jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007951 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DE NERVO, POUPET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 octobre 2020 et 22 janvier 2021, la société Zèbre et Co, représentée par Me Poupet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les trois arrêtés du 6 octobre 2020 par lesquels le préfet de la Corse-du-Sud a interdit la réalisation des séjours organisés pour 189 mineurs, à A, lors des vacances de la Toussaint 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet de la Corse-du-Sud était incompétent pour prendre les arrêtés attaqués, en vertu des dispositions combinées de l'article 15 du décret du 29 avril 2004 et du I. de l'article 1er de la loi du 9 juillet 2020, leurs effets dépassant le ressort d'un seul département ;
- les mesures prises ne sont ni nécessaires, ni proportionnées à l'objectif de sauvegarde de la santé publique, dès lors qu'ont déjà été prescrites des mesures d'encadrement suffisamment précises, en application du code de l'action sociale et des familles ; un protocole sanitaire relatif aux centres collectifs d'accueil pour la rentrée 2020-2021, d'ailleurs visé par le préfet, encadre les séjours de vacances et comporte toutes les mesures nécessaires pour contenir la propagation du virus, d'autant plus que les enfants inscrits aux trois séjours appartiennent majoritairement à la tranche d'âge pour laquelle le taux d'incidence est le plus faible ;
- les arrêtés en cause créent une rupture d'égalité entre les citoyens, de nombreux établissements recevant du public étant autorisés à ouvrir et accueillir du public ;
- ces arrêtés sont entachés d'erreur de fait, tous les enfants ne venant pas du département des Bouches-du-Rhône ;
- ils sont entachés d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que le préfet ne pouvait pas se fonder sur le taux d'incidence du virus du département dans lequel la société organisatrice des séjours a son siège pour justifier la mesure d'interdiction du séjour pour des raisons sanitaires.
Malgré une mise en demeure adressée le 21 juillet 2022 sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, le préfet de la Corse-du-Sud n'a pas produit de mémoire en défense.
Une ordonnance de clôture d'instruction immédiate a été prise le 9 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 ;
- le décret n° 2020-1115 du 5 septembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Poupet, représentant la société Zèbre et Co.
Considérant ce qui suit :
1. La société Zèbre et Co, qui a notamment pour activité l'organisation de séjours de vacances et de loisirs, a entendu organiser trois séjours pour 189 mineurs dans un centre de vacances situés à A, en Corse-du-Sud, lors des vacances de la Toussaint 2020. Elle a, à cette fin, déposé trois déclarations auprès du préfet de la Corse-du-Sud. Par trois arrêtés du 6 octobre 2020, le préfet de la Corse-du-Sud a interdit la réalisation des séjours organisés par la société requérante et devant se dérouler, respectivement, du 19 au 26 octobre 2020, du 20 au 29 octobre 2020 et du 24 au 31 octobre 2020, pour des motifs tirés de la situation épidémique résultant de la pandémie de Covid-19 et de la nécessité de prévenir les risques de propagation des infections liées à ce virus dans ce département. Par la présente requête, la société Zèbre et Co demande au tribunal l'annulation de ces trois arrêtés.
2. En vertu du I de l'article 1er de la loi du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l'état d'urgence sanitaire, du 11 juillet 2020 au 30 octobre 2020 inclus, le Premier ministre peut, par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, dans l'intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19, réglementer la circulation des personnes. En vertu du deuxième alinéa du II du même article, lorsque ces mesures doivent s'appliquer dans un champ géographique qui n'excède pas le territoire d'un département, le Premier ministre peut habiliter le représentant de l'Etat dans le département à les décider lui-même, après avis, rendu public, du directeur général de l'agence régionale de santé. Ces mesures, selon le III de cet article, " sont strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires ".
3. Aux termes de l'article 29 du décret du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé: " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre./Dans les parties du territoire dans lesquelles est constatée une circulation active du virus mentionnées à l'article 4, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public ". Par décret du 5 septembre 2020 modifiant le décret du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé, le département de la Corse-du-Sud a été placé en zone de circulation active du virus.
4. Le caractère proportionné d'une mesure de police s'apprécie nécessairement en tenant compte de ses conséquences pour les personnes concernées et de son caractère approprié pour atteindre le but d'intérêt général poursuivi. Sa simplicité et sa lisibilité, nécessaires à sa bonne connaissance et à sa correcte application par les personnes auxquelles elle s'adresse, sont un élément de son effectivité qui doivent, à ce titre, être prises en considération.
5. Selon les termes des visas des décisions attaquées, le département de la Corse-du-Sud est placé en zone d'alerte depuis le 23 septembre 2020 et le taux d'incidence pour 100 000 habitants dans ce département s'élève à 41,9 sur la période allant du 26 septembre au 2 octobre 2020. Pour cette même période, le taux d'incidence pour le département des Bouches-du-Rhône est de 184,4. La décision fait également état des tensions constatées aux services des urgences et de réanimation des centres hospitaliers du département, ainsi qu'à la faible capacité d'accueil de ces établissements et des difficultés de mise en œuvre de rapatriement sanitaire des cas de Covid 19 positifs du fait de l'insularité du département. Pour ces motifs, le préfet a décidé d'interdire les trois séjours de vacances organisés par l'association requérante au camping d'Olmeto pour la période allant du 19 au 31 octobre 2020.
6. Il ressort des données mises en ligne sur le site internet de Santé publique France, accessibles tant au juge qu'aux parties, que selon le bulletin d'information n° 40 analysant la situation en Corse pour la période allant du lundi 28 septembre au dimanche 4 octobre 2020, le taux d'incidence est de 42,2 pour 100 000 habitants, en diminution par rapport à la semaine précédente où le taux s'élevait à 54,9/100 000. Selon le bulletin, le taux de positivité régional de 3,4% est stable par rapport à la semaine précédente et il est également observé une stabilisation des hospitalisations tous services confondus sans aucun nouveau cluster. Sante Publique France observe plus particulièrement une baisse continue du taux d'incidence et des taux de positivité en Corse-du-Sud avec un nombre de personnes hospitalisées, en particulier en réanimation, qui reste toutefois important. Sante publique France incite à rester prudent sur l'évolution actuelle compte tenu notamment du nombre de personnes en réanimation, ainsi que l'arrivée prochaine des vacances. Si l'évolution prévisible de la situation épidémiologique de la Corse-du-Sud, caractérisée par une baisse des cas de Covid 19 et une stabilisation des hospitalisations, pouvait justifier des mesures restrictives de déplacement telles que l'obligation, pour les personnes en provenance du continent, de présenter un test PCR négatif, une telle situation ne justifiait pas, à la date des arrêtés attaqués, les mesures d'interdiction générale et absolue en litige. En outre, à la date du 6 octobre 2020, l'état d'urgence sanitaire n'était pas en vigueur en métropole, ni en Corse alors que la société requérante avait mis en place un protocole sanitaire pour l'accueil collectif de mineurs conforme à la réglementation et de nature à réduire les risques d'apparition d'un cluster. Dans ces conditions, et eu égard à l'impact des mesures sur les enfants, privés de vacances, lesquelles devaient démarrer au plus tôt treize jours après la date d'édiction des décisions en litige, en interdisant de manière générale et absolue les séjours de vacances à A du 19 au 26 octobre 2020, du 20 au 29 octobre 2020 et du 24 au 31 octobre 2020, le préfet de la Corse-du-Sud n'a pas pris une mesure nécessaire et proportionnée à l'objectif de sauvegarde de la santé publique poursuivi.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la société Zèbre et Co est fondée à demander l'annulation des trois arrêtés du 6 octobre 2020 par lesquels le préfet de la Corse-du-Sud a interdit la réalisation de séjours organisés pour 189 mineurs, à A, lors des vacances de la Toussaint 2020.
Sur les frais liés au litige :
8. L'Etat étant la partie perdante à l'instance, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 1 500 euros à verser à la société Zèbre et Co au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les trois arrêtés du 6 octobre 2020 par lesquels le préfet de la Corse du Sud a interdit la réalisation de trois séjours organisés pour 189 mineurs, à A, lors des vacances de la Toussaint 2020 sont annulés.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société Zèbre et Co au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Zèbre et Co et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rousselle, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère.
Assistées de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
F. B
La présidente,
Signé
P. Rousselle
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2007951
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026