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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007939

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007939

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP ALPAZUR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 octobre 2020 et 17 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Bornicat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2020 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a refusé de lui délivrer l'autorisation de restaurer les chalets situés sur ses parcelles cadastrées section C n° 2534 et n° 2536 sur la commune de Ceillac ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui accorder ladite autorisation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus d'autorisation est entaché d'illégalité compte tenu de l'illégalité du plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRN) du 1er mars 2005 ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que les dispositions du PPRN n'ont pas été opposées lors du refus d'autorisation du 23 juin 2016.

Une mise en demeure de défendre a été adressée au préfet des Hautes-Alpes le

2 juin 2022.

Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

21 novembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Bornicat, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire des parcelles cadastrées n° 2534 et n° 2536 sur la commune de Ceillac, demande au tribunal d'annuler la décision du 23 janvier 2020 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de reconstruction de deux chalets d'alpage situés sur ces parcelles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

3. Ces dispositions ne font ni obstacle à ce qu'à la suite de l'annulation contentieuse d'un refus d'autorisation, prononcée sans injonction de délivrance, un nouveau refus soit opposé pour d'autres motifs, ni à ce que l'administration présente, au cours d'une instance dirigée contre le refus d'autorisation, une demande de substitution de motifs. A fortiori, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que, à la suite d'un premier refus d'autorisation reposant sur un motif entaché d'illégalité, l'autorité compétente oppose un refus à une seconde demande, en faisant valoir un nouveau motif de nature à justifier légalement un tel refus et fondé sur les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée.

4. Par un jugement du 28 mars 2019, le présent tribunal a annulé la décision du

23 juin 2016 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes avait refusé la demande de permis de construire de M. A portant sur la reconstruction de deux chalets d'alpage situés au sein du hameau de Rioufenc, sans toutefois enjoindre à la délivrance de l'autorisation sollicitée. Par suite, par la décision attaquée, la préfète des Hautes-Alpes a pu, sans erreur de droit, de nouveau rejeter la demande de M. A présentée à la suite de ce jugement, et portant sur le même projet, au motif nouveau que les bâtiments à reconstruire sont situés en zone rouge R19 " coulées de matériaux, crues torrentielles, avalanches " prohibant toute construction nouvelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.

5. En second lieu, l'article L. 122-11 du code de l'urbanisme dispose que : " Peuvent être autorisés dans les espaces définis à l'article L. 122-10 : () / 3° La restauration ou la reconstruction d'anciens chalets d'alpage ou de bâtiments d'estive, ainsi que les extensions limitées de chalets d'alpage ou de bâtiments d'estive existants dans un objectif de protection et de mise en valeur du patrimoine montagnard et lorsque la destination est liée à une activité professionnelle saisonnière. L'autorisation est délivrée par l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers et de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle C n° 2534 du requérant est située au sein du hameau Le Rioufenc, entièrement classé en zone R 19 du plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRN) de la commune, approuvé par un arrêté préfectoral du 1er mars 2005, prohibant toute occupation et utilisation du sol. Les hameaux voisins du Serre et du Bois Noir sont également classés en zone R 19, à l'exception de leur centre, classé B 15, classement imposant des prescriptions particulières sur les ouvertures des façades exposées. Le hameau

Le Rioufenc a été cartographié en zone A1P2, correspondant à un aléa avalanche faible et un aléa chute de blocs moyen, à l'instar des hameaux du Bois Noir et du Serre. S'il ressort des pièces du dossier que la cartographie du PPRN ne prendrait pas en considération l'aléa glissement de terrain niveau moyen, concernant pourtant Le Rioufenc, cette circonstance est sans incidence sur le classement de ce dernier en zone R 19. Par ailleurs, les photographies présentes au dossier, en particulier dans le rapport d'un consultant foncier transmis par le requérant, mettent en évidence un environnement rocheux plus important concernant Le Rioufenc en comparaison des deux autres hameaux. Enfin, la circonstance que le PPRN comporterait des incohérences est insuffisante pour regarder le classement en cause comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le PPRN serait, concernant le classement en R 19 du hameau Le Rioufenc, entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, et compte tenu des différences de situation entre ce hameau et ceux du Serre et du Bois Noir, le requérant n'est pas non plus fondé à soutenir que le PPRN créerait une rupture d'égalité devant les charges publiques. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PPRN doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A tendant à ce que lui soit délivrée l'autorisation sollicitée ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hautes-Alpes.

Copie en sera transmise pour information à la commune de Ceillac.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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