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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007886

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007886

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALLONGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2020, et des mémoires enregistrés le 19 novembre 2021 et le 19 juillet 2022, la société électronique Pierre Nougier (EPN), représentée par Me Allongue, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours hiérarchique réceptionné le 26 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'inscrire d'office la somme de 33 988, 80 euros au budget de l'association syndicale autorisée Sainte-Marguerite Lotissement Barry (ASA Barry) correspondant au règlement de factures impayées et d'ordonner à l'ASA Barry de procéder au règlement de cette somme, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de condamner l'ASA Barry à lui verser la somme de 33 988, 80 euros assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de mettre à la charge solidaire du préfet des Bouches-du-Rhône et de l'ASA Barry le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet est compétent dès lors que l'ASA, établissement public administratif, est placée sous sa tutelle ;

- l'ASA est redevable de plusieurs factures impayées ;

- les factures émises au titre de 2013 et 2014 sont prescrites mais elle est fondée à réclamer le paiement de dix factures émises en 2015, dont le montant total s'élève à 33 988, 80 euros ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'incompétence négative du préfet dès lors qu'il devait ordonner l'inscription des factures impayées au budget de l'ASA ;

- l'ASA doit être condamnée à réparer son préjudice financier s'élevant à la somme de 33 988, 80 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2021, l'ASA Barry conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 soit mise à la charge de la société EPN au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les conclusions aux fins d'annulation sont irrecevables pour tardiveté ;

- à supposer que le second recours hiérarchique réceptionné le 26 février 2020 ait donné naissance à une nouvelle décision implicite de rejet, la requête est également tardive ;

- aucune décision implicite de rejet n'a pu naître dès lors qu'aucun recours hiérarchique ne pouvait être exercé devant le préfet ;

- à titre subsidiaire, les créances dont la société requérante sollicite le paiement sont prescrites ;

- les demandes de la société EPN sont infondées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet des Bouches du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société EPN ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société EPN a réalisé divers travaux pour le compte de l'ASA Barry entre 2013 et 2015. Par une mise en demeure du 7 mars 2019, cette société a sollicité le paiement, par l'ASA, de factures impayées pour un montant de 34 717, 68 euros, demande rejetée par l'association le 17 mai 2019. Le 23 juillet 2019, la société requérante a adressé au préfet des Bouches-du-Rhône une demande d'inscription d'office au budget de l'ASA du montant des factures impayées. Par un courrier du 2 octobre 2019, le préfet a informé la société EPN de ce qu'il allait solliciter le président de l'ASA pour la réalisation d'un audit, lequel n'a pas eu lieu. Le 21 février 2020, la société EPN a adressé une nouvelle demande au préfet tendant à l'inscription d'office au budget de l'ASA des sommes litigieuses. La société EPN demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision implicite de rejet du préfet née de sa demande formée le 21 février 2020, d'autre part, de condamner l'ASA à lui verser la somme de 33 988, 80 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le refus du préfet de procéder à l'inscription d'office au budget d'une ASA d'un crédit nécessaire à l'acquittement des dettes exigibles n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, la société requérante n'a pas sollicité les motifs du refus implicite du préfet en application de l'article L. 232-4 du même code. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet du préfet ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Si le préfet constate que n'est pas inscrit au budget un crédit nécessaire à l'acquittement des dettes exigibles, il inscrit d'office au budget le crédit nécessaire pour faire face à ces dépenses, après mise en demeure restée sans effet à l'expiration du délai d'un mois. Il procède de même lorsque le crédit inscrit est insuffisant pour couvrir la dépense. () /A défaut de mandatement du paiement d'une dette exigible par le président, dans le délai d'un mois après la mise en demeure qui lui en a été faite par le préfet, ce dernier y procède d'office par arrêté. Cet arrêté tient lieu de mandat " ;

4. Il ressort de ces dispositions que le préfet ne peut constater qu'un crédit nécessaire à l'acquittement de dettes par une association syndicale de propriétaire et mettre celle-ci en demeure de l'inscrire à son budget qu'en ce qui concerne les dettes échues, certaines, liquides et non contestées dans leur principe et dans leur montant.

5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 17 mai 2019 répondant à la mise en demeure adressée par la société EPN le 7 mars 2019, l'ASA a contesté le paiement des 14 factures réclamées par la société EPN, faisant notamment valoir qu'elles étaient prescrites et que certaines prestations n'avaient pas été effectuées conformément à la commande. Il résulte de l'instruction, et notamment des bons de livraison produits, que si les factures litigieuses ont été émises en 2015, le fait générateur des créances litigieuses se situe, pour cinq d'entre elles, fin 2014. S'agissant de la facture n° 20151002738 du 31 octobre 2015, d'un montant de 1 028,50 euros, il résulte de l'instruction qu'elle correspond à une non-conformité des boîtiers installés par la société EPN. L'ASA fait également valoir qu'elle a procédé au règlement de certaines factures. Dans ces conditions, le montant de la créance réclamée par la société requérante fait l'objet d'une contestation sérieuse par l'ASA Berry. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'article 61 du décret du 1er juillet 2004 précité en refusant d'inscrire d'office au budget de l'ASA Berry les crédits demandés par la société EPN.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir ni sur l'exception de prescription quadriennale soulevées par l'ASA Berry, que les conclusions en annulation de la société EPN doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de son article 2 : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () ".

8. Il résulte de l'instruction que sur les dix factures dont la société EPN réclame le paiement, cinq étaient prescrites au 1er janvier 2019 en application des dispositions de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 précité, dès lors qu'elles correspondent à des prestations effectuées avant le 31 décembre 2014, comme en attestent les bons d'intervention. Il s'agit des factures :

- n°201503701 du 31 mars 2015 correspondant à la fourniture de 200 émetteurs de télécommande programmables effectuées le 4 mars 2014, pour un montant de 8 360 euros TTC ;

- n°20150102726 du 31 janvier 2015 correspondant à une intervention suite à un acte de vandalisme réalisée le 26 novembre 2014, pour un montant de 104, 50 euros TTC ;

- n°20150102732 du 31 janvier 2015 correspondant à des interventions effectuées le 18 décembre, le 19 décembre et le 31 décembre 2014 pour un montant de 89, 10 euros TTC ;

- n°20150102734 du 31 janvier 2015 correspondant à des interventions réalisées le 2 décembre, le 3 décembre, le 8 décembre, le 10 décembre, le 16 décembre et le 31 décembre 2014, pour un montant de 995, 50 euros TTC ;

- n°20141204049 du 23 décembre 2014 correspondant à des interventions effectuées le 19 décembre et le 23 décembre 2014, pour un montant de 333, 30 euros TTC.

La mise en demeure de payer ces factures adressée par la société EPN à l'ASA Barry le 7 mars 2019 n'a pas eu pour effet d'interrompre la prescription, acquise au 1er janvier 2019. En conséquence, la société EPN n'est pas fondée à solliciter la condamnation de l'ASA Barry à payer ces créances.

9. S'agissant de la facture n°20151002738 du 31 octobre 2015, l'ASA fait valoir, sans être contestée sur ce point, qu'elle correspond à la fourniture de nouveaux boîtiers à la suite d'un courrier du service des bataillons des marins pompiers constatant la non-conformité aux normes de sécurité des boîtiers initialement fournis et d'un courrier du président de l'ASA demandant à la société requérante de remédier à cette non-conformité. Dans ces conditions, et dès lors que la société EPN ne démontre pas que les boîtiers qu'elle a initialement fournis étaient conformes, il n'y a pas lieu de condamner l'ASA au paiement de cette prestation.

10. S'agissant des factures n°20150702737 du 31 juillet 2015 correspondant à la fourniture d'antennes, pour un montant de 223, 30 euros TTC, n°20150102728 du 31 janvier 2015 correspondant à la fourniture d'un hublot rectangulaire, pour un montent de 194,70 euros TTC, n°20150200934 du 28 février 2015 correspondant à la fourniture de matériel divers pour un montant de 86,90 euros TTC, n°20150301514 du 31 mars 2015 correspondant à la fourniture de piles, pour un montant de 146,30 euros, l'ASA Barry ne démontre pas avoir procédé à leur règlement alors qu'elle ne conteste pas, en se bornant à invoquer un portail non posé, que les prestations correspondantes ont été effectuées. Par suite, il y a lieu de condamner l'ASA Barry à verser à la société EPN la somme de 651,20 euros TTC.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du préfet des Bouches du Rhône, qui n'a pas la qualité de partie perdante, au titre des frais d'instance non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'ASA Barry ni de la société EPN les sommes respectivement demandées par l'une et l'autre sur le fondement de ces dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : Les conclusions en annulation de la société EPN sont rejetées.

Article 2 : L'ASA Sainte-Marguerite Barry est condamnée à verser à la société EPN la somme de 651,20 euros TTC.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société électronique Pierre Nougier, à l'association syndicale autorisée Sainte-Marguerite lotissement Barry et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ALe président,

Signé

P-Y Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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