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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007561

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007561

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés les 5 octobre 2020, 10 mai 2021, 12 mai 2021 et 11 juin 2021, l'association syndicale libre (ASL) Le Hameau de Provence, représentée par Me Gay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2020 par lequel le maire de Lambesc a délivré à la SAS Hectare un permis d'aménager un lotissement de sept lots à bâtir sur des terrains situés route de Charleval, ainsi que l'arrêté rectificatif du 25 février 2020 et la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel le maire de Lambesc a délivré à la société pétitionnaire un permis d'aménager modificatif ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Lambesc et de la SAS Hectare la somme de 7 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la recevabilité de sa requête :

- elle dispose d'un intérêt à agir contre les décisions attaquées ;

- son recours gracieux n'avait pas à être accompagné d'un titre de propriété en application de l'article R.600-4 du code de l'urbanisme ;

- son président à qualité à agir au nom de l'association.

S'agissant du permis d'aménager du 6 février 2020 :

- le permis d'aménager délivré le 6 février 2020, ensemble le permis rectificatif du 25 février 2020 méconnaît les disposition de l'article A. 424-10 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R.441-3 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles L.414-4 du code de l'environnement et R.441-6 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R.442-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R.441-7 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles R.111-2 et R.111-5 du code de l'urbanisme et UCr3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;

- il méconnaît les articles L.101-2, L.300-1, L.121-23 et R.111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles UCr4.1 et UCr4.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle n'a pas été consultée alors que le permis d'aménager est subordonné à la reconnaissance d'une servitude de passage et de tréfonds sur ses parcelles.

S'agissant du permis d'aménager modificatif du 11 février 2021 :

- il méconnaît l'article R.441-3 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles UCr4.1 et UCr4.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UCr3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UCr13 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 21 décembre 2020, 30 avril 2021 et un troisième mémoire enregistré le 11 juin 2021 à 14h48 qui annule et remplace un mémoire produit le même jour à 10h34, la SAS Hectare, représentée par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante la somme de 7 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que :

- l'association est dépourvue d'intérêt lui donnant qualité à agir en application de l'article L.600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- elle est en outre dépourvue d'intérêt à agir faute de justifier que ses statuts ont été régulièrement publiés ;

- le président est dépourvu de qualité pour représenter l'association en justice ;

- la requête est irrecevable en application de l'article R.600-4 du code de l'urbanisme faute pour l'association d'avoir produit un titre de propriété à l'appui de son recours gracieux.

Elle soutient, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, la commune de Lambesc, représentée par Me Parracone, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des articles L.600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour l'association de justifier d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un courrier du 16 mars 2021 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Une ordonnance portant clôture d'instruction immédiate a été émise le 30 septembre 2021.

Un mémoire enregistré le 19 octobre 2022 pour l'ASL Le Hameau de Provence, produit après clôture, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations propriétaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Gay pour l'ASL Le Hameau de Provence et de Me Bonnet pour la SAS Hectare.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 6 février 2020 rectifié par arrêté du 25 février 2020, le maire de Lambesc a délivré à la SAS Hectare un permis d'aménager un lotissement de sept lots à bâtir sur des terrains situés route de Charleval. Par un arrêté du 11 février 2021, le maire de Lambesc a délivré à la SAS Hectare un permis d'aménager modificatif portant sur le même projet. Par sa requête, et dans le dernier état de ses écritures, l'association syndicale libre " Le Hameau de Provence " demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article 5 de l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 : " Les associations syndicales de propriétaires peuvent agir en justice, acquérir, vendre, échanger, transiger, emprunter et hypothéquer sous réserve de l'accomplissement des formalités de publicité prévues selon le cas aux articles 8, 15 ou 43 ". Selon l'article 8 de la même ordonnance : " La déclaration de l'association syndicale libre est faite à la préfecture du département ou à la sous-préfecture de l'arrondissement où l'association a prévu d'avoir son siège. Deux exemplaires des statuts sont joints à la déclaration. Il est donné récépissé de celle-ci dans un délai de cinq jours. Un extrait des statuts doit, dans un délai d'un mois à compter de la date de délivrance du récépissé, être publié au Journal officiel ". Il résulte de ces dispositions qu'une Association Syndicale Libre (ASL) de propriétaires doit, pour avoir capacité à agir en justice, avoir effectué les formalités prévues à l'article 8 de l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004.

3. En l'espèce, la SAS Hectare a fait valoir, dans son mémoire enregistré le 11 juin 2021 et régulièrement communiqué à la requérante, que l'ASL Le hameau de Provence n'apporte pas la preuve de la publication de ses statuts au journal officiel de la République française. S'il ressort des pièces du dossier que l'association requérante a versé ses statuts au dossier, elle n'a pas justifié, malgré cette fin de non-recevoir soulevée par le pétitionnaire, de la publication de ceux-ci au journal officiel, production qui aurait pu intervenir jusqu'à la clôture de l'instruction le 30 septembre 2021. Dans ces conditions, et alors que le juge n'est tenu ni de pallier, par ses propres recherches, aux carences de la requérante, ni de rouvrir l'instruction au vu de pièces que celle-ci pouvait produire avant clôture, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence de capacité de l'ASL Le hameau de Provence à agir en justice doit être accueillie.

4. D'autre part et au surplus, une association est régulièrement engagée par l'organe tenant de ses statuts le pouvoir de la représenter en justice, sauf stipulation de ces statuts réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif. Il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier.

5. Aux termes de l'article 3.1 des statuts de l'ASL Le Hameau de Provence : " L'association syndicale est administrée par un comité syndical de trois à sept membres appelés syndics, élus par l'assemblée générale. Ces trois à sept membres désignent parmi eux le président () ". Aux termes de l'article 3.4 relatif aux pouvoirs et attributions du comité syndical : " Le comité syndical a les pouvoirs les plus étendus dans le cadre et pour la réalisation de l'objet de l'association (). Il a notamment, sans que cette énumération soit limitative, les pouvoirs suivants : () - il représente l'association en justice, tant en demande qu'en défense, il transige, compromet, acquiesce et désiste sur toutes actions. () ". Aux termes de l'article 3.5 de ces statuts : " Le comité syndical peut consentir une délégation au président pour permettre à celui-ci de le représenter et de représenter l'association à l'égard des tiers. Cette délégation peut être consentie sans limitation de durée et peut être générale. () ".

6. En l'espèce, la SAS Hectare oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité du président de l'ASL pour agir en justice au nom de l'association. En réponse à cette fin de non-recevoir, l'ASL requérante produit aux débats les mandats donnés au président du conseil syndical par chacun des 34 co-lotis " pour mener tout recours gracieux ou judiciaire concernant le permis d'aménager " ainsi que le procès-verbal de l'assemblée générale du 25 septembre 2020 validant, dans sa résolution n°3, ces mandats " donnant pouvoir au président du conseil syndical pour mener tout recours gracieux " et, dans sa résolution n°4, l'introduction du recours contentieux et le mandat donné à Me Gay à cette fin. Toutefois, les statuts de l'association indiquent expressément que sa représentation en justice relève du comité syndical et que seul cet organe peut déléguer son pouvoir de représentation au président de l'association. Par suite, faute pour la requérante de justifier d'une délégation consentie par le comité syndical à cette fin, le président de l'association ne disposait d'aucune qualité à agir pour représenter l'ASL en justice. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir cette seconde fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'ASL Le Hameau de Provence ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la commune de Lambesc et de la SAS Hectare qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par l'ASL Le Hameau de Provence au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'ASL Le Hameau de Provence une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Lambesc et une somme de 1 500 euros à verser à la SAS Hectare, au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'ASL Le Hameau de Provence est rejetée.

Article 2 : L'ASL Le Hameau de Provence versera, d'une part, une somme de 1 500 euros à la commune de Lambesc et, d'autre part, une somme de 1 500 euros à la SAS Hectare au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'ASL Le Hameau de Provence, à la SAS Hectare et à la commune de Lambesc.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

M. Peyrot, premier conseiller,

Assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

P. A

La présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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