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros à verser à la métropole Aix-Marseille Provence sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B et Mme D verseront la somme de 1 000 euros à la métropole Aix-Marseille Provence au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D épouse B, Mme C D, M. A B, et à la métropole-Aix-Marseille Provence.

Copie en sera adressée à la Commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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